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Un accord gravé dans la roche

Gérôme GUITTEAU Samedi 22 avril 2017
Un accord gravé dans la roche
Manuel Jean-Baptiste des Iguanes de l'Ouest lit l'accord à la foule qui a grossi au fil des heures. Celle-ci était cependant loin des grands rassemblements observés lors de la mobilisation. (GG)

L'accord de Guyane - protocole Pou Lagwiyann dékolé a été signé hier vers 18 heures à la préfecture. Il inscrit dans le marbre législatif français qu'est le Journal officiel cet accord de plus de 3 milliards d'euros.

Le mouvement social guyanais, inédit par son ampleur, aura connu deux marathons de négociations : le week-end des 1er et 2 avril et ces deux derniers jours. Après la pluie dans la nuit du 1er au 2 avril, c'était le beau temps hier. Le soleil de plomb a accueilli place Léopold-Héder à Cayenne le collectif Pou Lagwiyann dékolé et les élus, venus signer l'accord de Guyane - protocole Pou Lagwiyann dékolé.
Un plomb qui s'est transformé en or, au vu des avancées obtenues par les Guyanais, notamment sur l'obtention des 2,1 milliards d'euros. Il est inscrit dans l'accord, page 7 : « L'État prend acte de la demande de mesures supplémentaires. [...] Il s'engage à ce qu'elles fassent sans délai l'objet d'un examen prioritaire pour programmer et mettre en ?oeuvre un plan additionnel tant d'investissement que de fonctionnement. »
« BEAUCOUP D'ÉMOTION » POUR DAVY RIMANE
Un accord qui a réussi à faire rougir les yeux du pourtant très flegmatique Davy Rimane, porte-parole du collectif et membre de l'Union des travailleurs guyanais. Il faut dire qu'avant cette signature, les parties ont passé dix heures à négocier, dans la nuit de jeudi à hier, à la préfecture. « Il y a beaucoup d'émotion. D'ailleurs, vaut mieux ne pas en parler. Je suis serein, apaisé. C'était des moments durs, intenses, fatigants. Mais au-delà de tout ce que nous avons obtenus, je veux qu'on se rappelle notre unité. On s'est unis et je n'oublierai jamais ce moment. »
L'émotion présente à la préfecture juste avant la signature officielle était galvanisante. Des scènes fortes se sont produites comme celle où Davy Rimane et Georges Patient, sénateur-maire de Mana, tombent dans les bras l'un de l'autre quand ils découvrent que l'accord sera publié au Journal officiel. Le député-maire de Matoury, Gabriel Serville, dans son coin, tout en discrétion, jubile. Cet ajout vient de lui, d'ailleurs les membres du collectif n'hésitent pas à le saluer. Il se murmure que le retard de la signature prévue à 14 heures puis intervenue à 18 heures est dû à cette dernière exigence.
L'autre scène mémorable sera sans conteste l'arrivée du drapeau étoilé de l'UTG devenu celui de la Guyane, dans la salle des signatures, au milieu des drapeaux tricolores et européen. Un drapeau tenu par Gauthier Horth, référent du pôle économique, qui a fait la paix avec les autres membres du collectif, et Rodolphe Alexandre, président de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Un moment immortalisé par tous les participants, sauf un : Martin Jaeger, le préfet. Il patiente, accolé au mur de la pièce, que les couleurs de la Guyane se retirent de la photo officielle.
« NE TE TROMPE PAS! »
Le préfet prend la parole, fait observer une minute de silence pour les forces de l'ordre touchées dans leur chair sur les Champs-Élysées. « C'est un acte fondamental dans l'histoire de la Guyane. Un acte de confiance entre l'État, les élus et le collectif. Il ouvre des perspectives et trace des ambitions. À nous de le faire vivre avec sérieux, constance, obstination et efficacité, » prévient Martin Jaeger.
Les huit pages de l'accord passent de main en main et sont paraphées. « Ne te trompe pas Davy » , chambre la salle, dans un dernier rire pour saluer ce que personne n'avait imaginé, il y a de ça un mois, lundi 20 mars à Kourou quand les yeux étaient alors trempés de larmes à cause du gaz lacrymogène.
« Fier qu'on ait noué le dialogue »
Après la signature de l'accord de Guyane, le préfet Martin Jaeger a évoqué la suite du travail pour mettre en oeuvre les mesures.
(TF)
Quand le comité de suivi de l'accord sera-t-il mis en place ?
Le comité de suivi sera mis en place très rapidement, la semaine prochaine sûrement. D'abord il va falloir fixer une méthode de travail puis poursuivre le travail sur les 14 ateliers thématiques. Il faudra poursuivre le travail technique et sociétal dans la sérénité et le sérieux pour compléter celui fait par la ministre des Outre-mer, Éricka Bareigts.
 
C'est une longue négociation d'un mois qui se termine, quel est votre sentiment vis-à-vis de cet accord ?
Je suis fier qu'on ait noué le dialogue et conclu un texte qui est un projet de développement avec un compromis entre les approches des uns et des autres. Il permet à la Guyane de regarder son avenir immédiat et à moyen terme avec confiance et je comprends que les Guyanais soient en attente de la réalisation des plans inscrits dans ce document.
 
La cité judiciaire n'était pas prévue dans le plan d'urgence alors qu'elle apparaît comme une évidence. Pourquoi ?
La modernisation du tribunal de grande instance est en cours depuis plus d'un an. La cité judiciaire est le regroupement des services pour une meilleure qualité et anticiper le besoin de justice supplémentaire qu'implique l'augmentation démographique. La question était de savoir dans quel ordre on fait les choses, ce n'était pas un refus de l'État. Nous avons trois établissements judiciaires à mettre en oeuvre : un tribunal de grande instance à Saint-Laurent, une cité judiciaire à Cayenne et l'établissement pénitentiaire à Saint-Laurent.
Propos recueillis par G. G.
Dites 33!
Au terme de trente-trois jours de mobilisation, le collectif Pou Lagwiyann dékolé, les élus et l'État ont signé un accord hier. Chacun exprime sa satisfaction, tout en appelant à travailler à sa mise en oeuvre. Les barrages, ouverts dès jeudi soir, ont été levés hier, permettant à chacun de retrouver ses activités.
Davy Rimane, porte-parole du collectif Pou Lagwiyann dékolé : C'est un bon début
(TF)
« C'est un bon début, pas une victoire. Le travail efficient commence maintenant, avec le projet Guyane et les états généraux. A ceux qui nous disent que nous aurions pu arrêter le mouvement le 2 avril, je leur réponds que nous avons obtenu les 2,1 milliards jugés « irréalistes » par le Premier ministre. Le CMCK devient un établissement autonome, j'insiste sur ce dernier terme. Et sur le foncier, l'État a déjà pris conscience que la rétrocession du foncier va dans le sens de l'histoire. Le processus est lancé, à nous de le concrétiser. Ce protocole va être inscrit dans le Journal officiel. C'est un document opposable. Tout est verrouillé. »

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