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Mouvement social

En mémoire à la nuit du 24 avril 1997 qui a embrasé la Guyane et à bien d'autres...

Iris Joussen Samedi 24 Avril 2021 - 10h27
En mémoire à la nuit du 24 avril 1997 qui a embrasé la Guyane et à bien d'autres...
Le 24 avril 2021, le mouvement MIR GWIYAN continue d'organiser sa marche de la liberté pour commémorer la nuit où des indépendantistes ont été arrêtés et transférés en prison à Fort-de-France.

Ils étaient peu nombreux ce matin devant la mairie de Cayenne et la pluie battante ne facilitait pas l'entente de leurs discours. Qu'importe, le MIR Gwiyan n'abandonnera jamais sa marche et actions symboliques pour faire perdurer la mémoire d'ancêtres et acteurs s'étant battus pour la Guyane.

Les passants de Cayenne pouvaient assister à ce rituel dans l'avenue Général de Gaulle. Une dizaine de personnes masquaient les pancartes indiquant l'avenue pour afficher à la place un nouveau nom : celui d'"Avenue Shaka Karibu". Devant la mairie de Cayenne, l'un d'entre eux, pieds-nus, et prenant du rhum avant de le recracher à plusieurs reprises, rend hommage à cette pancarte rebaptisée.  "Shaka Karibu" répète inlassablement la troupe malgré la pluie battante qui couvre leurs paroles. "Shaka Karibu était un indépendantiste dont la vie est un exemple pour la Guyane" nous explique l'une des personnes en retrait, Il a préféré travailler avec et pour les guyanais. Il réclamait une égalité de droits. Il a été tué lâchement par un représentant du système colonialiste qui lui a tiré une balle dans le dos".

En mémoire à la nuit du 24 avril 1997 qui a embrasé la Guyane

Cette troupe, c'est le Mouvement International pour les Réparations ou MIR GWIYAN, un mouvement anti-impérialiste, écologiste et opposé à toutes les discriminations. Tous les ans, ils organisent une marche de la Liberté à la date précise du 24 avril." Pour ne pas oublier, explique un autre militant, dans la nuit du 23 au 24 avril 1997, quatre camarades ont été déportés vers la Martinique dans des conditions rappelant celles de l'esclavage".

Pour comprendre, il faut remonter aux mouvements d'octobre et novembre 1996 : les lycéens de Guyane entraient en grève pour demander des postes d’enseignants et de surveillants supplémentaires. Leurs revendications sont suivies par la population. Mais les choses dérapent et durant trois nuits, des émeutes éclatent et la maison du procureur fera l’objet d’une tentative d’incendie. François Bayrou, ministre de l’éducation nationale et Jean-Jacques de Peretti, ministre de l’Outremer arrivent alors en Guyane le 19 novembre et dès le lendemain, les discussions avec les représentants des lycéens aboutissent : l’Etat octroie un plan de rattrapage scolaire dont la mesure la plus emblématique est la création du Rectorat de Guyane.

Mais en avril 1997, dans le cadre de l’enquête sur la tentative d’incendie de la maison du procureur Beck lors de novembre 96, une dizaine de personnes - des leaders politiques de la mouvance indépendantiste et des leaders syndicaux - sont interpellées et transférées à Fort-de-France. ces arrestations provoquent de nouvelles émeutes en Guyane. "Ils ont été transportés dans un fond de calle de bâteau menottés avant d'être emprisonnés. Il aura fallu toute la solidarité des Antilles et de la Guyane pour réussir à les liberer!" raconte un des membres du MIR Gwiyan. L'affaire aboutira à la relaxe de l’ensemble des personnes suspectées. "Même leur libération a été honteuse : on les a sortis et on leur a dit "démerdez-vous"."

Depuis, chaque année, le MIR Gwiyan manifeste de Kourou jusqu'à rémire. Mais cette année, comme la précédente, le contexte ne leur permet qu'une marche de la Liberté au sein de Cayenne. Une marche bien plus courte mais tout aussi symbolique. "Nous longeons l'avenue Général de Gaulle et celle de Voltaire afin de réclamer que ces rues soient rebaptisées respectivement avenue Shaka Karibu et avenue des civilisations nègres et cultures" explique l'un des militants, "Nous voulons glorifier des personnes qui se sont battues pour la Guyane à la place d'individus négrophobes".

Exit rue Christophe Colomb, Vidal, et bientôt Voltaire ou De Gaulle
 
Ainsi la "rue Christophe Colomb" s'appelle depuis l'année dernière "rue des peuples autochtones". "Nous réclamions un changement de nom depuis une dizaine d'années. Nous avions choisi "Wayampi" - nom du premier bâteau partant de l'Afrique vers les Amériques afin de rendre hommage aux habitants afrodescendants et amérindiens - mais il n'a pas été retenu par la mairie. Qu'importe, ce qui compte c'est que le nom ait changé."

Parmi les combats qu'ils ont menés : la rebaptisation du rond point "Vidal" en rond-point "Adélaïde Tablon" en juin 2009. La première est une ancienne habitation coloniale, la seconde est une ancienne esclave, qui manifesta sa colère en 1879 lors de l'annulation du srcutin des municipales de Roura, premières élections libres en Guyane depuis le décret du 15 octobre 1879. Elle se rendit nue à Cayenne pour protester. Elle sera envoyée en prison pour acte de rebellion et outrage et y restera 3 mois.

Le MIR GWIYAN s'évertue ainsi par ces gestes symboliques à continuer de faire vivre ces ancêtres qui ont marqué l'histoire guyanaise

Pour revoir des extraits des discours du mouvement devant la mairie de Cayenne sur le facebook live de France-Guyane :



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2 commentaires

Vos commentaires

Laguya2020 25.04.2021
Dictature de la mémoire

Derniers Mohicans et passions tristes !

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Josse 24.04.2021
10 personnes ???

10 personnes.. il sont plus nombreux devant les chinois du coin à boire leurs bières et jouer aux dominos.

Bref, un non évènement de plus.

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