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FOOTBALL

Le CERFA, la boîte à talents des Antilles Guyane

Florentin POPIEUL Jeudi 18 Juin 2020 - 14h51
Le CERFA, la boîte à talents des Antilles Guyane
Les jeunes du CERFA lors de la visite de Lionel Rouxel, en charge des sélections nationales jeunes à la FFF et sélectionneur des U16 ( photo : ligue de Guadeloupe de football.)

La ligue de Guyane a signé un partenariat avec la Fédération Française de Football (FFF). L'objectif : permettre à nos meilleurs footballeurs de continuer le cursus d’un sportif de haut niveau après le collège et d’emprunter, à terme, les rails de la professionnalisation. Tout cela en leur facilitant la relation avec les clubs professionnels d’Europe, et les universités d’Amérique du nord (Etats unis, Canada).

 Contacté par nos soins, la Ligue de Football de Guyane a tenu à amener des précisions sur ce projet qui fait débat au sein des clubs. Gilles Clau, élu délégué au projet de Performance Fédérale à la Ligue de Football de Guyane, a répondu à nos questions.
Pouvez-vous nous présenter brièvement ce que sera le CERFA ?
Gilles Clau : Le CERFA, pour Centre Élite des Régions Françaises d’Amérique, est une structure fédérale de formation alternative, chargée d’accompagner les jeunes footballeurs antillo-guyanais vers une pratique du football au haut niveau. Financé par l’Etat, la FFF et la Ligue Guadeloupéenne de Football, avec les soutiens de la Région et du rectorat de Guadeloupe, le CERFA a pour support le lycée général et technologique de Bainbridge, implanté aux Abymes, près du chef-lieu Pointe-à-Pitre.
Qu’est qui a amené la fédération à mettre en place une telle structure dans les Antilles ?
La FFF a construit sa politique d’accompagnement fédéral de détection des jeunes footballeurs selon une orientation essentiellement articulée autour de la préformation.

Dans le principe actuel, les jeunes joueurs, regroupés au sein des sélections (U15 et U16), disposent de quelques jours de détections pour donner un sens à leur avenir footballistique dans l’élite du football français. Cette possibilité leur est offerte une fois par an, à l’occasion des inter-ligues qui se déroulent chaque année à Clairefontaine, en région parisienne. L’objectif principal étant, bien entendu, de se faire repérer positivement par le sélectionneur national ou encore les centres de formation, présents en nombre à cette occasion.
Les places étant chères et limitées, les joueurs moins chanceux regagneront leur région respective en quête de nouvelles aventures avec peu de chance, dans les conditions actuelles, de capter l’attention des centres de formation.

Précisons par ailleurs que les joueurs issus de pôles qui ne seront, au bout du compte, pas en sélection, n’auront pas l’opportunité de participer à cette détection nationale.

C’est dans ce contexte extrêmement sélectif et à l’issue des inter-ligues, qu’intervient le CERFA. Une nouvelle entité de formation qui a ouvert ses portes en septembre 2019 et qui ambitionne d’accompagner nos spécificités ultramarines.

Quel sera l’emploi du temps d’un jeune scolarisé en Guadeloupe ayant intégré ce CERFA ?
Il sera comme celui d’un autre lycéen de leur âge, mais avec certaines spécificités. Les joueurs bénéficient de classes à effectifs réduits à 16 élèves pour leur scolarité, du suivi médical d’un médecin et d’un kinésithérapeute, et de sessions d’entraînement quotidiennes en semaine. Les gardiens disposent pour leur part de trois séances spécifiques encadrées par un spécialiste du poste.
La fédération a donc voulu rapporter les caractéristiques d’un centre de formation à un contexte ultramarin. Mais quelles garanties ont les jeunes qui intégreront cette structure ?
Intégrer le CERFA, c’est la garantie d’avoir un encadrement de haut niveau, en compagnie des meilleurs joueurs des Antilles/Guyane dans le but d’élever plus encore leur niveau de jeu. Être au CERFA c’est :
• Faire le pari d’une formation adaptée au développement et à la maturation de nos jeunes.
• Avoir la garantie d’appartenir à un vivier de joueurs de haut niveau, suivi par les centres de formation, mais également des hautes instances fédérales.
• Avoir la possibilité de poursuivre son triple projet, (sportif, éducatif, scolaire) entamé pour la plupart au sein du pôle.
• Enfin, intégrer les championnats U19 et de Régionale 1 de Guadeloupe dans le cadre de leur formation.

Nous avons d’ailleurs un joueur qui a intégré le CERFA l’an dernier, Ilan Ange Jeremie (lire interview ci-dessous). Combien de Guyanais peuvent prétendre à cette structure ?
Premier et seul Guyanais pensionnaire en 2019, Ilan Ange était ravi d’intégrer le centre pour parfaire son savoir-faire technique dans l’attente de propositions de centres de formation de clubs professionnels.

Quatre autres élèves sur 8 candidats potentiels rejoindront le CERFA cette saison, pour le plus grand bonheur de leur famille.
Il n’y a pas de limite de nombre entre Guyanais, Guadeloupéens et Martiniquais.
Gilles Clau (à droite) -

Ce projet ne fait pas l’unanimité, avec une question qui revient : pourquoi en Guadeloupe et pas en Guyane ?
Nous ne cherchons pas à être unanimes, mais tout simplement à trouver des solutions qui décongestionnent la pratique du football à haut niveau pour nos gamins. Bien sûr que nous voulions le réaliser en Guyane. Un diagnostic a même été réalisé par la FFF qui a étudié la possibilité d’encadrement du CERFA sur différents aspects comme l’encadrement et les infrastructures. Mais c’est la Guadeloupe qui offrait le plus de garanties.

Il faut savoir qu’en 2018, nous avions même entrepris les démarches pour l’ouverture d’une section sportive au lycée Lama Prévot avec des représentants de la fédération, mais cela n’a pas donné suite au niveau du rectorat.

Ensuite, il est aussi facile de comprendre qu’il est plus facile de déplacer 4 Guyanais que 12 Antillais du point de vue financier. On regrette que cette question n’ait pas trouvé d’aboutissement à l’époque. Maintenant les choses sont structurées et formalisées.

Beaucoup de présidents ont peur d’être perdants, en particulier au vu des possibles retombées financières que peut avoir un club si un de ses jeunes signe professionnel. Qu’en sera-t-il ?
La mise en place de cet outil s’est voulue malgré tout très attentive à l’équilibre et au respect des droits des clubs d’origine. Leurs droits en matière d’indemnités liées à d’éventuelles signatures de contrats professionnels leurs sont préservés, et ce malgré leur appartenance au CERFA. De surcroit, l’ensemble des joueurs du CERFA restent à disposition de leur sélections respectives… de quoi envisager le meilleur.
Le pôle Outre-mer en Guyane changera de nom l’an prochain pour devenir une Section Sportive Scolaire Performance (SSSP), est-ce donc un échec ?
Non. C’est même mieux dans la mesure où le pôle Outre-mer, bien que reconnu, n’était pas labellisé et ne bénéficiait pas de l’accompagnement qu’il méritait. La SSSP est labellisée et remplit un cahier des charges. Elle est donc reconnue et va bénéficier d’un accompagnement plus que nécessaire. À savoir, dès 2020-2021, la FFF mettra à disposition un entraîneur de très haut niveau (titulaire DESJEPS) au frais de la fédération. C’est donc une progression, et les moyens financiers seront de haut niveau.

Ce sera une structure enfin labellisée qui instaurera une concurrence plus sévère entre les prétendants pour y accéder : 12 places contre 16 précédemment. Elle aura néanmoins des conditions de travail similaires à ce qui se fait de mieux dans l’hexagone. 24 élèves seront encadrés par un entraineur de haut niveau (titulaire DESJEPS) dans le simple but de faire performer les élèves et leur offrir à l’issue, une chance d’intégrer un centre de formation ou encore le CERFA.

Qu’en est-il des jeunes garçons et filles n’intégrant pas cette structure ? Quel suivi la Ligue de Guyane met elle en place sur le territoire ? Car le football Guyanais ne se résume pas à Cayenne…
Tout à fait. Mais nous comptons 7 sections sportives scolaire plus un Centre de Perfectionnement Technique (CPT) sur tout le territoire. Nous avons donc un œil sur les différents jeunes potentiels et ceci à travers toute la Guyane. Nous sommes très attentifs au développement des jeunes garçons et des jeunes filles.
CERFA : Réactions de présidents, entraineurs, ou acteur de la vie guyanaise

Précision, ces réactions ont été recueillies avant la mise au point de la Ligue de football.
Hubert Contout (Conseiller Technique et Sportif à la Ligue de Guyane de Football) : ‘’Si les jeunes se donnent les moyens, ils ne peuvent que progresser’
« C’est une belle opportunité, avoir les meilleurs joueurs des Antilles et de la Guyane ensemble va créer une émulation. Ça peut être une bonne chose. Nous l’avons fait à l’époque avec le Pôle. Il faudra néanmoins être vigilant sur l’adaptation, comme c’est le cas en métropole. La vie éducative et affective sera différente en Guadeloupe.

Quant à l’encadrement technique, si les jeunes se donnent les moyens, ils ne peuvent que progresser. À l’image de M. Bodineau, le staff est compétent, sérieux et appliqu
é ».

Thierry De Neef (Sélectionneur des Yana Doko) : ‘’Les meilleurs s’entraînent avec les meilleurs pour progresser’’
Contacté par nos soins, le sélectionneur des Yana Doko n’avait pas toutes les informations sur le CERFA mais a accepté de réagir sur ce projet qui bénéficiera aux jeunes guyanais.
« C’est un avantage pour les jeunes d’être parmi l’élite. Les meilleurs s’entraînent avec les meilleurs pour progresser, et cela peut être une vitrine pour les clubs pros. Ce projet est donc intéressant mais soulève des questions sur notre championnat jeune et son niveau, de savoir s’il sera évolutif (Accueil en Guadeloupe, Martinique, Guyane) et quels critères de sélections. Nous avons de bons éducateurs aussi ici, et la formule trouvée doit être bénéfique pour la Guyane. Une bonne communication de la fédération doit être faite, car cela mérite d’être approfondi et mis en avant ».

Louis Lafontaine (Educateur et préparateur physique) : ‘’Ce projet est intéressant mais il aurait fallu avoir notre CERFA en Guyane’’
« Il y a plusieurs points qui m’interpellent. Pourquoi envoyer les jeunes là-bas en les éloignant de leurs familles ? La courbe de croissance démographique ici est exponentielle. Il serait mieux d’organiser les détections ici plutôt que d’envoyer seulement 4 jeunes aux Antilles. D’autres expériences n’ont pas fonctionné (Tennis…).

La population de Guyane est faite pour 40% de jeunes de 6 à 15 ans. Il vaut mieux garder nos jeunes ici. Des projets similaires avaient déjà vu le jour à l’image du CREPS. Cela n’a rien rapporté. Nous avons donc créé l’IFAS. Nous sommes aussi battus pour avoir l’université et le rectorat. Ce n’est donc pas un projet intéressant vu l’explosion démographique.

Dans les années à venir, c’est 50% de la population qui sera dans cette tranche d’âge. On aura donc du choix.

Ensuite les critères, sur quoi sont-ils détectés ? Et une fois aux Antilles, ils devront de nouveau passer une détection. La faille du Pôle Outre-mer est de s’arrêter au collège. L’IFAS ne proposant pas de parcours au lycée. Il faut avoir notre cadre de formation, faire évoluer les jeunes.

Ce projet est intéressant, mais il aurait fallu avoir notre CERFA en Guyane
».

Steve Falgaret (Ex-coach Us Matoury) : ‘’Nous avons les éducateurs et les jeunes pour pouvoir avoir une structure de la sorte’’
« Je ne comprends pas. A quoi sert le Pôle en Guyane ? Je trouve absurde qu’il n’y ait pas de continuité ici. La Guadeloupe va bénéficier de cette structure, mais pas la Guyane.

La finalité aurait été d’avoir un suivi au lycée. Nous avons gagné le tournoi Claude-Elise, nous avons les éducateurs et les jeunes pour pouvoir avoir une structure de la sorte. La finalité du CERFA c’est d’aller en métropole, et 60% des jeunes qui sont passés par le Pôle Outremer sont en métropole. Il n’y a que 4 jeunes guyanais sur 16 places au CERFA. Cela ne valorise pas les éducateurs.

Cela étant, il faut dire que c’est une bonne chose pour ces jeunes puisque nous ne l’avons pas ici. J’espère et leur souhaite toute la réussite.
»

Quency Yenoumou ( Président ASC Agouado Ex-Capitaine des Yana Doko)
« Tout ce qui s’ouvre pour changer positivement la vie de nos jeunes est à encourager. Si les jeunes de demain peuvent avoir cette chance là, c’est tant mieux, car nous n’avons pas pu avoir la même. Je pense d’autant plus aux jeunes des communes éloignées.
Quand on voir le talent qu’il y a en Guyane depuis tout ce temps, sans pour autant avoir les infrastructures… Nous connaissons tous quelqu’un de qui nous pouvons dire : "lui, s’il avait eu la structure, il aurait pu faire quelque chose".

Alors je ne peux qu’applaudir si cela est mis en place, même si j’aurais applaudi encore plus fort si nous avions pu le faire en Guyane pour mettre notre connaissance et notre savoir-faire en valeur.

Mais ne nous voilons pas la face, s’ils sont en avance, enrichissons-nous et espérons que cela pourra faire monter le niveau en Guyane au travers des jeunes, des parents, et des clubs. Espérons pour finir que le Covid ne freinera pas cette initiative et que cela se passera de la meilleure façon pour nos jeunes
. »
 
Parmi les personnes qui n’ont pas accueilli la nouvelle les bras ouverts, Albert Darnal, président de l’Olympique de Cayenne, champion de Guyane 2019-2020 :

« La mise en place d’une structure élite du football pour les U16 et U17, baptisé CERFA m’interpelle fortement :  

1°) Elle a été décidée par le Comité Directeur de la Ligue de Football de la Guyane sans aucune consultation des clubs de Guyane. Avant de mettre en place une telle structure, il aurait fallu initier un véritable débat avec les clubs et surtout avec les éducateurs qui tout au long des saisons encadrent les jeunes. La seule allusion à la mise en place d’une structure élite apparait sur le procès-verbal du Comité Directeur de la Ligue du 16/07/19 qui valide sa mise en septembre 2020 en Guyane (pas en Guadeloupe).
 
2°) Comme l'a dit en conférence de presse le Président de la Ligue de la Guadeloupe, il s'agit simplement d'une expérience sur deux ans. Nous ne pouvons imaginer la mise en place d’une structure élite sur deux ans et surtout le perfectionnement de nos jeunes.

3°) Cela affaiblira considérablement le niveau du football guyanais tant au niveau du championnat (niveau déjà pas très élevé dans la catégorie U17) en le privant de ses meilleurs éléments que lors des sélections. Même si on nous dit maintenant que les joueurs du CERFA pourront revenir jouer en sélection, à quel moment pourront-ils se préparer avec la sélection qui n’a déjà pas une préparation suffisante ? 
 
4°) Une structure comme celle-là pourrait très bien être créé en Guyane pour les jeunes Guyanais avec des éducateurs guyanais qui ont l’expérience et les diplômes requis.
 
5°) Pour intégrer le CERFA en Guadeloupe, il faut un bon niveau scolaire et c’est le gros point faible de nos meilleurs jeunes. C’est pour cela que nous militons à l’Olympique de Cayenne depuis plusieurs années pour un accompagnement scolaire de nos jeunes. Mais, si la structure élite est en Guyane, les joueurs qui ont un niveau scolaire faible pourront quand même être pris avec un accompagnement.
 
6°) Le football guyanais a sa propre culture footballistique que nous risquons de perdre.
 
7°) Quid des indemnités de formation si le jeune est pris dans un club professionnel ou s’il est engagé par un grand club étranger (règlement FIFA) ? Les retombées seront pour le football guadeloupéen.
 
8°) Les jeunes joueront dans quelle équipe le weekend ?
 
9°) L'expérience du CREPS de Guadeloupe aurait dû nous servir de leçon.
 
10°) Le plus grave dans tout ça, c'est que la Ligue a contacté les joueurs directement sans passer par les clubs qui ont été informés par les joueurs ou leurs parents. Que penser de telles pratiques ?

Il semble clairement qu’il s’agit d’une reprise en main par la FFF de notre football et des décisions qui nous incombent.
Trois autres joueurs de l'Olympique de Cayenne (document DTN) n'ont pas accepté de se laisser embarquer dans cette aventure. Ils ont fait un autre choix ou peut-être s’agit-il du niveau scolaire.

11°) Le cout élevé de 200 €/mois quand on sait que nos meilleurs jeunes viennent de milieux socialement défavorisés.
 
Pour finir, il est surprenant qu’après que la Guyane se soit battue pour avoir son rectorat et son université, et que nous acceptions que l’élite de notre football aille se perfectionner en Guadeloupe.
»

Albert Darnal, président de l'Olympique de Cayenne. -
  
 
Donovan Léon, (Capitaine des Yana Doko)

Le gardien de notre sélection, formé au CSSC, est lui aussi parti à l’âge où nos jeunes Guyanais s’apprêtent à faire le grand pas. Il répond à nos questions pour France Guyane.

Donovan Léon évolue en ligue 1 cette saison -

Tout d’abord, comment s’est passée cette période du COVID 19, pour un athlète de haut niveau comme vous ?
DL : Cette période a été compliquée au niveau sportif, mais personnellement j’ai continué à m’entretenir car le club nous avait fourni un programme. J’ai profité pour passer des moments avec mon petit, mes proches donc dans l’ensemble, cela s’est bien passé. Il manquait juste le ballon (rire).
Vous êtes actuellement capitaine de la sélection de Guyane et un des plus digne représentant du football guyanais, quelle sont les clés pour réussir au haut niveau ?
Pour moi la réussite au haut niveau passe par le mental. Car il y a des moments difficiles mais il ne faut pas lâcher. L’écoute auprès des éducateurs, l’humilité et le travail. Il ne faut pas rester sur les gens qui disent que tu es fort etc… tu dois continuer à bosser ! Enfin, très important, le respect.
Il n’y a pas de gardiens guyanais cette année qui intègre le CERFA, mais il y a pourtant un potentiel intéressant en Guyane. Que doivent ils améliorer ?
Je pense que nos jeunes gardiens guyanais n’ont pas forcément les entrainements spécifiques adaptés au poste. Moi par exemple j’ai eu la chance d’avoir un entraînement par semaine en sélection de Guyane -14 ans. J’ai aussi eu la chance de m’entraîner au moins une fois avec les gardiens seniors du CSCC à l’époque.

Mais quand je suis arrivé en métropole et surtout à Auxerre à 17 ans, j’ai dû bosser dur pendant 2 ans pour gommer les petits défauts et ensuite franchir le palier pour atteindre le monde pro.
Vous n’avez pas eu la chance de bénéficier d’une telle structure à l’époque, mais vous avez malgré tout réussi. Que pensez vous du CERFA et de l’opportunité pour ces jeunes ?
C’est vrai qu’à l’époque il n’y avait pas de structure comme cela et c’est dommage. Mais je suis content pour la jeunesse qui arrive si cela peut permettre d’en sortir un peu plus.
Quelles sont les difficultés que l’on rencontre en quittant la Guyane ?
Oulala… Je pense qu’il faut s’adapter très vite aux conditions de travail dans les clubs en métropole (centre de formation ou autre) et la distance avec la famille.

Pour moi le plus dur c’était la famille et l’attente afin de jouer mon premier match avec Brétigny. Mais je savais pourquoi j’étais parti.
Pour finir, quels conseils donneriez-vous à un jeune qui quitte la Guyane pour l'Hexagone ou les Antilles pour réaliser son rêve ?
Le seul conseil que je peux donner, c’est de ne pas lâcher même si c’est compliqué. Il faut toujours continuer à se battre et lorsque c’est dur, penser à tous les potes ou autres jeunes qui aimeraient être à leur place...
 
 
Les joueurs sélectionnés au CERFA et leurs parents ont aussi réagi à la nouvelle vie qui les attend. Si les espoirs d’intégrer un centre de formation sont grands, ils gardent tous les pieds sur terre avec des parents attentifs au suivi scolaire.

Parmi la sélection de Guyane lors du tournoi Claude Elise en décembre dernier, quatres intégreront le CERFA à la rentrée.

Chevillio Cetout (défenseur Axial au KFC) : "Je suis heureux"
«C’est une occasion en or pour un jeune comme moi. Je vais m’en servir pour performer tout en représentant mon territoire.»
Wanabo Francisca et Cetout Pierre, parents de Chevillio : ‘’C’est une grande satisfaction’’
«Cela représente une grande satisfaction pour nous. C’est un réel plaisir de le voir évoluer et de le suivre pour qu’il puisse atteindre ses objectifs.»
Rayan D’Abreu (Olympique de Cayenne) ‘’Je remercie les personnes qui m’ont formé’’
«Je suis heureux d’intégrer cette structure. C’est une opportunité qui m’est donnée et je vais la saisir. Je tiens à remercier les dirigeants, M. Darnal, coach de l’Olympique, Christophe Adam, et les autres clubs qui m’ont permis de progresser. Je suis heureux et rêve d’atteindre le haut niveau. Je remercie beaucoup les personnes qui m’encouragent et je vais tout faire pour représenter dignement le pays.»
Helena D’Abreu, Maman de Rayan. ‘’Je ne voulais pas qu’il parte sans le suivi scolaire’’
« Je remercie les coachs qui l’ont soutenu depuis qu’il a 6 ans, la LFG qui l’accompagne depuis 2013 et M. Darnal qui lui a donné confiance et un poste auquel il a pu évoluer. Je pense que le CERFA est bien. Il intègre l’équivalent d’un centre de formation. Mais le lycée m’a convaincu, car il y a le sport, mais une grande importance est donnée au suivi scolaire qui doit rester une priorité comme le sport. La suite, cela viendra de lui-même et je l’encouragerai.
Il suit ce qu’un jeune sportif doit faire pour réussir. Je ne me sentais pas qu’il parte sans suivi scolaire.»
Marc Kanamma (Ailier Gauche Us Matoury ) ‘’Je vais vivre une belle expérience’’
«Je suis fier de moi et du travail fourni. J’espère que mon expérience au CERFA me sera bénéfique pour aller plus loin que la Guadeloupe. Si le CERFA avait pu être en Guyane, tant mieux, mais je vais vivre une belle expérience !»
Johnny Christelle (Maman de Marc) ‘’ Je suis admirative et fière de mon enfant’’
«Savoir que son enfant part fait quelque chose. J’ai beaucoup d’attentes car à la maison, nous pouvons suivre le rythme de travail et là, bien qu’encadré, il sera livré à lui-même. Je suis plus confiante qu’inquiète. Je l’accompagnerai pour rencontrer les acteurs de son développement sur place.
Être dans une structure comme celle-là est un premier pas pour la réalisation de son rêve. Il a fait des sacrifices là où d’autres jeunes auraient pu s’amuser. Je suis admirative et fière de mon enfant. La Guyane peut produire de l’excellence et on pourrait avoir beaucoup de jeunes à suivre.
Il faut souligner le travail de Christophe Adam qui sait garder les jeunes dans un esprit positif et qui fait preuve d’une bienveillance que j’ai rarement vu. Son travail est inestimable dans la construction psychologique de l’enfant. Quand on voit la prise en charge du Pôle, en dépit des moyens économiques et structurels, je suis heureuse que l’humain soit au-dessus de tout.
»

 
La sélection de Guyane lors du tournoi Claude Elise en décembre dernier. Parmi eux, 4 intégreront le CERFA à la rentrée. -
 
 
Ilann Jérémie est depuis un an le seul pensionnaire Guyanais du CERFA en Guadeloupe. Il a bien voulu répondre à quelques questions sur son expérience d’un an, lui qui prolongera l’aventure à la prochaine rentrée. Il suit actuellement le programme de reprise que tous les sportifs ont reçu afin d’être opérationnel pour les premiers entraînements.
Es-tu toujours en Guadeloupe ou as-tu pu rentrer avec la Covid 19 ?
Ilann Jérémie : Merci de prendre des nouvelles. Je suis actuellement en Guyane, on nous a renvoyé dès le début de l’épidémie. Comme à chaque vacance, c’est la fédération qui prend en charge les billets.
Pourrais-tu nous donner ton sentiment sur cette première année en Guadeloupe ?
La première chose que je peux vous dire c’est que c’est une structure très organisée qui m’a permis de progresser. J’ai tout de suite vu la différence en termes d’infrastructure avec la Guyane. M. Bodineau, notre entraîneur est quelqu’un de reconnu à la fédération et les entrainements sont top. On progresse physiquement, techniquement et tactiquement.
Comment s’est passé ton adaptation là-bas ? As-tu été bien accueilli ?
Je connaissais un peu la vie en Guadeloupe, car j’avais déjà eu l’occasion d’y aller plusieurs fois. Je connais aussi la famille qui m’héberge le weekend, donc l’adaptation s’est très bien faite.

Ensuite, j’avais les inter-ligues avec les Guadeloupéens, ils m’ont très vite accueilli et intégré. Il y a une bonne ambiance, tout le monde est solidaire et se serre les coudes.

Ilann Jérémie, ici en Guadeloupe à Pointe à Pitre. -
Quel est le niveau de football au CERFA, quels sont les différences avec la Guyane ?
L’intensité ! On voit que l’on n’est pas la pour rire. Les joueurs veulent progresser pour intégrer un centre de formation, et avec mon groupe nous essayons de mettre le plus d’intensité possible. Je trouve que les guadeloupéens sont plus sérieux. Physiquement et sur les autres points la Guyane est à peu près similaire.
Il y a aussi l’école bien sûr, comment est organisée la semaine, est ce que ce n’est pas trop difficile de suivre les cours ?
Pour l’emploi du temps au début c’était dur de concilier foot et études. Les semaines sont chargées, on démarre les cours à 7h le matin jusque 15h30 maximum, et entrainement à 16h30 CREPS pour le lundi, mardi et jeudi. Les autres jours c’est entrainement de 7h à 8h30 au CREPS et ensuite cours au lycée. Mais on prend le rythme. On a des cours de soutien si besoin, des surveillants qui nous aident à faire les devoirs.

J’ai un peu galéré au début mais tout va pour le mieux, j’ai eu 15 de moyenne au premier trimestre et 16 au deuxième avec à chaque fois les félicitations.
L’objectif est d’atteindre un club pro via un centre de formation, est ce que vous voyez souvent des représentants de clubs pro ?
Les clubs pro apparaissent souvent au moment des inter-ligues. Je sais aussi que le sélectionneur de l’équipe de France U16 était venu. Les clubs pros s’intéressent au CERFA, mais nous sommes surtout concentrés sur le terrain. Les choses viendront en temps voulu.

*Ilann repartira en Guadeloupe à Pointe à Pitre pour la rentrée quand la crise sanitaire le permettra. Pour cette nouvelle année, le CERFA accueillera aussi des Martiniquais car il était entouré uniquement de Guadeloupéens sur le terrain. La Guyane le soutiendra de loin en espérant qu’il porte haut les couleurs des Yana Doko à l’avenir.

Ilann Jérémie sur les terrains d’entrainement du CREPS en Guadeloupe. -

 
 
 



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