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VENDREDI CULTURE

Prof A, paroles d'un « jeune vétéran »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Vendredi 23 novembre 2018
Prof A, paroles d'un « jeune vétéran »
« Je ne juge pas les gens qui viennent en Guyane pour chercher une vie » , commente l'artiste (PR)

Prof A était le mois dernier en Guyane à l'occasion du festival des contes à Mana. Le chanteur nous raconte son parcours, son absence de la scène musicale et ce qu'il pense de la nouvelle génération.

QUI EST PROF A
Prof A, de mon vrai nom Adhams Magdeleine. Je suis originaire de Cayenne, de la cité Médan à Mirza. Mes parents sont de la Crique, j'y ai donc grandi aussi. Ce sont des quartiers très importants pour moi. Même s'ils ont changé aujourd'hui, visuellement et humainement, j'y reste attaché. Chaque fois que je viens en Guyane, c'est un passage obligé. Je vis dans l'Hexagone depuis maintenant dix-huit ans. Soit la moitié de ma vie. Malgré ça, la Guyane fait plus que jamais partie de mon ADN!
SA RÉSIDENCE ARTISTIQUE À MANA
Je suis venu en Guyane pour le quinzième festival des contes à Mana, invité par Zig Zag Prod, Rémy Aubert et Nikko. Nikko est quelqu'un qui m'a toujours soutenu dans mon parcours musical. Mes premières scènes, c'est grâce à lui. Cette résidence artistique avec Thierry Cham, Jean-Marie Ragald et JMax m'a permis de découvrir autre chose de ma personnalité musicale. Nous sommes restés enfermés quatre jours à faire du son. Des amitiés se sont créées. C'est une très bonne expérience. Dans ma carrière, j'ai pu faire des featurings avec Jacob Desvarieux, Dédé Saint-Prix, X-man, Kalash... la crème de la musique antillo-guyanaise. J'ai une facilité à composer avec les vibes des autres. On a bien joué le jeu. C'était comme un cadeau pour le public de Mana.
SON ÉLOIGNEMENT DE LA SCÈNE
À un moment, il a fallu que je me concentre sur Adhams Magdeleine au-delà de Prof A. Je n'ai pas voulu attraper le syndrome de la dépression artistique. C'est pour ça que j'ai décroché. Cela marchait bien pour moi, mais les rentrées d'argent n'étaient pas sûres. J'investissais plus d'argent que je n'en gagnais. Alors quand mon père est tombé malade, la réalité m'a rattrapé. Aujourd'hui, il est vivant grâce à Dieu. Mais il a fallu que je me coupe de tout. J'ai passé des examens. J'ai passé mon bac en candidat libre à l'âge de 33 ans. Je l'ai obtenu en deux ans car il fallait gérer le travail, la famille, les cours du soir... J'ai dû faire des sacrifices.
LA NOUVELLE GÉNÉRATION
En tant que précurseur du « mo to style » je ne peux pas me permettre de dénigrer mes petits frères. La musique a changé. Vouloir concurrencer la nouvelle génération est perdu d'avance. Ils ont le temps et l'énergie. Musicalement je n'ai plus rien à prouver. Je ne veux pas faire le morceau de trop. J'ai toujours mes anthems : Nou ja fè bon chimen, Nou pa ké jen moli pou yé, Exil, Nou ja douvan, J'te cherche, Pleure. Aujourd'hui si la musique ne marche plus, je marcherai toujours la tête haute.
L'INSÉCURITÉ
Je suis de passage ici, et je sens que les gens sont plus à cran qu'avant. Il y a un décalage. Beaucoup vivent au-dessus de leurs moyens. C'est la société du m'as-tu-vu. On nous vend l'Europe en Amérique du Sud. La Guyane est une plaque tournante de la drogue et cela a ses dommages collatéraux. Le produit prend place. Ça se voit dans certaines attitudes. C'est ce qui a changé. Comment expliquer à quelqu'un qu'il faut se lever tous les matins pour faire 1 200 euros par mois, quand il te répond : « En un seul passage (il parle des mules, ndlr) je me fais dix fois plus » . C'est effrayant. Les petits pensent comme ça. Ils ne veulent plus gagner leur argent à la sueur de leur front mais tout de suite.
LA PRESSION MIGRATOIRE
Je ne juge pas les gens qui viennent en Guyane pour chercher une vie. On ne sait pas pourquoi ils ont fait autant de kilomètres pour venir. Peut-être que chez eux c'était la mort assurée. J'ai vécu un an et demi en Angleterre où je me suis retrouvé dans la situation d'un migrant, au bas de l'échelle. Si les immigrés pouvaient rester dans leur pays, ils l'auraient fait.
LE PROJET DE MONTAGNE D'OR
Je ne connais pas réellement le fond du dossier. Si on ne fait pas, comment peut-on savoir si cela nous sera bénéfique. On veut l'autonomie mais on ne veut pas de bouleversement. Le confort a son revers.
SON TRAVAIL
Je suis technico-commercial en efficacité énergétique. Je n'étais vraiment pas prédestiné à ça mais je me suis donné les moyens. J'ai rattrapé mon retard. Je suis passé de magasinier à technico-commercial en six mois. Ce bagage pourra me permettre de rentrer dans mon pays à long terme.
TOUJOURS EN EXIL
Tant que je serai dans l'Hexagone, je me sentirai en exil. Même si je suisbienà Paris. C'est ma deuxième maison. Mais j'ai toujours cette sensation d'être à l'extérieur. Je ne sais pas quand est-ce que je vais rentrer car j'ai besoin d'apprendre encore. Et puis j'ai deux enfants de huit ans et deux ans. Ce sont des petits Français! Mais c'est une sensation humaine que de vouloir rentrer chez soi.
JEUNE VÉTÉRAN
J'ai commencé la scène à l'âge de six ans. La musique urbaine a toujours été un truc de jeunes. C'est les jeunes le grand public. J'ai toujours été le plus petit. Maintenant que j'ai le rôle du grand, il ne faut pas que j'oublie ça.
COUP DE CoeUR
Le chanteur Nino Urry, qui a fait un titre récemment avec Dasinga « Askip » . Il chante pour de vrai, il va dans les notes... Je ne parle même pas de Poplane etc car ils sont déjà installés dans le paysage musical guyanais.

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