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José Sébéloué : « Je suis né dans la brousse et j’en suis fier ! »

Propos recueillis par Pierre Rossovich/photos : Kathryn Vulpillat Mardi 30 Juillet 2019 - 15h28
José Sébéloué : « Je suis né dans la brousse et j’en suis fier ! »
"je n'ai pas oublié ma culture, même si cela fait longtemps que je suis parti" - (photos : Kathryn Vulpillat)

Né à Ouanary il y a soixante-dix ans, José Sébéloué a connu une carrière internationale avec la Compagnie Créole. Il n’en a pas pour autant oublié sa Guyane. Avec Denis Duvigneau, il présente aujourd’hui un album destiné au marché local : "55 ans de musique".

Dans votre chanson « Avan Bazil pasé », vous évoquez votre envie de rentrer en Guyane. C’est le moment ?
Cela fait 40 ans que je suis en « déplacement ». Il y a des choses à mettre en place pour que je puisse rentrer. Je n’ai pas l’intention, à mon âge, de changer de métier, qui est la musique. Je n’ai pas l’intention de m’installer tranquille et attendre la retraite. Il faut que je sois actif.
Votre nouvel album s’appelle « 55 ans de musique ». Quelle est la chose la plus importante que vous avez réalisé durant cette longue carrière ?
Ce sont les fans qui peuvent le dire. Je ne suis pas conscient de ce que j’ai pu laissé comme souvenir dans la tête des gens. Sans fausse modestie, je ne comprends pas mais je suis ravi. Car c’est une réussite de faire vibrer les gens.
Vous devez beaucoup à votre voix, reconnaissable entre mille...
Vu mon état actuel, je suis très fatigué, je peux dire que ma voix est un don de Dieu. Avec la Compagnie Créole, on vient de faire trente-six dates au Canada. Mon dos me faisait souffrir. J’étais donc assis avec ma guitare sur scène. Seule ma voix n’a pas changée.
Avant de fonder la Compagnie Créole, vous étiez déjà très connu en Guyane ?
J’étais le number one dans les années 70. J’avais monté un groupe qui s’appelait les Pop-Corn. On était très modernes et la jeunesse était avec nous. Mais cela ne me suffisait pas. Je voulais aller plus loin. Je suis donc parti en métropole dans l’esprit de conquérir la France. C’était très ambitieux (rires). Quand j’étais ici, mes spectacles étaient remplis. Quand je suis arrivé en France, je me suis surpris à quémander le regard des gens. La notoriété me manquait. J’avais pris la grosse tête sans m’en rendre compte ! Avec le succès de la Compagnie Créole, j’ai retrouvé ça.

(photos : Kathryn Vulpillat)
En Guyane et aux Antilles, la Compagnie Créole est souvent vu comme un groupe pour la France. Qu'en pensez-vous ?
Il y a des gens ici ou aux Antilles qui apprécient la Compagnie Créole, mais pas autant qu’en métropole, c’est vrai. La-bas, dans n’importe quel coin, on est connu, même au Canada. Certains disent même que la Compagnie Créole devrait être remboursé par la sécurité sociale car c’est bon pour le moral ! (rires). Nous les Antillo-Guyanais, on a un complexe. On a la critique facile. Quand un artiste passe en Guyane et qu’il est applaudi, il peut faire le monde entier, parce que le public guyanais est dur. Chaque public est différent. Celui qui est difficile est peut-être plus sincère...
Dans combien de pays avez-vous chanté avec la Compagnie ?
Maroc, Turquie, Cuba, Canada, États-Unis, Belgique, Allemagne… Et tous les coins de la France ! Des fois on allait dans des communes où il y avait plus de vaches que d’habitants ! Et le soir, il y avait 6 000 personnes devant nous ! On remplissait et on remplit toujours. On va bientôt faire sept émissions de télé en Suisse.
Vous avez un coup de coeur pour un public en particulier ?
Les Canadiens. La première fois que l’on y a joué, je me suis demandé ce que l’on venait chercher là, à la porte des U. S. A. Le soir, c’était rempli. Au bout de dix minutes, les gens faisaient la farandole dans la salle. En tant que musiciens, « Douanier Roussau » et « C’est bon pour le moral » n’étaient pas forcément notre tasse de thé. Et pourtant c’est ce qu’aime le public. Il doit y avoir quelque chose qui capte les gens dans ces chansons, indépendamment de notre volonté. On ne maîtrise pas tout, même si on joue avec notre coeur.
Vous chantez en créole guyanais dans cet album ?
Je n’ai pas oublié mon créole et ma culture, même si cela fait longtemps que je suis parti. Je parle mon créole crûment. C’est un plaisir. Je me suis adapté à la culture de la métropole. Mais ce n'est pas pour autant que j’ai oublié ma Guyane.

Le nouvel album de José Sébéloué est disponible chez Sun Studio, boulevard Mandela à Cayenne - (photos : Kathryn Vulpillat)
Quelle est la première chose que vous faites quand vous revenez ?
Si je me laissais aller, j’embrasserais la piste d’atterrissage (rires). Ce que j’aime faire c’est me mettre nu pieds et regarder le ciel. Ressentir les vibrations de mon pays, écouter le chant des gros becs… J’aime la pluie d’ici. Surtout avec une nana ! C’est un temps pour faire des bébés (rires). J’aime être au bord du fleuve lorsqu’il pleut. Ce sont des choses qui m’ont fasciné dans mon enfance.
Vous avez grandi à Cayenne près de chez Mme Sérote ?
À l’époque chez Sérote c’était une toute petite case, au même endroit qu’aujourd’hui. C’était le point de rassemblement des « vié nèg » comme on disait. J’habitais pas loin, à la rue Rouget-de-Lisle. Toute la nuit on entendait le tambour qui parlait. C’était plus fort que moi, il fallait que je me lève pour m’asseoir à côté des tanbouyen. C’était les dòkò, ceux qui savaient jouer le tambour d’avant : le père Mandé, Horace… C’est dommage, les enfants de Sérote ont tout gâché. Ils n’ont pas respecté la mémoire de leur maman. Mme Sérotte était de Sinnamary. Elle gardait la culture de façon ancestrale.
C’est chez elle que vous avez appris à jouer au tambour ?
J’ai toujours été fasciné par le tambour. Depuis Ouanary, péyi indien où je suis né, j’écoutais les anciens. J’étais attiré. Une fois chez Sérotte, j’étais déjà dans les Vautours, j’ai fait un coup de ti bwa. Les deux gars qui foulaient ont croisé leurs bras et m’ont dit de sortir (rires). Car il y a une façon de battre le ti bwa. J’ai insisté et j’ai eu mon examen ! Après j’ai voulu fouler. Ils m’ont dit "vas te laver les mains, va enlever la neige !" (rires). J’ai acheté un tambour à Paris. J’ai mis des disques et je m’entrainais dessus. Quand je suis rentré à Cayenne j’ai foulé avec eux. J’avais réussi mon deuxième examen. Étape suivante : j’ai voulu couper. Je me suis mis à apprendre tous les phrasés des grands dòkò. Un jour je suis allé jouer chez Sérotte. Le père Mandé dormait. J’ai commencé à envoyer du tambour. Il s’est levé et a demandé qui j’étais. Ce jour là, j’avais réussi mon examen universitaire ! Depuis je continue à jouer. On appelle le tambour piano savann, ce n’est pas pour rien. J’ai eu cette chance d’être né dans la brousse. On faisait le mayouri grajé pour le manioc, le mayouri coupé bwa… Il y avait des rythmes à respecter. Je veux mettre tout ça en musique. C’est là mon ambition. Je suis né en brousse et j’en suis fier.
Vous n’allez jamais arrêtez la musique ?
Non jamais. J’ai encore beaucoup de projets. Et même si je réussi à les faire, on n’a jamais fini avec la musique. Il y a toujours à faire. J’espère que Dieu me donnera vie pour tout faire.
José Sébéloué et Denis Duvigneau, producteur du nouvel album "...55 ans de musique". - (photos : Kathryn Vulpillat)

 
Denis Duvigneau, producteur de « 55 ans de vie en musique » pour Patawa :
« Dans l’album, il y a le José guyanais, le José des Vautours et le José de la Compagnie Créole. Il y a des inédits et aussi des archives comme « Ti bolom a prézan » la toute première composition de José quand il avait seize ans ! Il y a les incontournables comme « Ruby », « Mais quand vient le soir », « Je ne t’appartient plus ». C’était Important de rappeler les succès guyanais de José Sébéloué car beaucoup ont mal accepté le fait qu’il aille faire danser les Français, qu’il soit un produit pour la France. Néanmoins, on était fier de le voir à la télévision. La Compagnie Créole est entré dans le patrimoine français. Pour moi, après Henri Salvador, José Sébéloué est le plus grand artiste guyanais".
 
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