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SOCIETE

Mont Lucas, pas de fumée sans feu?

Ayodele Germa Jeudi 9 Septembre 2021 - 10h44

Le lundi 30 août dernier, des émeutes ont éclaté dans le quartier populaire de Mont Lucas, en périphérie de Cayenne. Des véhicules de police ont été caillassés par des jeunes survoltés. Une semaine après, ambiance et témoignage des riverains sur les sources du mal-être.

  • Moore et Souverain, jeunes de Mont Lucas © AG

  • Jawad Bensalah, président de l'association citoyenne David Merour, président de l'association Zoukouyanyan © AG

  • Ludière Jolibois, ancien habitant de Mont Lucas © AG

  • Sur la place principale © AG

  • Le terrain de foot © AG

  • Mont Lucas © AG

Mont-Lucas, 8 septembre. Il est 13h30 quand nous nous garons devant l'antenne sociale, après avoir manqué de perdre une jante dans les nids de poule d’un petit sentier cahoteux fait de terre, de brique et de broque. Le docteur Jawad Bensalah, radiologue et président de l’association citoyenne de Mont-Lucas et son nouveau compagnon de lutte, David Merour de la compagnie de conte Zoukouyanyan, viennent à notre rencontre.
 
 
“Cela fait des années que nous demandons à ce qu’on fasse quelque chose à propos de cet accès”; nous confie le docteur, “ Mais rien y fait. La Siguy a promis que ce sera fait au moment de la rénovation de Mont Lucas 4 l’année prochaine.”
 
La cité de Mont Lucas est un terrain privé du bailleur social Siguy, il leur revient donc  de se charger de sa réhabilitation. “L’un des problèmes de Mont Lucas, c’est son enclavement. Il n’ y a pratiquement qu’une entrée et une sortie.” , précise le président de l’association citoyenne de Mont Lucas.
Un soucis d’éducation
Au pied d’un bâtiment, nous échangeons quelques mots avec Ludière Jolibois. C’est un ancien habitant de la cité. Arrivé à Mont Lucas en 2007, il s’en va en 2016, trouver un appartement plus grand, mais ailleurs. Il n'y revient plus que dans la journée pour faire tourner son entreprise d’entretien automobile.
 
 
“Je ne saurais pas vous dire si je suis parti à cause des violences ou non. Mais quand je laisse mon garage ouvert et que je pars faire un tour, personne ne touche à rien. On me connaît bien ici. Par contre, je pense qu’il y a un problème d’éducation. Certains enfants n’ont pas compris l’éducation qui leur a été donnée. À 15-16 ans, ils ont déjà des armes à feu, s’indigne-t-il. Pourquoi la Siguy ne résilie-t-elle pas le bail de ceux qui font du tapage? Quand c’est interdit d’avoir un chien et que tu en as un chez toi, on peut t’expulser, pourquoi pas les familles dont les enfants ont créé des problèmes? “
 
 Le garagiste poursuit son ouvrage en vissant le pare-soleil de la voiture en cours d’entretien, tandis que son visage affiche une forme de lassitude. Il y a une semaine encore, des jeunes ont brûlé des poubelles à proximité des habitations. Les forces de l’ordre et les pompiers ont été tenus à distance par des pierres et autres projectiles lancés dans leur direction. Le 22 juin dernier, une fusillade a eu lieu en plein jour, entre deux bandes rivales. Il y a 4 mois une cache d’armes aurait été retrouvée dans un local technique par les forces de police... cette liste est non-exhaustive. 

Une seule question nous vient à l’esprit: quelle est la source du mal-être? Nous avons un début de réponse, en sillonnant les allées de cette cité, qui serait certainement plus agréable à vivre, si les mûrs n’étaient pas maculés de moisissures. “Les canaux, obstrués par des herbes folles et des jeunes pousses d’arbre, génèrent des inondations en saison pluvieuse”, témoigne le Dr Bensalah.
La cité de Mont Lucas a été construite dans les années 1990 en périphérie de Cayenne. 650 logements sociaux,  1353 résidents en 1999, plus de 5000 actuellement. La promiscuité a eu raison du bien-vivre ensemble.
L’oisiveté ...
Sur la place principale, le soleil de la mi journée, dévoile les portes fermées d’un pôle économique et social. Auto-école, crèche, coiffeur, siège d’association fermés. C’est l’heure de la sieste, et par 34° on n’a pas idée de rester ouvert autour d’une place sans arbre ni abri. “Nous avons demandé à la mairie de Cayenne d’installer un carbet pour que les gens puissent jouer au domino en étant protégé du soleil. On attend toujours,” lâche le docteur Bensalah.

C’est aussi sur cette place, que nous retrouvons deux adolescents, Moore et Souverain. Le premier, se prépare à rentrer dans un CAP jardinage mais rêve de devenir trader. Le second vient d’avoir le BAC et souhaite se lancer dans le métier de routier. Pour ce dernier, si les jeunes brûlent des poubelles
“c’est pour défendre nos droits. On fait comme Goudet. Tant que personne n’est blessé… Personne ne fait rien pour nous ici. Il n’y a rien à faire dans ce quartier”. Et Moore d’abonder dans son sens: “ Vous avez vu le terrain de foot? Allez voir le terrain de foot! “.
 C’est ce que nous avons fait. Effectivement, il mériterait un coup de rotofile et de l'éclairage. Les habitants réclament aussi une grille de protection pour éviter que les ballons ne se retrouvent logés dans les salons des riverains. Mais au-delà de ce plateau sportif mal entretenu, c’est surtout le manque d’activité que ces jeunes adolescents déplorent. Il existe une maison de quartier. Mais les ateliers ciblent essentiellement la petite enfance. “Si cette maison de quartier était ouverte le soir, cela permettrait aux jeunes de s’occuper plus sainement,” pronostique Jawad Bensalah.
Une nouvelle association
Bientôt une nouvelle association devrait ouvrir ses portes sur la place principale du quartier de Mont- Lucas. La compagnie de Conte Zoukouyanyan souhaite proposer aux jeunes des activités autour de la lecture, de la prise de parole en public et de la protection de l’environnement. “Nous voulons aussi créer un atelier dédié à la parentalité, pour trouver, avec les parents, des alternatives aux écrans pour leurs enfants.”

Toute contribution est la bienvenue pour améliorer le sort des habitants. Mais l’association citoyenne
exhorte la Siguy et la Ville de Cayenne à plus d’implication dans la destinée des jeunes de la cité de Mont Lucas.





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