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Société

En Guyane, une homophobie encore bien présente

Samuel Zralos Vendredi 11 Décembre 2020 - 12h39
En Guyane, une homophobie encore bien présente
L'homosexualité en conférence, au camp de la transportation. - Samuel Zralos

 L’association Kaz’Avenir LGBT+ a tenu hier soir sa première conférence, au camp de la transportation de Saint-Laurent du Maroni, sur le thème « est-il facile de vivre son homosexualité en Guyane ? ». L’occasion de transmettre les témoignages de concernés et de débattre coming-out ou homophobie avec le public.

 Plus de 90 personnes se sont déplacées hier soir sur la terrasse du Ciap de Saint-Laurent, au camp de la transportation. Une affluence impressionnante pour une conférence du jeudi du patrimoine, sans doute parce que le thème – l’homosexualité sur le territoire – intrigue et intéresse. Pamela, représentante de Kaz’Avenir LGBT+ dans l’Ouest, en est « agréablement surprise ». Vu « l’omerta sur le sujet en Guyane, [elle se disait] que les gens n’allaient pas venir ». 
 
Or, non seulement le public est bien présent, mais il se montre attentif et concentré, alors que Pamela, qui anime la conférence, égrène les chiffres d’une étude déclarative réalisée récemment auprès de jeunes Cayennais : 13 % d’entre eux s’interrogent sur leur sexualité ou leur identité de genre, 15 % savent qu’ils ne sont pas hétérosexuels. Parmi ceux-ci, 85 % ont peur que l’homophobie affecte leur vie sentimentale et à peu près la même proportion confie que sa famille n’est « pas ou peu ouverte sur la question ». Des chiffres cayennais seulement, puisque « Sur Saint-Laurent, on n’a rien, aucune donnée, c’est tragique », confie Pamela. « Tout le monde se comporte comme si de rien n’était alors que des jeunes se font frapper pour leur homosexualité. »
 
« Je n’imagine pas mon futur en Guyane »
 
Un décalage qui se retrouve dans les témoignages qui s’enchaînent entre les murs de l’ancien bagne. La plupart sont à l'écrit, lus par des membres du public, parce que leurs auteurs n’ont pas osé venir s'exprimer en public, à visage découvert. Le premier, un homme « n'imagine pas son futur en Guyane » et veut quitter le département. Un autre a « la chance » d'avoir un entourage ouvert, mais témoigne d'une « incompréhension » dans ses rencontres au quotidien, par rapport à son genre et sa sexualité. Lola, 15 ans, non-binaire et pansexuelle, est présent.e à la tribune. Membre d’une famille ouverte, iel « vit bien » et « peut pas dire [qu’iel a] des problèmes ». Mais au collège, avec son ex-copine, iel a du faire face à une homophobie persistante. 
 
« On était connues comme les lesbiennes », nous confie la jeune personne aux cheveux bleus à l’issue du débat, « on recevait des insultes, d’autres collégiens ne voulaient pas manger avec nous ». Plus grave, ces attaques venaient « même de la part de surveillants ou d’autres adultes », membres de l’Education nationale. « On nous a déjà dit qu’on ne pouvait pas se tenir la main dans le collège, alors que les couples hétéros avaient le droit », regrette Lola. Résultat, l’adolescent.e, né et éduquée sur le territoire, « n’imagine pas du tout son futur en Guyane, ni en France ». Mais plutôt « à l'étranger, j'ai l'impression qu'ils sont plus ouverts là bas ». « Après mes études, j’aurai pas envie de revenir, les gens sont beaucoup trop fermés ici. »
 
« Continuer à militer »
 
Emiliano, militant bien connu sur Saint-Laurent du Maroni, est resté en Guyane et sera « Saint-laurentais pour la vie ». Le jeune homme résume bien la diversité des préjugés et des ouvertures sur la question en Guyane. Il constate ainsi une grande différence entre Est et Ouest. « Sur le Maroni, on vit avec différentes communautés », qui ont chacune leur coutumes, « et c'est parfois très très compliqué de trouver sa place ». Dans sa propre communauté amérindienne, ça a été « très difficile » dès l’adolescence, mais Vegaboy, son surnom, « a appris à prendre du temps et à "aller-vers" pour accompagner et aller vers la tolérance » - dans un premier temps – en attendant une éventuelle acceptation. 
 
« Il faudra des années et des années mais ça change. Les mentalités évoluent, surtout chez les jeunes », se réjouit le militant. Un « espoir » partagé par Pamela : « Tous les témoignages vont dans le même sens, à dire qu’il faut avancer, bouger. Ça me motive à continuer à militer ».

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