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MARTINIQUE

« Mon fils a pu croire que j'étais un terroriste »

Rodolphe LAMY Jeudi 19 septembre 2013
« Mon fils a pu croire que j'étais un terroriste »
Bassim Achour tient deux boutiques à Fort-de-France et vit depuis 23 ans à la Martinique.

Deux des quatre commerçants interpellés dimanche suite au déroutage de l'avion d'Air Caraïbes racontent leurs 22 heures de garde à vue. Ils comptent porter plainte.

De commerçants foyalais honorables et bien intégrés à... « terroristes » . Pendant 22 heures, « le malheur est tombé sur nous » , lâche Bassim Achour, propriétaire de la boutique Eve à Fort-de-France. M. Yacoub, qui tient un autre commerce de prêt-à-porter en centre-ville, n'y a pas non plus cru au départ. « Je me suis dit, c'est une blague, une caméra cachée. »
Pourtant, lorsque les policiers pénètrent dans l'Airbus d'Air Caraïbes, ce sont bien eux qu'ils viennent chercher. M. Yacoub voyage avec son frère. Bassim Achour a, de son côté, demandé à l'hôtesse de se déplacer après avoir reconnu un ami dans l'avion. « Bien sûr, on se connaît, on est commerçants mais nous ne voyagions pas ensemble. On s'est retrouvés là par hasard. Quand j'ai vu la police, j'étais curieux de savoir qui ils venaient arrêter » .
Et puis, tout s'enchaîne. Les fonctionnaires leur demandent de se lever. On les menotte, les fouille à la vue de tous les autres passagers. Les quatre hommes, qui se définissent comme des « Français d'origine palestinienne et libanaise » se laissent faire, abasourdis. Commence l'humiliation pour ces commerçants, de confession musulmane ou catholique. « Tout le monde nous filmait avec leurs téléphones portables. Une dame m'a ramené à la réalité et m'a alors mis plus bas que terre » , se souvient M. Yacoub, des larmes au bord des yeux et la voix tremblante.
« Terroriste » . Le mot est lâché. « Je lui ai répondu que je n'en suis pas un » , se rappelle Bassim. « À plusieurs reprises, j'ai demandé qu'on nous couvre le visage pendant qu'on nous sortait de l'avion et nous dirigeait vers l'aéroport » , raconte M. Yacoub.
« JAMAIS NOUS N'AVONS PARLÉ DE BOMBE »
En présence du procureur, les quatre commerçants comprennent qu'ils sont suspectés de vouloir faire exploser l'avion, suite au signalement d'une passagère. Elle aurait interprété leurs propos en arabe. Direction le SRPJ. Nouveau coup de massue. M. Yacoub ne réalise toujours pas : « Dans l'avion, en allant aux toilettes, j'ai vu Bassim, je l'ai salué en arabe. C'est tout ce que j'ai fait » .
Bassim, lui, avoue qu'il plaisantait avec son ami, également en arabe. La passagère se trouvait derrière eux. « Mais jamais nous n'avons parlé de bombe, ni même de politique ou quoique ce soit en rapport » .
Implanté en Martinique depuis 23 ans, il préfère en rire. « En garde à vue, on m'a même dit que la jeune femme m'avait vu régler ma montre et que c'est comme ça que j'aurais pu déclencher la bombe! J'ai répondu aux policiers que, oui, j'ai bien réglé ma montre... » .
Les deux commerçants reconnaissent que les policiers les ont traités avec beaucoup de respect. C'est davantage la situation qu'ils ont mal vécue. « J'ai passé une nuit très dure. C'est la première fois que je suis en garde à vue et la dernière j'espère... » , soupire Bassim. « On pense à la famille, aux amis » . « Et on se demande ce qu'on fait là, insiste M. Yacoub. Les policiers m'ont dit « on sait que tu es innocent mais on a une procédure à suivre » » .
Et notamment une perquisition à leur domicile respectif, en leur présence. « Après avoir été libéré, j'ai dit à ma femme, on va déménager. Tous les voisins m'ont vu menotté, entouré de policiers. Elle m'a dit : « Mais non, on va rester là, tu n'as rien à te reprocher » » .
« LA PROCHAINE FOIS, IL NE FAUDRA PAS PARLER ARABE »
Rencontré hier derrière le comptoir de sa boutique, ce père de famille, chrétien et marié à une Martiniquaise, accuse le coup. « Je pleure depuis ce matin. Vous imaginez ? Mon fils m'a demandé si j'étais un terroriste. Quand je l'ai déposé à l'école, j'ai eu l'impression que tout le monde nous regardait. Dans la rue, une femme a changé de trottoir en me voyant... C'est peut-être une impression de ma part mais j'ai vraiment besoin de voir un médecin et un psychologue. Je ne me sens pas bien » .
Pas question pour lui de reprendre l'avion dans l'immédiat. Bassim, lui, prévoit de s'envoler à nouveau dès dimanche : « Le pire dans tout ça, c'est que je voyage tous les mois, parfois deux fois par mois, pour mon commerce. Et toujours sur Air Caraïbes! J'ai une carte Or avec eux.
Les hôtesses et le personnel me connaissent... » . Les frères Yacoub sont amers après cette expérience. « Un chef de police nous a dit : « La prochaine fois, il ne faudra pas parler arabe » » . Invraisemblable pour eux. « Ils se sont sentis humiliés » , raconte Sylvia leur soeur, élue municipale à Puteaux, en France. Georges Yacoub, un autre frère, élu au conseil municipal de Pointe-à-Pitre, va encore plus loin. « On est Antillais, on vit ici, cette culture fait partie de nous. Nos parents sont là depuis 1940. Tout mon engagement politique est justement de montrer à la communauté antillaise que nous sommes là et qu'on veut participer à la vie sociale de notre pays » .
« Je suis traumatisé » , reconnaît M. Yacoub. « Moi, je me sens un peu mieux depuis que les Martiniquais ont compris que c'était faux. On a reçu beaucoup de solidarité, des communautés arabe et martiniquaise » , se réconforte Bassim, bien décidé néanmoins à porter plainte.
(France-Antilles MARTINIQUE)

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10 commentaires

Vos commentaires

rienaciré 20.09.2013

préjuger , ou racisme , où est la différence

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borgois 20.09.2013

L'article a la pretention de réhabiliter la réputation de ces deux Messieurs, mais met la photo de Bassim avec pour titre "de commerçant à terroriste". Sachant que deux personnes sur trois ayant le France Guyane entre les mains s'arrêtent à la lecture des gros titres, je ne suis pas sûr que l'objectif soit atteint. Puis le journaliste complète le titre avec une histoire de déroutage d'avion qui laisse entendre que l'avion a été détourné par (ou à cause de) la personne. Bizarrement il n'en est plus du tout question dans l'article. Même si l'amateurisme de ceux qui rédigent ce "journal" n'est plus a démontrer, j'en reste à chaque fois abasourdi.

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amnesia1984 20.09.2013
ce n'est pas du racisme ?

ah bon ?? vous trouvez

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Tika973 20.09.2013
Skol

Skol ?! C'est une Française , ça veut dire quoi ça ?!

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kafka 19.09.2013

attention il y a une bombe sur ce site..
eh mais, non, mais laissez-moi, je n'ai rien fait monsieur le policier ! Une bombe ? je parlais des photos de miss Guyane !

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karl 19.09.2013

il ne s'agit pas de racisme

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amnesia1984 19.09.2013

a quoi sert votre commentaire : c'est une française qui les a dénoncés ?

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rienaciré 19.09.2013

il faut porter plainte, si les gens ne peuvent meme plus parler la langue qu'ils veulent dans une démocratie à cause d'une débile qui regarde trop de films (il ne faut pas régler sa montre)

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skol973 19.09.2013

C'est une française qui les a dénoncé. C'est très grave, j'espère qu'il porteront plainte. En regardant la télé, j'ai cru voir un film.

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amnesia1984 19.09.2013
vive le racisme

voilà à quoi mène le racisme !!

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