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Hexagone l'actualité des Antillais et Guyanais de l'Hexagone
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Un jardin en outre-mer pour la mémoire et l’avenir

Alfred Jocksan (agence de presse GHM) Lundi 11 avril 2011

Marie-Luce Penchard coupe le ruban.

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Malgré la polémique, la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, a inauguré, samedi, un Jardin en outre-mer, au bois de Boulogne, au Jardin d’acclimatation. Les groupes folkloriques, carnavalesques, les personnalités et les enfants étaient présents sous un chaud soleil de printemps. Le jardin d’acclimatation a pris les couleurs de l’outre-mer après l’épisode honteux des zoos humains. Après le temps de souffrance, c’est celui des réjouissances.

Le président du Jardin d’acclimatation, Marc-Antoine Jamet, a pris la décision d’organiser « Un jardin en outre-mer » , samedi, avec son personnel ultramarin, lors d’un repas annuel et autour d’un tournoi de pétanque. « Nous préférons l’ouverture et la connaissance à la peur et l’exclusion, dans une démarche de confiance et de respect », a-t-il expliqué.
Dans ce jardin, de 1880 à 1910, trente exhibitions d’êtres humains ont eu lieu, des plus nobles au plus sordides… Aussi, le poids émotionnel était fort lors de cette inauguration, comme l’attente et la demande de changement après tant d’humiliation et de souffrance. Ce malaise, tout le monde a cherché à l'éviter à travers des discours bien lisses et bien maitrisés, susceptibles d'apaiser les esprits. Daniel Maximin, commissaire de l’année des outre-mer, est resté dans les citations pour exclure toute polémique et « regarder vers l’avenir, changer de regard », son maître mot. Il a cité René Ménil, philosophe martiniquais (« Nous ramassons des injures pour en faire des diamants… »), avant de sortir un livre de François Valobe, Carte noire, écrit en 1953, et de lire un poème dédié aux Noirs d’Amérique qui résume ce que pensait une majorité de ceux qui étaient présents. Oui, dans ce lieu une race a succombé au non-dit de la souffrance d’hommes simples et complètement dépaysés. Leurs descendants ont voulu retrouver la foi...
Dans son discours, Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, a annoncé que dans le cadre de l’article 4 de la loi Taubira, elle a demandé à Françoise Vergès, présidente du comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CPMHE), de conduire en relation étroite avec la mairie de Paris, une mission relative à ces événements. Elle veut des actions dans les champs mémoriels et de la sensibilisation sur la réalité de cette période historique. « Ici, tout est dit comme au musée d’Aquitaine : Dans une parfaite unité de lieu, un parfait équilibre, la mémoire et l’avenir sont réunis »… Voila ce qu'elle propose à tous ceux qui viendront dans ce Jardin en outre-mer.
Huit stands pour la Guyane
A l’entrée, Marie-Luce Penchard a coupé le ruban tricolore, face à un canot polynésien. Puis elle s’est avancée en direction de l’exposition photographique de David Damoison au musée des enfants (portraits, visages et scènes saisis en région parisienne). Suivie de sa cour, elle était vite de retour dans l’allée principale, passage obligé pour la majorité de visiteurs, et où la maquette de la fusée Ariane 5 domine et s’impose. Un passage au stand de la Réunion, puis un autre au stand de la Guadeloupe où elle s'est renseignée sur le taux d’occupation des hôtels… elle a parcouru 34 stands avec sa délégation.
Un spectacle de danse et de tatouages des iles Marquises par-ci, un concert de musique classique par-là, elle a pris le temps d’écouter le concerto en la mineur N° 28 du chevalier de Saint George, interprété par l’association de l’orchestre de M. de Saint George d’Alain Gédé. Quelques pas plus loin, elle a dégusté un sorbet coco, puis assisté à un spectacle de danseuses polynésiennes. A chaque stand, la ministre a pris le temps d’engager le dialogue, de goûter aux spécialités et de serrer des mains. Le président de la région Guyane, Rodolphe Alexandre, était la seule personnalité politique des quatre départements d’outre-mer à être présente à coté de la ministre. Lors de sa visite sur le stand des Amérindiens, tenu par Jean Auberic Charles et sa fille, la ministre a laissé entendre : « Vous avez tout à fait raison de faire connaitre cette communauté sous un autre visage, ça c’est très bien. Le développement de la Guyane passera par la Guyane de l’intérieur. » Jean Aubéric Charles lui a expliqué l’exposition sur trois panneaux situés dans l’allée, présentant les Amérindiens dans leur vie quotidienne. La forte participation de la Guyane a été très remarquée : huit stands pour ce seul département français d’Amérique. Autour du conseil régional et du musée des cultures guyanaises, il y a le comité guyanais du tourisme, l’association Mo isi mo rot bô, la gastronomie guyanaise, Libi na Wan, le centre spatial avec son atelier pour enfants et l’Eko Arts Créations Guyane.
Durant un mois, un jardin en outre mer proposera un programme riche en animations et rencontres. Des ateliers de contes, des musiques, des danses, des gastronomies, des défilés, des concerts, des expositions, dégustations et spécialités sont au rendez vous au cœur du bois de Boulogne, au Jardin d’acclimatation. Les sept pays participants souhaitent la bienvenue dans toutes leurs langues.

Ils ont dit
Rodolphe Alexandre : « Le passé ne doit pas embrouiller le devenir »
Le président de la Région Guyane, Rodolphe Alexandre, était la seule personnalité politique de l’outre-mer présente lors de l’inauguration d’un « Jardin en outre mer », au Jardin d’acclimatation, au bois de Boulogne, à Paris, samedi.
« L’émotion demeure, mais l’intérêt, aujourd’hui, est de réhabiliter la mémoire. Il faut considérer qu’il n’y a pas de lieux chargés de culpabilité. La polémique qui a conduit certains à des arguties sur la présence de la Guyane dans ce lieu qui fut jadis indigne, ne peut pas être figée. On n’est pas dans une histoire immobile, dans des projets mortifères, on est sur l’avenir, sur une projection. Il est important, au contraire, que l’on revisite l’histoire, qu’on la réécrive. Et, à travers cela, qu’on donne à l’avenir l’espoir d’aujourd’hui. Si la laideur de l’histoire et du colonialisme nous ont marqué, on ne doit pas rester sur ces blessures, on doit s’ouvrir dans le devenir et le partage du monde. Je suis content que toutes les communautés de la Guyane soient venues ici pour témoigner de nos cultures, de leur diversité et également du projet que nous voulons mettre en place pour l’avenir. Nos compatriotes Bushinengés sont présents, nos compatriotes amérindiens aussi et, quel que soit le débat qui a eu lieu, ils ont souhaité partager ce moment historique avec nous. Je reste fondamentalement sur la trajectoire de l’avenir. Le passé ne doit pas embrouiller le devenir. Quelles que soient les tâches, les blessures, les laideurs du passé. »

Jean-Aubéric Charles : « C’est une histoire d’hommes et de femmes »

Jean-Aubéric Charles appartient au peuple amérindien qui se compose de deux groupes, ceux de l’intérieur et ceux du littoral, dont le Kalibi est la plus forte population. Pour lui, ceux de l’intérieur sont très loin de la réalité actuelle et de la civilisation moderne. Il reconnait que sur les 52 tribus amérindiennes seulement 6 connaissent aujourd’hui une légère augmentation de leur population. S’il accepte de parler de parler de « véritable génocide », il souhaite construire un carbet pour montrer le savoir faire de son peuple. Il regrette que cela lui ait été refusé à la dernière minute « sans raison valable ».
Comment vit-il cette présence au jardin d’acclimatation où un certain nombre de ses ancêtres ont subi des atrocités ? « Pour nous, c’est un fait historique. En 1892, année de l’exposition universelle à Paris, dans ce même lieu, des Kali’nas sont venus. Pour nous, c’est un retour après notre cérémonie de lever de deuil qu’on avait fait en 1996 ». Malgré ce passé historique et douloureux, il a absolument tenu à être présent avec sa fille… « La cérémonie de 1996 est un symbole coutumier. Elle a été faite à la mémoire de ceux qui sont morts ici afin d’apaiser les esprits des défunts mais aussi ceux des vivants. Il faut une projection d’avenir plus positive. Le fait de revenir doit permettre de rétablir le dialogue et de redéfinir les relations entre l’Hexagone et l’outre-mer, surtout avec la Guyane et ses peuples autochtones. A trop réfléchir on n’est plus dans l’action.
Au grand nombre de Guyanais qui n’acceptent pas cela, Jean-Aubéric Charles répond : « Ceux qui n’ont pas compris n’ont pas accepté. Ceux qui connaissent notre culture profondément ne se posent pas de questions dans ce sens. Lorsqu’on perd un membre de la famille chez nous, on ne peut pas rester éternellement en deuil. Cette histoire est difficile mais nous acceptons d’en parler, cela ne doit pas nous empêcher d’avoir une projection sur l’avenir. J’espère que le fait de venir ici, de contribuer d’une manière forte à cette manifestation, malgré les quelques réticences, démontre qu’au niveau de la France, la Guyane existe. Et il existe encore six nationalités autochtones sur le territoire guyanais. Nous mettons en alerte les gouvernants pour que ces peuples puissent continuer à exister en tant que tels ».

Daniel Maximin : « un jour de fête »
Daniel Maximin fêtait son anniversaire, samedi. Le commissaire de l’année des Outre-mer a parcouru les allées d’un Jardin en outre-mer le sourire aux lèvres, sous un soleil radieux, gratifiant les visiteurs d’une biguine avant d’aller déguster quelques friands au stand de la Créole d’Eddy La Viny.
A cent jours du lancement de l’année des Outre mer français, Daniel Maximin ne tire pas de bilan. « Nous ne sommes pas à l’heure des bilans. Mais, je suis très heureux de tout ce qui se passe. Je veux même dire fier de la manière dont l’outre-mer s’impose, se montre, est présent comme on le souhaitait. C’est tout simple, il y a des choses qui nous dépassent, il y a la République, la poésie, l’engagement politique des grands hommes… Aujourd’hui, nous sommes au Jardin d’acclimatation qui est rempli de gens qui ne sont pas venus pour l’outre-mer… Quatre cent milles personnes vont passer durant tout le mois. On leur offre l’outre-mer avec quatre spectacles par jour pendant un mois. Le premier bilan, à la fois populaire et intellectuel (colloques, manifestations, commémorations) a montré des jeunes qui bougent dans divers milieux. Je peux dire que l’outre-mer est très présent dans tout ce qui se passe en France depuis le début de l’année.
Quand on lui demande si c'est une revanche sur l’histoire que de revenir sur ce lieu, Daniel Maximin rétorque : « Notre but est que les gens sachent. Et puis, historiquement c’est intéressant puisque c’est ici que l’outre-mer avait été si mal présenté avec des exhibitions et des choses de ce genre. C’est ce que Karembeu appelle une revanche. Une occasion de présenter ce qu’on était, comment on nous a montrés il y a un siècle et de regarder ce que nous sommes aujourd’hui. Il y a là la dignité de notre culture, sa vitalité ».

Pinas Sawanie, maitre de l’art Timbé des noirs marrons de Guyane
L’artiste peintre Bushinengé, Pinas Sawanie, a un mois pour effectuer une fresque multicolore représentant la richesse de son pays, grand d’une superficie de plus de 82 534 km2 et peuplé de plusieurs ethnies. Chaque couleur aura une signification ; le rouge pour le sang d’hier ; le blanc pour la femme, la vérité, la pureté ; le jaune pour la richesse, le bonheur ; le bleu pour l’univers ; le noir pour l’harmonie et le vert la forêt.

Sylvette Kaloïe : « un projet faire connaitre l’art kanak »

Sylvette Kaloïe, fille d’un kanak de Lifou exposé lors de l’exposition coloniale de 1931, a créé une association, Wasapa-Art-Kanak. Elle tenait à être présente au Jardin d’acclimatation pour honorer la mémoire de son père, le seul des siens resté sur la terre de France. C’est avec les larmes aux yeux qu’elle a raconté son récit et son combat pour retrouver la trace de son père qui vivait dans la région de Bordeaux : « Mon père a été humilié. Je trouverai la force pour le retour de son corps dans son pays et lui construire une case sur sa terre. Je veux retourner faire ce geste à Lifou. » Elle a inscrit son projet dans une dynamique de valorisation et d’échange autour de la reconnaissance et la compréhension.
 

Marie-Luce Penchard : « « Il faut se souvenir et ne pas se laisser enfermer »
Marie Luce Penchard, la ministre de l’Outre-mer, souhaite tourner la page et ouvrir un jardin pour la mémoire et l’avenir. Elle refuse que cette manifestation soit réduite à sa seule dimension populaire.

Avez-vous entendu cette polémique sur ce lieu chargé d’histoire ?
Il faut toujours qu’une ou deux voix s’élèvent, mais ces voix ne représentent pas l’outre-mer, ne représentent pas la majorité. Je suis convaincue, au contraire, que le fait de réinvestir ces lieux est une façon de voir l’avenir avec un autre regard. C’est bien la philosophie de l’année des Outre mer, c’est changer de regard.
Comment réagissez-vous après tant de polémiques ?
Il ne faut pas retenir cette polémique qui n’a plus de raison d’être. Pour preuve, il y a aussi bien des descendants de la communauté kanak que des Amérindiens. Nous avons voulu des moments forts, comme au Panthéon pour célébrer et rendre un hommage à Aimé Césaire. Mais nous avons aussi voulu permettre au grand public de découvrir tous les visages de l’outre-mer. Il y a toujours des polémiques… Moi, je ne regarde pas tout ça, je trace parce que je sais que l’outre-mer apporte beaucoup à notre pays.
Avez-vous ressenti de l’émotion ?
Beaucoup d’émotion. C’est un devoir de mémoire. Il faut se souvenir mais il faut construire l’avenir et il faut savoir rebondir par rapport à ces souffrances. Il ne faut pas se laisser enfermer.
Vous avez confié une mission sur la mémoire de l’esclavage à Françoise Vergès. Qu’attendez-vous de cette mission mémorielle ?
Mme Vergès nous fera des propositions avec des historiens. Alors laissons ces historiens faire leurs propositions. Il ne m’appartient pas de décider au préalable de ce qui serait bien vis-à-vis de cette communauté qui a besoin qu’on puisse connaitre son histoire, mais qui a envie qu’on montre d'elle un autre visage. Aussi bien le représentant de la communauté kanak que celui de la communauté amérindienne ont parlé de leur avenir, et encore du fait qu’ils font partie de la République. Mme Vergès fera des propositions qui permettront un moment donné de rendre hommage à cette communauté et en même temps de parler de son avenir. Son avenir est difficile, notamment en Guyane, parce qu’elle est parfois déchirée entre le poids des traditions et la volonté d’aller vers la modernité et la mondialisation qui malheureusement s’impose à tous.


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