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« Si j’ai un talent, c’est de reconnaître celui des autres »

Propos recueillis par Pierre Rossovich Vendredi 17 mai 2019
« Si j’ai un talent, c’est de reconnaître celui des autres »
Miguel Elisabeth, producteur phare des années 90 - 2000 - rossovichp

Figure emblématique de la scène antillo-guyanaise (Admiral T, Saël, Dominik Coco, Daddy Pleen…), le label Don’s Music s’est aujourd’hui tourné vers la production de spectacles. Interview de son fondateur Miguel Élisabeth, alias Don Miguel.

Comment vous présenteriez-vous à ceux qui ne vous connaissent pas ?

J’ai débuté en tant que DJ. Je chantais dans les soirées que je co-animais à l'époque. Chemin faisant, j’ai assisté mon amie de l’époque, Frederika Aratus, qui a connu quelques succès au début des années 1990. J’ai pu officier aux côtés du regretté Daddy Harry. C’est lui qui m’a vraiment initié à la musique reggae dancehall. En octobre 1991, nous sortons ensemble le titre C’est les vacances. C’est initialement MC Janik qui devait enregistrer ce titre avec Frederika Aratus. Cela a finalement été Daddy Harry, avec moi en intro. Le titre devient un tube. On enregistre ensuite une première maquette avec L’Automatique. Avec Daddy Harry, on sort alors le premier album dancehall créolophone, intitulé Regardes,  avec une faute de français ! Un album sept titres avec L’Automatique, Bay Chabon... C'est un succès qui ouvrira la porte à d'autres artistes dans d'autres labels.

Ce sont les débuts du mouvement raggamuffin ,comme on disait à l’époque…

Ce sont les débuts discographiques du mouvement. Car la scène sound system existait déjà depuis les années 1980, avec Guy Al MC, Skanky, Prince Inoffensif… Nous, nous avons réalisé le premier succès commercial. Moi, je ne suis pas passé par la case sound system, contrairement à Harry qui était membre du collectif Volcanik MC avec Ruben Pat - paix à son âme -, Général Tchò, Prince Fumans… J’étais verni. Notre deuxième album a moins bien fonctionné. Passer du succès à l’insuccès a été nourrissant en terme d’expérience.

Viennent ensuite les fameuses compilations...

D’abord Martinik Dancehall en 1993. C’est ma première réalisation. Il y avait dessus Marco d’ABM, la découverte Lord Kossity, Neg Ki Pa Ka Fè La Fèt avec Discipline... En 1994, nous sortons la première production estampillée Don’s Music : Dancehall Party, avec Vanessa, Touche pas à ta fille... Beaucoup de hits. Puis en 1995, l’album commun de Docteur Charly et Daddy Pleen. En 1996, l’album Ruffneg’ . À la base, les titres étaient destinés à devenir la compilation Dancehall Party 2. En écoutant les titres, l’idée est venue d’en faire un collectif. Il y a eu ensuite Ruffneg’2 puis Ruffneg’marrons en 1998. Toutes nos compilations et albums, programmés en majeure partie au Trinity Sound Studio, étaient accompagnées d'une formule live avec le groupe R.M.T.G de Levy qui a marqué fortement la scène martiniquaise. En 1998, on produit aussi le premier album Karukera Sound System (KSS) avec Brother Jimmy et Teddy Isimat-Mirin. Un sound bien établi en Guadeloupe. Je découvre une scène guadeloupéenne luxuriante. Sans oublier les compilations Soca Fever et 2Hardcore...

Vous découvrez alors Admiral T...

Si j’ai un talent, c’est de reconnaître celui des autres. Ce que l’on nomme un producteur. À la base, le titre Rapide d’Admiral T n’était pas prévu sur la compilation. Admiral avait 16 ans quand je l’ai vu en studio, il avait déjà une puissance incroyable bien qu’il fût plutôt réservé. C’est devenu un phénomène.

C’est ensuite au tour de Saël...

En 1999, on sort la compilation Dancehall News avec Saël (Jérusalem). Le nom était tiré de l’émission télévisée d’ATV, dans laquelle on passait des clips essentiellement jamaïcains. L’émission était devenue le rendez-vous de toute une génération. C’était avant YouTube ! Saël est arrivé avec un message spirituel. Il chantait la Bible, influencé par Sizzla, Jah Cure, Garnet Silk... On sort le clip de Ils s’éternisent. C’est un succès immédiat.

Pensez-vous que Saël aurait pu percer au niveau national ?

Oui. L’album Saël & Friends sort en 2001. C’est un succès local. Mais en France, l’actualité est bouffée par le 11 septembre. Le relais n’est pas fait. On a toujours dû faire face à cette boule hermétique que sont les maisons de disques et les radios nationales. C’est un circuit fermé dans lequel il est difficile d’entrer. Admiral T a réussi à le faire en 2003 en faisant les premières parties de Sean Paul en Métropole. À l’époque, le stream n’existait pas.

Aujourd’hui, pourquoi ne réalisez-vous plus de compilations ?

C’est devenu compliqué à cause des radios, qui n’accompagnent plus les artistes. Si le groupe Kassav est ce qu’il est, c’est grâce à son talent mais aussi car il a été suivi tout au long de sa carrière par les radios. Son répertoire est donc connu de tous. Désormais, c’est la course au single et non plus l’accompagnement d’un artiste afin qu’il bâtisse une carrière. Les programmateurs radio sont devenus des fonctionnaires. Il n’y a plus cette vision et cet amour de la musique. Ils réagissent plus au nombre de likes et de vues qu’avec leurs propres oreilles. Internet veut ça. Pourtant Internet n’a pas fait disparaître tes tympans !

Que produit aujourd’hui Don’s Music ?

Depuis 2009, 99 % de l’activité de Don’s Music est la production de spectacles. J’ai cette liberté. Bobi, Calypso Rose, Caribbean Dream, Etana, E.sy Kennenga, GSL Madgwaya, MizikOpeyi Malavoi, Jamel Debbouze etc…...

Y a-t-il un successeur à Don Miguel ?

Les labels ont disparu. Tout le monde est dans l’autoproduction. La production est une somme de compétences : auteur, réalisateur, musicien, ingénieur du son, mixeur, mastering, agent artistique, manager... Toutes ces compétences combinées emmènent à l’excellence. C’est valable pour une Rihanna ou un Drake.

La scène antillo-guyanaise stagne-t-elle selon vous ?

La stagnation viendrait du choix de la facilité à faire des prestations en playback orchestrées et à ne pas développer un live pour remplir des salles. C’est là où la scène périclite et où elle risque de disparaître. On construit une carrière avec du live. Si Kassav a 40 ans aujourd’hui, c’est grâce au live.

Quel est votre regard sur la nouvelle génération ?

Il y a plein de talents comme en Guyane avec Poplane, Jahyanai King, Bamby... En Martinique avec un Kalash intergalactique. La nouvelle génération guadeloupéenne est très forte aussi. Une musique urbaine avec une tonalité et une émotion créole.

Avez-vous l’impression qu’il y a de moins en moins de classiques de nos jours ?

Avant, une radio pouvait diffuser une seule chanson cinq cent fois. Aujourd’hui, ils estiment qu’au bout de deux cent fois, le titre est grillé. Comment veux-tu marquer une période en étant moins diffusé ?

Quelle est votre production favorite ?

Les trois qui sortent du lot : Saël & Friends, Mozaïk Kréyol et Don’s Collector.

dsq - rossovichp






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