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VICTOR-SCHOELCHER

Commémoration de l'abolition : la Guyane et son histoire

P.R. Lundi 25 Mai 2020 - 14h06
Commémoration de l'abolition : la Guyane et son histoire
En décembre 2017, les têtes des statues de Victor Schoelcher et de l'esclave affranchi étaient respectivement enveloppées de maillots noir et rouge. - (ARCHIVES FRANCE-GUYANE)

En Martinique, des statues de Victor Schœlcher ont été détruites le vendredi 22 mai, jour de commémoration de l’abolition de l'esclavage dans l’île. En plein centre de Cayenne, une statue rend également hommage à l’abolitionniste aujourd’hui décrié par certains.

 Vendredi dernier, jour de commémoration du 22-Mai, un groupe d'activistes martiniquais a fait tomber les statues de Victor Schœlcher de leur socle avant de les endommager à coups de masse. Les militants déclarent contester ainsi l'action de Schœlcher, lui reprochant notamment le décret suivant l'abolition de l'esclavage ayant permis l'indemnisation des propriétaires d'esclaves. Décret duquel découlerait la position dominante des "Békés" dans l'économie de l'île aujourd'hui. 

En Guyane, où l’abolition est commémorée le 10 juin, une statue bien connue rend également gloire à Victor Schoelcher. Réalisée en 1896 par le sculpteur Louis-Ernest Barrias, celle-ci est située sur la place du même nom à Cayenne (anciennement place Victor-Hugo). Un endroit stratégique puisque la place comprend également depuis au moins un siècle une banque, la première à avoir existé en Guyane, autrefois appelée « La Banque de Guyane ».

En décembre 2017, quelques mois après le mouvement social, cette statue fut « encagoulée » (notre photo). Ce geste n’a jamais été revendiqué mais traduit un certain malaise. En effet, la posture donnée ici est celle de l’abolitionniste Schoelcher montrant la voie de la Liberté à un esclave affranchi qui semble épris de reconnaissance. À noter qu'une autre rue porte le nom de Shoelcher à Cayenne, et qu'un collège porte également son nom à Kourou. 
Des rues portant des noms d’esclavagistes
En Guyane, comme aux Antilles, l’esclavage a été trop longtemps occulté. Mais depuis plusieurs années, différentes manifestations sont organisées autour du 10 juin pour rappeler aux Guyanais ce pan essentiel de leur histoire.

Quelques rues portent encore aujourd'hui à Cayenne le nom d'esclavagistes (ex : la rue Malouet). Par contre, d'autres hommes dont nos rues portent le nom, comme François Arago, avaient fait le choix d'aider les esclaves à acquérir leur liberté. Autre anecdote : Madame Payée, de son nom africain Suzanne Amanba, esclave à l'époque, aurait profité de l'abolition. Elle aurait été affranchie après s'être mariée avec un soldat. Durant la période coloniale, elle possédait l'une des plus grandes exploitations avec son mari.
Des lieux et des monuments
De nombreux lieux chargés de l'histoire de l'esclavage auraient été oubliés. Comme le Canal Laussat, la Crique Fouillé, le Canal Beauregard à Rémire-Montjoly... Des lieux nés de la main des esclaves. À l'angle des rues Général de Gaulle et du 14 juillet, existait auparavant une fontaine portant le nom d'un célèbre esclave, Dunez. La fontaine a été démolie pour permettre la construction de cet immeuble.

Les abattis Kotica, entre Apatou et Grand Santi, sont aussi un haut lieu de cette histoire. Des Bushinengués s'y sont battus au péril de leur vie pour leur liberté.

Par ailleurs, de nombreux monuments d'aujourd'hui nous rappellent les atrocités de l'esclavage ou son épilogue : le monument du rond-point Adélaïde-Tablon (anciennement nommé Vidal), le monument des Chaînes-brisées au boulevard Mandela, la tombe de Victor Hugues au cimetière de Cayenne...

Ce n'est que tardivement, depuis les années 1970, que cette prise de conscience a commencé et que ces monuments ou statues ont été érigés. La Guyane a parfois encore du mal à parler de l'esclavage. Mais petit à petit, la vérité de l'histoire se fait jour.

Louisette MARMOT 
 
« Partout, les gouvernants utilisent l'histoire pour gouverner »

 Professeur d'histoire en Guadeloupe, Lydie Ho Fong Choy-Choucoutou nous présentait il y a quelques années son ouvrage « Mémoires de l'esclavage dans la société guyanaise, le paradoxe de la mémoire retrouvée » . Interview.

Pourquoi parler de « paradoxe de la mémoire retrouvée » ?
Depuis 1998, il y a un fort intérêt pour les commémorations. 1998 a été une année charnière puisque c'est à cette date que le gouvernement Jospin a décidé d'offrir une commémoration nationale de l'abolition de l'esclavage. Mais cela ne s'est pas passé comme prévu. L'idée était de montrer la générosité de la République qui a apporté la libération. Mais curieusement, ce n'est pas cet aspect qui a été retenu. Dès le début, les populations vont se polariser sur la question de l'esclavage plutôt que de l'abolition.

Ce qui intéresse, c'est de comprendre le fonctionnement du système esclavagiste. C'est l'aspect résistance qui intéresse les gens. On s'en rend bien compte parce que le personnage de Schoelcher, par exemple, est un peu tombé en désuétude. Quoi que, depuis 2009, une gerbe est déposée devant sa statue à Cayenne. Mais ça, ce sont des instrumentalisations politiques.

Qu'est-ce que vous entendez par là ?
Les commémorations sont organisées par les institutions, il y a donc toujours instrumentalisation, d'un côté ou de l'autre. Mais c'est normal. Ce sont les usages publics de l'histoire. Partout, les gouvernants utilisent l'histoire pour gouverner. Ceci n'est pas spécifique à la Guyane ou à Schoelcher.

Qu'est-ce qui vous passionne dans ce sujet que vous avez choisi de développer ?
En tant que professeur d'histoire, je cherche à mettre à disposition du public toute la connaissance possible pour arrêter les discours, erronés et fantasmés sur l'esclavage. Il faut arrêter d'avoir une vision affective sur cela et on le pourra lorsque le savoir historique sera le plus large possible

Propos recueillis par A.V. le 19.11.2010
 
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