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L’esclavage est un attentat contre la dignité humaine

Jeudi 13 Juin 2019 - 03h30
L’esclavage est un attentat contre la dignité humaine
Me Patrick Lingibé, ancien bâtonnier, vice président de la conférence des bâtonniers de France - BERNARD DORDONNE

Le titre retenu pour cet article provient du premier considérant énoncé dans le décret du 27 avril 1848 portant abolition de l’esclavage dans les colonies françaises : « Considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ». On sait moins que l’abolition du système esclavagiste français sur le plan juridique est intervenue en trois phases.

Une abolition en trois phases

La première résulte du décret du 4 mars 1848 du gouvernement provisoire qui a institué, auprès du ministre provisoire de la Marine et des Colonies François Arago, la Commission d’abolition de l’esclavage « pour préparer, dans le plus bref délai, l’acte d’émancipation immédiate dans toutes les colonies de la République ».

La deuxième, qui est la plus connue, est incarnée par le décret du 27 avril 1848 portant abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, suite aux travaux de la commission mise en place en vue de réfléchir sur les modalités de l’abolition du système esclavagiste.

La troisième phase est moins connue alors qu’elle est la plus importante puisqu’elle touche à l’effectivité de l’abolition de l’esclavage dans chacune des colonies françaises. Pour rappel, l’article 1er du décret du 27 avril 1848 prévoyait bien l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises mais de manière différée, à savoir « deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles ». Autrement dit, l’abolition s’est faite sur le terrain de manière non uniforme car le régime colonial supposait que chaque gouverneur prenne un acte de transposition du texte parisien arrivé par bateau dans la colonie qu’il administrait. Cela explique d’ailleurs les raisons des différentes dates retenues en Outre-mer pour commémorer l’abolition de l’esclavage.

C’est le 10 juin 1848 que le décret abolitionniste sera reçu dans la colonie guyanaise. Par un acte en date du 10 août 1848, soit deux mois après la réception du décret de 1848, le commissaire général de la République et gouverneur André-Aimé Pariset va proclamer « l’abolition de l’esclavage à la Guyane française ».

Un crime abominable contre l’humanité

Il paraît instructif de rappeler le système esclavagiste. Il a été mis en place pour asservir des êtres humains dont on déniait toute humanité du seul fait de leur couleur de peau. Un rappel d’autant plus utile au regard de déclarations faites par Christine Angot dans l’émission « On n’est pas couché » diffusé le 1er juin. En effet, celle-ci a cru devoir faire une différence très maladroite entre les tragédies humaines, mettant en parallèle, d’une part, le génocide des juifs et, d’autre part, la relativité de l’esclavage des Noirs.

Bien qu’elle se soit excusée depuis cette déclaration, le mal est fait. L’approche développée nous paraît totalement inepte mais révèle surtout une méconnaissance grossière des réalités de l’esclavage dont les conséquences dommageables sont encore présentes dans l’inconscient collectif de générations issues de populations transplantées dans la douleur et l’effroi. Nous pensons au contraire qu’il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur, dans les atrocités et les souffrances des peuples.

L’esclavage a été un crime abominable contre l’humanité et il aurait démontré toute son horreur et sa dimension traumatisante si, à cette époque, il avait existé les outils de transmission des informations existant au siècle dernier (photographies, caméras et films, etc.). Ces témoignages auraient ainsi montré les atrocités commises sur les esclaves noirs au même titre que les images épouvantables révélant les pires monstruosités commises notamment au XXe siècle. Au-delà de cela, nous pensions que toute atrocité est et demeure une atrocité, quelles que soient les formes qu’elles peuvent prendre. Soutenir le contraire, c’est admettre que le statut et la dignité d’être humain sont négociables et seraient à géométrie variable ; pire, qu’ils seraient fonction notamment de la couleur de peau. Nous savons scientifiquement qu’il n’existe qu’une race, la race humaine, et que toute distinction raciale n’a aucun pertinence, n’en déplaise aux adeptes d’une supériorité raciale au niveau du genre humain. Malheureusement, les pensées et les actions des femmes et des hommes ne sont pas gouvernées par des logiques et certitudes scientifiques.

Le critère racial a été l’élément retenu pour l’asservissement des populations noires d’Afrique mises dans les fers du seul fait qu’elles étaient noires. Toute atrocité commise à l’échelle d’une population entraîne au sein de celle-ci des traumatismes sociétaux. Ces traumatismes sont d’autant plus profonds qu’ils sont passés sous silence et que le réflexe communément adopté est de chercher à oublier cette tâche infamante dans l’histoire d’un pays, d’une nation. Mais c’est ignorer que la mémoire collective des peuples asservis et traumatisés n’oublie jamais complètement dans les générations futures les stigmates, les meurtrissures et les blessures infligées des siècles auparavant.

Vouloir ignorer ou relativiser, c’est aussi pire que de ne rien dire et de vouloir oublier l’inoubliable car les comportements sociétaux sont souvent dictés par le vécu collectif et les traumatismes qui peuvent s’y greffer.

Trois versions du code noir

Lorsque la France introduit l’esclavage des Noirs en Guyane, celui-ci a été adopté depuis plus d’un siècle sur le continent sud-américain par les Espagnols et les Portugais. Les premiers esclaves noirs vont arriver vers les années 1680. Au début, le système esclavagiste est organisé par les autorités locales. Or, il ressort de Paris qu’une assise juridique de ce système hétéroclite apparaît, à certains, indispensable.

Il y a eu en réalité trois versions du code noir, dont les deux premières seront citées. Le premier, le plus connu et le plus important, a été élaboré par Jean-Baptiste Colbert, ministre et contrôleur général très influent du roi, et résulte d’un édit promulgué par Louis XIV en mars 1685. Le deuxième sera promulgué par Louis XV en 1724 où sera supprimé un certain nombre d’articles. Il faut savoir que l’édit de 1685 était destiné à l’origine aux Antilles, le titre même de ce texte l’indique puisqu’il traite du domaine « touchant la discipline des esclaves nègres aux îles de l’Amérique française ». Il ne sera appliqué à la Guyane qu’à compter du 5 mai 1704. Cet édit va donner un fondement juridique uniforme au système esclavagiste français. Sa lecture fait apparaître de la part de son rédacteur un double objectif : en premier lieu, affirmer avec force la présence de l’église dans les colonies et au sein des foyers d’esclaves afin de développer les valeurs chrétiennes ; en deuxième lieu, donner une base légale au système esclavagiste français, lequel présentait des organisations multiformes créées de toutes pièces.

Cet édit, connu dans l’histoire sous le nom de code noir, est organisé autour de soixante articles. Toute la violence et l’inhumanité de ce texte sont concentrées dans son article 44 qui déclare « les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté ». Relégués au rang de simple chose, les esclaves n’étaient pas considérés juridiquement comme des êtres humains.

Patrick Lingibé,avocat spécialiste en droit public

Ce texte est la version très réduite à notre demande d’un article publié par l’auteur dans un média national. Vous pourrez accéder à la version intégrale de l’article publié en allant sur le lien suivant : http://outremers360.com/societe/lesclavage-est-un-attentat-contre-la-dignite-humaine-patrick-lingibe-apporte-ses-eclairages-juridiques/l4ESC

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4 commentaires

Vos commentaires

tronokar 13.06.2019
c'est parti pour 1000 ans !

Et on va nous bassiner encore longtemps avec les 50 et quelques nuances de ce thème ?
Tout ça on le sait, tout ça on est tous d'accord, aucune chance de faire machine arrière mais également aucune chance que je cède au"devoir de repntance", n'en déplaise à Mamie Taubira.
Et au fait, l'esclavage existe toujours... en Afrique ! (ex: Mauritanie).

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dtc97300 14.06.2019

Vu comment certains Guyanais traitent les étrangers, je vous rassure, une forme d'esclavage moderne existe encore ici car il faut croire qu'on oublie ce qu'on a vécu pour le faire vivre aux autres...

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BELLOD 15.06.2019

C'est bien vrai ça… Même qu'avec ce genre de confusion sur l'héritage ou l'hérédité du vécu, on pourrait même se laisser aller à déplorer que naguère, certains gaulois ayant vécu l'invasion des romains, s'empressèrent d'aller plus tard envahir à leur tour les algérériens… Dédé, tu me resserts un ti'punch pour la route! Rapport à tout ce que l'on a vécu. Enfin, surtout certains!

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dtc97300 15.06.2019

C’est beau comme le Guyanais intégriste se disculpe sans s’interroger sur les pratiques bien contemporaines des siens. Je vous laisse votre tournée...la tournée du matin, j’accroche peu sur cette coutume locale. Pensez quand même à manger à 9h votre sandwich ou autres cochonneries...faut entretenir l’obésité locale et éponger l’alcool...bises.

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