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« Le jazz made in Guyane existe depuis 1920 »

Propos recueillis par Serge RAVIN Mardi 02 avril 2019
« Le jazz made in Guyane existe depuis 1920 »
Emile Lanou à gauche et ceux qui ont marqué le monde musical du Jazz en Guyane - Serge Ravin

Émile Lanou, directeur d’école retraité, conférencier et auteur de nombreux ouvrages, a depuis longtemps montré son enthousiasme pour la musique. Enthousiasmequ’il a toujours partagé avec les élèves et avec le public. Après la conférence sur la mazurka qu’il a livrée à l’hôtel de ville de Cayenne en novembre, c’est au complexe Belova, à Rémire-Montjoly, qu’il a traité mardi dernier un autre aspect de la musique qui a impacté l’univers musical guyanais : le jazz.

Quel était le fil conducteur de la conférence ?

Nous n’avons pas voulu faire le culte de la personnalité et axer la conférence sur des musiciens. L’intérêt de la conférence était, à partir d’événements restés inaperçus, de retracer l’itinéraire du jazz en Guyane. On peut dater approximativement le début du jazz en Guyane en 1920. Nous voulions montrer l’évolution du jazz en Guyane de 1920 à 2019.

À quels événements faites-vous allusion ?

Je pense à l’arrivée des Américains en Guyane. C’est quelque chose de très important mais c’est passé inaperçu. Les Américains ont contribué à l’expansion du jazz en Guyane. Avant et après, on a eu des émissions de radio, en particulier celles qui venaient des États-Unis : la voix de l’Amérique. On avait des émissions de jazz, mais quand les Américains sont arrivés pour la construction de l’aéroport de Rochambeau, ils sont arrivés en Guyane avec une pratique qu’ils utilisaient partout. Des disques étaient destinés aux militaires qui étaient sur le front. En Guyane, il n’y avait pas de guerre mais ils étaient expatriés et ils sont arrivés avec leurs disques qu’ils distribuaient. C’est à partir de là que les jeunes se sont saisis de cette musique. Le jazz a toujours été une affaire de jeunes. Ce sont toujours eux qui se sont intéressés au jazz. Ils sont arrivés avec des 78 tours et c’était une révolution. Les tourne-disques n’étaient pas légion mais ceux qui en avaient un faisaient une certaine diffusion. C’est à partir de là que les jeunes ont pris conscience de cette musique et se sont mis au jazz.

Y a-t-il eu une influence du jazz sur la musique guyanaise ?

Je ne pense pas car le jazz n’a jamais été au cœur de la musique guyanaise. Vous avez entendu le témoignage d’un musicien qui disait qu’on les traitait de fous. Les gens ne comprenaient pas cette musique. Les jeunes ne se sont pas contentés de faire du swing : ils ont fait du bebop.

La musique guyanaise et le jazz sont deux musiques qui se sont développées parallèlement en Guyane, alors que beaucoup de musiciens antillais pratiquent un jazz kréyol. Comment expliquez-vous cela ?

Il y a deux arguments, selon moi, pour expliquer un jazz local. Au départ, le jazz est resté américain puis il s’est régionalisé. Certains parlent de jazz ethnique. Les musiciens cherchent leur identité dans le jazz. Chez nous, il y a deux éléments qui reviennent : l’utilisation du tambour et de ses rythmes, et l’utilisation des mélodies. Dominique Leblanc, qui revendique la pratique d’un jazz kréyol, a une particularité : il n’a pas de tambour. Il utilise au piano sa main gauche qui lui permet de se passer de tambour. Beaucoup de musiciens font intervenir les tambours ; d’autres utilisent quelques harmonies du jazz. La question que je pose est : est-ce suffisant pour dire que c’est un jazz guyanais ? On a eu une interprétation de léranlo par Régine Lapassion. C’était magistral. On a vu quelqu’un qui ne s’est pas contenté de reprendre le chant traditionnel mais elle y a mis des accents qui sont purement des accents jazz. Des musiciens font un jazz qu’on peut appeler jazz guyanais mais, ils le disent eux-mêmes, ils s’inspirent des harmonies du jazz, du phrasé du jazz pour faire leur propre musique. C’est le cas de Djemso et de Daniel Vincent. Celui-ci dit qu’il ne fait pas du jazz mais qu’il s’inspire du jazz.

On a tendance à penser que le jazz est une musique universelle. Qu’en pensez-vous ?

L’Unesco a institué la Journée mondiale du jazz. Le jazz intéresse. Il existe une suprématie culturelle instaurée par l’Europe. Il ne faut pas ignorer que le jazz résulte de la souffrance des esclaves. Sans eux, il n’aurait peut-être pas eu ce retentissement. Le jazz met l’accent sur l’improvisation. Il y a une histoire à raconter, c’est ce qu’on retrouve dans le blues. Il offre la particularité de s’exprimer en toute liberté.

Quelle recherche discographique avez-vous effectuée ?

Ma conférence ne repose pas sur des disques : elle repose sur des vidéos que je réalise. Je suis à l’affût de tous les concerts. Je connais tous les endroits où la musique de jazz s’exprime et je filme. Le thème s’y prêtait puisqu’il s’agissait du jazz de Guyane. Je détiens, bien sûr, des disques mais ce qui m’intéresse, c’est ce que les musiciens guyanais pratiquent. Mes conférences sont des spectacles. Il faut vivre avec son temps. L’image, le numérique envahissent. Faire une conférence avec des disques signifierait qu’il faudrait avoir le disque que les autres n’ont pas. Et pour moi, ce n’est pas intéressant de passer un disque entendu chez soi. Tandis que quand je passe mes vidéos, il y a beaucoup de personnes qui ne se déplacent pas et qui découvrent la vidéo. ça a un autre effet.

Y a t-il un style musical pour lequel vous manifestez plus d’intérêt ?

Moi, j’écoute. À partir du moment où il y a une harmonie, que je communique avec le musicien, que ce soit même une musique militaire ou une musique religieuse, ça m’interpelle. Et puis il y a des moments. Il y a des instants où j’ai envie d’écouter de la musique militaire, il y a des moments où une musique beaucoup plus calme s’impose ou au contraire une musique très rythmée. À chaque moment doit correspondre sa musique.

Une autre conférence est-elle prévue ? Quel sera son sujet ?

J’ai écrit un ouvrage qui s’intitule Les Différents Aspects de la musique guyanaise. La mazurka, la biguine, le jazz sont des aspects et, dans la lignée du jazz, la prochaine conférence concernera le jazz au féminin. Donc le jazz et les femmes. J’ai des thèmes que je décline. Mais la question est d’être encouragé. Voir les spectateurs, ça encourage. Parfois, on a des doutes. On ne le fait pas pour la gloire mais on espère une attention. Les thèmes sont là et déjà prêts mais encore faut-il être sollicité, avoir un cadre qui convient.

Ces conférences ont une valeur pédagogique. Ce que je souhaiterais, c’est que ces conférences puissent entrer dans les écoles, dans les conservatoires. C’est bien de pouvoir étudier la musique baroque, la musique classique, la musique romantique. Mais c’est intéressant que les jeunes apprennent à connaître leur propre musique. Ainsi, ils bâtissent leur culture musicale sur ce qui est de chez eux. Ils peuvent alors transposer et comparer pour aller plus loin. Quand des personnes sont appelées à avoir une carrière musicale sans savoir d’où elles viennent, c’est un problème. On a eu le cas lors de regroupements de musiciens après un stage, une conférence ou un concert. Souvent, il y a des musiciens qui viennent d’horizons différents et lorsqu’on demande à chacun de montrer ce qu’il fait chez lui, bien souvent les nôtres sont embarrassés.

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