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Entretien

Thierry Queffelec revient sur sa gestion du blocage d'Iracoubo

Xavier-Paul Le Pelletier Jeudi 15 Avril 2021 - 13h29
Thierry Queffelec revient sur sa gestion du blocage d'Iracoubo
Le préfet en intervention aux côtés de la gendarmerie - Archives

 Très longuement paralysée au cours de la journée de lundi, la circulation aux abords du point de contrôle routier (PCR) d'Iracoubo a été grandement entravée par deux membres qui résident à Cayenne de l'association Trop Violans et qui n'acceptaient pas le refus des gendarmes de les laisser passer. Thierry Queffelec, préfet de la Guyane, a choisi France-Guyane pour s'exprimer quant à l'orientation qu'il a donné à la gestion de cette perturbation. 

 Monsieur le Préfet, vous avez finalement décidé après 8 heures de barrage de laisser passer les personnes à l'origine du blocage. Comment la situation en est arrivée là ?
Tout d'abord il faut se rappeler à la bonne sémantique : il s'agit non pas de barrages, mais de postes de contrôle. C'est un système de protection de nos frontières qui permet de veiller à la circulation des personnes tout comme des marchandises. Globalement ces postes permettent d'intercepter 6 à 7 kilos de cocaïne chaque semaine, des personnes irrégulières ou des produits phyto-sanitaires.

Il faut bien se rendre compte que cette notion de contrôle est importante du point de vue actuel de la santé des guyanais. Les taux d'incidence à Cayenne et Kourou est maintenant au dessus de 230, il ne serait pas raisonnable de laisser de tels chiffres s'exporter. C'est pour cela qu'il y a une nécessité de motif impérieux pour actuellement franchir ces points de contrôle. 
Pourtant, les deux membres de l'association estimaient que leur motif était bien légitime. 
Lorsque dans ce contexte bien connu, des gens se présentent et essayent de passer en force - à dire que la loi ne s'applique pas pour eux, peut-être pour les autres, mais surtout pas pour eux - et qu'ils prennent un poste de contrôle en otage ; c'est à dire l'ensemble des personnes qui y arrivent avec leur motif impérieux : cela ressemble à quelque chose qui n'est pas acceptable. Ces logiques de conflit sur des notions de contrôle de basse intensité ne sont pas recevables. La recherche systématique de situations où l'on ne respecte pas la loi - la loi pourtant faite pour tout le monde - la volonté de vouloir s'en délester et de créer un point de fixation autour d'un conflit ne sont pas entendables. 
 Vous avez néanmoins fait le choix de les laisser passer...
Evidemment, il y a toujours des possibilités "techniques" pour solutionner de telles situations. Les deux pelotons de gendarmerie présents auraient été suffisants à débloquer ces "quelques" incidents. Néanmoins contrairement à ce type d'associations qui veulent passer en force, l'État ne peut réagir à leur manière et utiliser le même ton. Leur donner l'autorisation de passer, c'est une façon d'apaiser les choses. 
Le pont d'Iracoubo - Archives

Au cours des longues heures de blocages, on a vu plusieurs élus se manifester. Y avez-vous prêté une attention particulière ?
Je pense tout d'abord aux maires des communes environnantes, qui en leur qualité d'élus à la tête de leurs mairies sont des officiers de police judiciaire et qui se sont retrouvés bousculés. Ils ont bien demandé à ce que la loi s'applique et soit respectée. Bien évidemment, lorsque l'on demande à des députés d'intervenir, l'information m'est remontée immédiatement. 
Il y a tout de même eu huit heures d'immobilisation. 
Quand quelqu'un est prêt à rester bloqué pendant huit heures, on ne peut que constater qu'il y a une véritable volonté de conflit. En l'état, je ne suis pas là pour créer des conflits. Nos services travaillent à ce que la cohésion des territoires soit parfaite. On les protège et on veille à ce qu'il n'y ait pas de "sous-ensembles" qui deviennent conflictuels. Le conflit c'est facile, trouver la paix c'est plus difficile, cela a pourtant été le choix de l'État. À ma demande, la gendarmerie a laissé passer ces gens-là, avec la responsabilité de ne pas avoir respecté la loi. 
Que cela signifie-t-il ? 
Simplement qu'ils doivent être conscients que leurs concitoyens sont au courant qu'ils ont fait ce choix de ne pas respecter la loi. En souhaitant qu'ils ne soient pas porteurs de virus. Nous prenons de nouvelles mesures de sécurité pour la santé de chacun. Protéger les guyanais c'est mon travail, en provoquer certains certains, ce n'est absolument pas ma tâche. 
Vous nous parliez de cohésion des territoires, mais de tels points de contrôle ne nuisent-ils pas à cette dernière ? D'autant que l'opinion semble estimer que ce sont les petits poissons qui s'y font intercepter pendant que les gros passent par le fleuve et la forêt. 
En parlant uniquement de la cocaïne, les petits poissons commencent par la Poste, avec des plis de 100 grammes. Pour les gros, on parle de centaines de kilos si ce n'est de la tonne? Nous menons en permanence de très gros travaux et des enquêtes judiciaires en profondeur avec des sections de recherche, néanmoins là je ne peux absolument pas en parler, mais sachez-bien qu'il s'agit d'un travail constant. Petits poissons, moyens poissons, gros poissons, c'est le rôle de l'État de redonner un sens à une telle situation. On ne peut continuer à laisser une jeunesse se faire tenter par des sommes extrêmement folles, à les laisser passer de mules à condamnables. Tout ceci c'est une chaîne à la fois économique, sociale et de santé que nous nous attachons pleinement à maitriser...
Pour revenir à cette notion de cohésion des territoires, en faisant abstraction de la situation sanitaire, que pouvez-vous nous en dire ?
Vous savez, les points de contrôle ne gênent pas grand monde à part ceux qui ne les respectent pas. On a mis des points de contrôle bien avant cette crise sanitaire. Ils existent depuis un bon moment et l'un des six escadrons de gendarmerie, que nous avons en Guyane pour lutter face à ces problèmes notoires de sécurité ou de comportement, y est affilié. Certains disent vouloir prôner la paix et le dialogue alors qu'ils sont principalement là pour provoquer et pour essayer de se retrouver dans des conflits qui sont pour moi stériles. 

Propos recueillis dans la matinée du mercredi 14 avril. 

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6 commentaires

Vos commentaires

Ti-Rex 17.04.2021

Dixit le Préfet Thierry Queffelec : "Le conflit c'est facile, trouver la paix c'est plus difficile, cela a pourtant été le choix de l'État. À ma demande, la gendarmerie a laissé passer ces gens-là, avec la responsabilité de ne pas avoir respecté la loi."

Je me demande ce qu'en penserait le Préfet de Paris, Didier Lallement...

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aouara 16.04.2021

Une infime minorité qui bénéficie de la complaisance de radio télé des "milles collines" avec le soutien constant de Gabriel"petit four" et à l'occasion du petit député de l'Ouest ne fait pas heureusement la Guyane.
Méfions nous tout de même car les populistes et autres milices facistes passent mais leurs dégâts dans la société sont catastrophiques !!

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Miroslav 17.04.2021
Mille collines !?

"Mille collines" faites-vous référence au génocide rwandais ? Si c'est le cas, je trouve cette référence plus que déplacée.

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jayjay5 16.04.2021
A celui la...

On a envie de leur chanter la fameuse chanson :

"n'oublie pas que t'es chez moi, situ penses qu'ici c'est comme chez toi, t'as tout faux, donc retourne là-bas"

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Paassy 16.04.2021
Injuste

Carton rouge à nos deux députés qui ont décidé de faire des membres de tropviolans des gens au dessus des lois, affranchis du respect du droit commun. Carton rouge à monsieur le Prefet qui a cédé à l'intimidation et à la pression du front national guyanais.
Il est désormais évident que tropviolans bénéficie d'un laisser-passer de la préfecture pour franchir les points de contrôle, sinon ils auraient déjà pris malin plaisir à recommencer leur provocation.
C'est écœurant, c'est injuste pour le reste de la population qui se soumet de bonne grâce et intelligemment aux lois.

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toniokila 16.04.2021

Il est vrai qu'il est plus facile de contrôler le barrage (PCR,checkpoint, poste-frontière ...) d'Iracoubo que la frontière (fermée !!)avec le Brésil d'où nous arrivent les fameux variants

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