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MÉMOIRE

Catastrophe de Cabassou, 22 ans après...

Pierre ROSSOVICH (p.rossovich@agmedias.fr) Mardi 19 Avril 2022 - 10h44
Catastrophe de Cabassou, 22 ans après...
La catastrophe de Cabassou avait causé la mort de dix personnes il y a 22 ans (photo d'archives)

Le mercredi 19 avril 2000, le visage de la Guyane changeait à tout jamais. Un pan du mont Cabassou s’affaissait, tuant dix personnes. Cela fait 22 ans ce mardi.

 Le 19 avril 2000, à 13 h 45, une partie du mont Cabassou s’affaissait sur l’usine de produits laitiers Cilama où plusieurs personnes travaillaient, une voiture qui circulait sur la route et des employés de la Direction départementale de l’équipement qui se trouvaient à ses pieds. La coulée de boue de 8 mètres de haut, progressant à 40 km/h fait au total dix morts, des blessés et des dégâts matériels considérables. En quelques secondes, 300 000 m3 se sont abattus. Placée en contrebas du mont Cabassou, l’usine de la Cilama a été frappée de plein fouet. Six employés sont morts pendant leur service.
 
LES VICTIMES

- Roger Lapiquionne
- Henri Courteau
- Gérard Gruel
- Waldomir Rusland
- Étienne Dorlipo
- Christelle Dorlipo
- Charles Boniface
- King Oesman
- Patrick Lutchman
- Jean-Michel Zacharie
 
L’État condamné
Après une procédure interminable, un jugement du 11 février 2011 déclare l’État responsable à hauteur des deux tiers des conséquences suite au glissement de terrain.

Le 26 avril 2000, le parquet de Cayenne ouvre une information judiciaire. La responsabilité de l’État est mise en cause. Une expertise signale que deux précédents glissements de terrain sont survenus sur cette zone en 1983 et 1990. La DDE (aujourd'hui Deal), le BRGM, les services de l’Etat sont entendus et il ressort du dossier d’instruction que des interventions humaines ont fragilisé le site et que la catastrophe avait un caractère prévisible. En 1990, après des études, la DDE avait en effet entrepris des travaux pour conforter le mont : créations de tranchée, ouverture de carrière, drainage… La question est de savoir s’il y a eu « faute lourde » entraînant la responsabilité totale de l’Etat. La responsabilité de la commune de Rémire dans la délivrance de permis de construire en 1990 est également soulignée.

La juge d’instruction estime qu’on ne peut reconnaître l’existence d’une faute caractérisée et prononce un non-lieu le 21 mai 2002. Seule une partie civile fait appel de ce non-lieu, hors délai. Les conseils des autres parties civiles décident de saisir directement la justice sans passer par la voie du parquet, c’est la citation directe. La Cour de cassation décide alors de dépayser le procès correctionnel à Paris. C’est en février 2006 que le TGI de Paris, s’appuyant sur le non-lieu du juge d’instruction, déclare les plaintes irrecevables, considérant l’autorité de la chose jugée. Cette fois, les conseils des parties civiles font appel. Le 30 novembre 2007, la cour d’appel de Paris estime la chose déjà jugée et confirme le jugement de février 2006. Le 19 janvier 2010, la Cour administrative de Bordeaux reconnait la responsabilité de l’État en la limitant aux deux tiers des préjudices. La Cour administrative estime que les travaux effectués par la Direction départementale de l’équipement le long de la route n’étaient pas à l’origine du drame.
 
 
« On disait que la montagne était vivante »

Archives France-Guyane : article publié le 19.04.2010 rédigé par Gauthier Horth


Placée en contrebas du mont Cabassou, l'usine de la Cilama a été frappée de plein fouet. Six employés sont morts pendant leur service. Depuis ce jour, la Cilama n'a plus jamais produit une boîte de yaourt ou un jus de fruit. L'ancien directeur, Bernard Boullanger, a dû faire face à ce terrible drame.

« C'était l'heure d'approvisionnement des camions. J'étais parti chercher des clés et à mon retour, je me suis trouvé face à cette catastrophe qui venait juste d'arriver » . Bernard Boullanger revit cet instant avec émotion. À l'époque, il était le directeur de la Cilama. Créée en 1990 par le groupe Despointes, la Cilama comptait alors plus d'une quarantaine de salariés. Dans son usine placée au pied du mont Cabassou, en bordure de la RN3, la Cilama fabriquait des jus, des yaourts et des glaces. « Nous nous sommes regroupés derrière l'usine, pour nous compter » , poursuit Bernard Boullanger. Six manquaient à l'appel. « C'était irréel! Nous avons passé toutes nos journées et nos nuits à se frayer des chemins pour tenter de débloquer les collègues dans les chambres froides. Jusqu'au dernier moment, nous étions persuadés qu'ils étaient encore vivants » , témoigne l'ancien directeur de la Cilama.

L’usine de la Cilama, tombée dans l’abandon, se fait envahir par la nature. Le MDES a érigé une stèle en mémoire des victimes sur le site. (Photo archives France-Guyane/Henri Griffit publiée en 2010) - -


Une montagne « vivante »
Bernard Boullanger visite le site de l'usine Cilama. Cela fait neuf ans qu'il n'y avait plus mis les pieds. Des morceaux de tôle oxydés de multiples pièces calcinées des étiquettes de yaourts quelques bouteilles et des bouchons ; c'est tout ce qui reste de l'usine. Pas à pas il s'arrête et fixe des yeux un objet un endroit. Les yeux remplis de souvenirs l'ancien directeur a le pas tremblant ; la voix également.

« On disait que la montagne était vivante parce que des roches apparaissaient tout le temps dans le virage. Elles ne provenaient pas forcément d'éboulement mais elles surgissaient à la surface. » Bernard Boullanger s'en souvient parfaitement mais ne sait pas si la source a été bouchée. « Je me souviens que les gens venaient laver leur voiture dans la crique. Je n'ai pas fait attention et je n'ai pas vu si l'eau s'était arrêtée de couler à un moment. Personne ne savait que la montagne allait tomber » .
La volonté de reconstruire
Une fois les corps retrouvés, les démarches administratives effectuées, Bernard Boullanger affichait un objectif clair : « Ma seule volonté était de reconstruire l'usine. Lorsque les actionnaires m'ont dit qu'ils ne comptaient pas le faire, j'ai racheté les actifs de la Cilama et j'ai reconstruit une usine à Matiti, la Solam. Depuis 2003, nous avons repris la fabrication des jus et des yaourts. La plupart des salariés de la Cilama travaille encore avec nous à la Solam » , annonce-t-il. Les palettes de jus et de yaourts sortent chaque jour de l'usine de la Solam, située à Macouria.

Le « noyau dur » de la Cilama y travaille encore, sans jamais oublier le drame qui les a frappés et amputé leur équipe de six des leurs.
 


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Georges de Cayenne 19.04.2022
A Roger

C’est un ami de l’enfance,
Qu’aux jours sombres du malheur
Nous prêta la Providence
Pour appuyer notre cœur ;
Il n’est plus ; notre âme est veuve,
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié :
Ami, si ton âme est pleine,
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié ?
Pensées des morts, d'Alphonse de Lamartine, merveilleusement chanté par Brassens

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