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Le barrage d'Iracoubo suspendu, le débat relancé

Samir MATHIEU Jeudi 25 Juillet 2019 - 03h15
Le barrage d'Iracoubo suspendu, le débat relancé
Thierry Nicolas, le géographe guyanais explique dans un ouvrage publié chez Ibis rouge que la Guyane ne se divisait plus entre intérieur et littoral mais entre la zone comprise entre les frontières et les barrages mis en place par la gendarmerie et la zone inter-barrage (de Sinnamary à Régina). Si la levée du barrage doit persister, il faudra revoir son analyse - photos archives FG

Le préfet Patrice Faure vient de lever le poste de contrôle d'Iracoubo. « Une suspension » précise t'il, le temps d'essayer d'autres techniques. Le débat sur sa légitimité est relancé. Tour d'horizon.

C’est un grand changement. Il n’y a plus depuis mardi à 10 heures, de poste de contrôle, sur l’axe Cayenne-Saint-Laurent. Les gendarmes ne sont plus installés juste après le pont d’Iracoubo, comme c’était le cas jusqu’à présent. Le barrage d’Iracoubo, c’est l’histoire d’un point clé de la lutte contre l’immigration clandestine et l’orpaillage illégal selon les volontés de l’état lors de son instauration en 1992. Depuis lors, hormis une période de quatre à six mois où il avait déjà été suspendu provisoirement, le barrage est actif en permanence, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. «  On m’a informé de ce changement la semaine dernière au cours d’une réunion, témoigne la maire d’Iracoubo, Cornélie Sellali Bois-Blanc, surprise par ce choix de dernière minute  ». Pour l’instant, l’édile n’a pas un avis tranché sur ce choix : «  J’ai des habitants qui sont contre cette suspension, d’autres pour. Il y a des raisons justifiées dans chaque cas.  » Justement, elle explique les raisons qui poussent par exemple certains habitants à regretter cette décision : «  Les gendarmes étaient là donc il y avait un sentiment de sécurité. Sur place c’est plutôt très bien reçu de la part des personnes en situation irrégulière  », rajoute Cornélie Sellali Bois-Blanc. Autre motif de satisfaction, «  c’est le fait de voir partir la population stagnante  », se félicite la maire évoquant «  les SDF  » et autres personnes qui restaient jusque-là bloquées en raison des contrôles.

Un barrage appelé à disparaître

Les réactions dépassent largement le cadre de la seule Iracoubo. Sur les réseaux sociaux les commentaires fusent. Un internaute va même jusqu’à évoquer une «  Guyane réunifiée  ». C’est dire si la présence de ce barrage a clivé dans tous les sens du terme la société guyanaise. «  Il s’agissait d’un véritable check-point  », décrit Makeba Apa-Mounia, un ancien de l’UTG, à la pointe à l’époque des recours déposés contre l’installation de ce poste de contrôle, et qui est désormais membre actif de l’organisation contre le racisme et membre du mouvement international pour les réparations (MIR). Ce combattant de la première heure refuse catégoriquement de crier victoire : «  De toute façon, c’est un barrage qui est appelé à disparaître  », indique-t-il. Il précise sa pensée : «  Le préfet sait très bien qu’un arrêté préfectoral n’a pas force de loi. Les gens savent qu’ils peuvent passer. » Makeba Apa-Mounia estime que s’il y a des endroits qu’il faut contrôler, «  c’est au niveau des frontières  ». Mais il est fataliste : «  Tout ce qui se passe en ce moment, c’est un moyen de détourner la population des problèmes politiques de la Guyane  ». Cet homme d’engagement refuse systématiquement de donner ce qu’il appelle son «  passe-pont  » : «  Pour moi, c’est inconcevable que des étrangers me demandent mes papiers, pour moi qui suis originaire d’Iracoubo  ». Makeba Apa-Mounia ne veut pas qu’on «  règle les problèmes par la politique de la peur. On vous contrôle. Vous êtes dociles. En faisant ça, on entretient le colonialisme  ». Makeba Apa-Mounia conclut en parlant de «  pratiques abusives qui doivent prendre fin  ».

Pas une victoire

On ne crie pas victoire non plus au Komité drapo. Alfonsine Servais rappelle que c’est à «  titre expérimental  » uniquement pour l’instant que cette décision a été prise par le préfet. Le militant rappelle pourquoi à l’époque de son instauration et après, ils avaient fait autant de bruit : «  Tout est fait en catimini. On a l’habitude de ça. C’est pourquoi nous avions alerté la population, et c’est encore vrai aujourd’hui  ». Quand au poste de contrôle en lui-même, sa position n’a pas varié d’un iota. «  C’est un problème d’illégalité. Nous sommes dans un état de droit, et la France viole sa propre loi sous des prétextes fallacieux.  » Et Alfonsine Servais de pointer plusieurs dysfonctionnements à ce barrage. Un avis largement partagé par Maurice Pindard du MDES qui évoque un tryptique pour qualifier cette structure : «  Pas normal, illégal et innefficace  ». Maurice Pindard reste perplexe quant à la stratégie adoptée par le préfet. «  Je ne sais pas vers quoi on s’oriente, mais il y a des choses à faire  ». Difficile en effet de connaître la stratégie du préfet. Interrogé à ce sujet hier matin, en marge du déplacement du ministre Gérald Darmanin, Patrice Faure s’est fendu d’une brève information : «  Ce n’est pas supprimé. C’est suspendu. Nous allons mettre en place d’autres moyens de contrôles.  » Une patate chaude et un débat relancé, voilà le «  cadeau  » que devra gérer le successeur de Patrice Faure dans les semaines à venir…

La préfecture nous a envoyé ce jeudi matin un communiqué expliquant en partie la levée du barrage routier :

"Cette décision fait suite à la mobilisation exceptionnelle au plan national durant de nombreux mois des forces de l’ordre, ainsi qu’aux efforts demandés a? tout le territoire pour la sécurisation du G7 à Biarritz. Il s’agit là d’une mesure nécessaire pour la solidarité nationale, dont la Guyane a par le passé bénéficié".

(Mis à jour jeudi 25 juillet à 11h)

 
 


 


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