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AU FIL DU TEMPS…

Scènes de vie dans le quartier

Pierre-Yves CARLIER Mercredi 25 septembre 2019
Scènes de vie dans le quartier
À l'entrée de la Mâtine, deux drapeaux plantent le décor. - Guillaume Aubertin

De la Mâtine, on se souvient des meurtres. Mais ce n'était, heureusement, pas que ça. Entre le coiffeur à 5 euros, le dentiste, les branchements électriques sur la chapelle Saint-Martin de Porrès et le guérisseur saramaka.

En ce jour de juillet 2009, deux drapeaux flottent au vent à quelques pas du rond-point Galmot, à Cayenne. Un français, un brésilien. Bienvenue à la Mâtine, la Matina pour la plupart des habitants du quartier, dont la démolition a démarré hier matin. Plus de quarante ans que ce squat a été érigé sur le pripri de Leblond, entre Chicago, la chapelle Saint-Martin de Porrès, un ancien dépôt de pneus parti en fumée et la 2x2-voies.

La Mâtine a connu son lot de descentes policières, plus souvent qu’à son tour. France-Guyane a relaté dix homicides dans le quartier, entre 2008 et cette année. Tout ça pour 400 à 800 habitants. En novembre 2016, les réseaux sociaux s’étaient inquiétés d’un nouveau cadavre à la Mâtine. Pas de mort pourtant, juste un acteur maquillé et placé au fond d’un congélateur pour les besoins de la série policière Maroni. Les réalisateurs avaient choisi le quartier.

14 euros le raccordement…

Ils ne furent pas les seuls. La Mâtine a été à la mode chez les ministres. Singulièrement sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Marie-Luce Penchard (Outre-mer), Benoît Apparu (Logement), Fadéla Amara (Politique de la ville) ont arpenté le quartier, parfois en cinq minutes montre en main, pour « faire des images » et se rendre compte d’une certaine réalité de l’urbanisme cayennais. C’était l’époque — 2008-2011 — où la rénovation urbaine devait passer par le quartier. Hier, une habitante se rappelait avoir été recensée à cette époque en vue d’un relogement. Elle n’a plié bagages qu’hier...

Pendant ce temps, le quartier a vécu tant bien que mal. Des ingénieux proposaient de se raccorder, pour 14 euros, au compteur électrique de la chapelle Saint-Martin de Porrès, ce qui faisait enrager le père Plug. Un autre, s’attaquant au transformateur EDF qui surplombe le quartier, a trouvé la mort en mai 2009. Les sapeurs-pompiers risquaient leur vie à chaque incendie. En octobre 2010, trois d’entre eux avaient été électrisés en arrosant par mégarde un fil électrique caché par les hautes herbes, alors qu’ils luttaient contre un incendie.

Un capitaine dans sa maison rose

Les matchs de Flamengo et Fluminense rythmaient les dimanches, branchés sur Globo. Un coiffeur proposait la coupe pour 5 euros et un dentiste vous arrachait les chicots pour à peine plus. Et puis il y avait Tooy Alexander. Le capitaine saramaka de Cayenne a vécu là, dans sa maison rose connue de tous, jusqu’à sa mort en 2015. Il était un des derniers guérisseurs traditionnels en activité. Aux visiteurs qui s’étonnaient d’un tel dénuement, il répétait : « Ma maison a beau être petite, elle est remplie de conversations. » Hier, toutes les conversations de toutes les maisons du squat se sont définitivement tues.

Le guérisseur et capitaine saramaka de Cayenne Tooy Alexander, devant sa "maison rose" de la Mâtine. - Thomas Fétrot

L'intérieur des maisons était souvent spartiate mais bien tenu. - Guillaume Aubertin
À l'entrée de la Mâtine, deux drapeaux plantent le décor. - Guillaume Aubertin
En 2009, Saheed, natif du Nigéria, témoignait dans France-Guyane : « Ce genre de logement n'est pas censé exister dans une ville capitale. » - Guillaume Aubertin

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