• Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
SOCIÉTÉ

Abus sexuels dans l'église : "désacraliser la fonction de prêtre"

Propos recueillis par Michel LE TALLEC Jeudi 7 Octobre 2021 - 15h07
Abus sexuels dans l'église : "désacraliser la fonction de prêtre"
Administrateur apostolique du diocèse de Guyane, Mgr Michel Dubost réagit au récent rapport sur les abus sexuels dans l’Eglise pour France-Guyane.

Administrateur apostolique du diocèse de Guyane, Mgr Michel Dubost réagit au récent rapport sur les abus sexuels dans l’Eglise. Il propose des pistes, réaffirme certaines positions. Rencontre.

Le rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise), présidée par Jean-Marc Sauvé, a été rendu public voici quelques jours (lire ici). Un premier commentaire?

Je voudrais d’abord dire que je faisais partie, comme évêque, de ceux qui voulaient, qui tenaient, à ce que ce rapport existe. Avant la parution de ce document, il y avait bien sûr des choses que nous savions, que nous soupçonnions, et d’autres dont nous n’avions absolument pas connaissance. Personnellement, comme évêque, je n’ai jamais été confronté à des cas de pédophilie. Mais il fallait que la vérité éclate. C’est fait.
Quand même, les chiffres cités dans le rapport sont accablants (1)…

Oui. Au vu de de qui se passait ailleurs, dans les communautés américaines, australiennes, ou autres, nous pensions, nous, Eglise de France, être une exception. Eh bien non! Les chiffres, comme vous le dites, sont accablants.

Que faire maintenant, selon vous?

D’abord mieux prendre en compte les victimes. Il faut reconnaître, et je le fais bien volontiers, que, jusqu’en 2010 environ, dans les affaires de pédophilie, nous ne nous occupions guère des victimes. Cette attitude a changé, et elle doit perdurer. Ensuite travailler peut-être sur la désacralisation du prêtre ou du religieux. Je veux dire par là qu’il y a une tentation intrinsèquement humaine de s’attaquer au sacré, représenté en l’occurrence par le prêtre ou le religieux. En les désacralisant, vous cassez cette tentation.
N’êtes-vous pas en train d’inverser les choses?

Non. Au cours de ma vie sacerdotale, j’ai été témoin, ou des faits m’ont été rapporté , que des jeunes filles cherchaient, comme on dit, « à voir le curé ».

Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, a déclaré récemment que «le secret de la confession était supérieur aux lois de la République ». Un pédophile qui se confie, un enfant qui fait part de ce qu’il subit, leurs paroles doivent rester dans le confessionnal?

Oui, et je suis d’accord avec la déclaration d’Eric de Moulins-Beaufort. Un confessionnal, c’est un espace de liberté, un endroit où l’on peut parler en toute sécurité. Si la personne, enfant ou adulte, qui se confesse sait que ce qu’elle dit va être mis sur la place publique, elle ne parlera pas. Dans ces affaires de pédophilie, l’important, c’est de libérer la parole. A nous ensuite, prêtres, d’inciter ceux dont nous avons recueilli cette parole de la porter ailleurs et d’agir.

Face à ce rapport, l’Eglise demande pardon aux victimes. Certaines d’entre elles, néanmoins, ne s’en contentent pas, estimant que les institutions catholiques sont encore, par là, dans la dimension sacrificielle, et qu’une simple demande de pardon ne suffit pas, ne suffit plus. Qu’en pensez-vous?

J’ai toujours soigneusement séparé le pardon et la réconciliation. Demander pardon sans chercher la réconciliation ne veut, pour moi, pas dire grand-chose. Or, la réconciliation passe par la justice pour ceux et celles qui ont été lésés. Il faut donc rendre justice à toutes ces victimes, et l’Eglise y travaille.

Un mot sur certaines affaires actuellement en cours dans le diocèse, liées, entre autres, à l’ancien évêque, Mgr Lafont, et à des prêtres ?

Comme vous le dites, elles sont en cours, et je n’ai absolument pas la main sur le déroulé de ces affaires. C’est David Macaire, archevêque des Antilles, qui s’en occupe. Je sais qu’il doit encore recueillir des témoignages à décharge concernant l’affaire de Mgr Lafont, et ce dans le cadre de l’enquête ecclésiale. Concernant l’enquête juridique, elle est entre les mains du procureur de la République. Là aussi, je n’ai pas d’information.

Vous êtes administrateur apostolique du diocèse de Guyane depuis le 8 avril dernier. Comment va t-il?

Financièrement, mal. La crise sanitaire, depuis un an et demi, a vidé les églises. Les produits des quêtes se sont taris, or, et même si la CTG prend encore en charge quelques salaires de prêtres, il nous en reste un certain nombre à régler. Plus ceux des laïcs travaillant pour le diocèse. Pour tout vous dire, nous avons dépensé 3 millions d’euros en trop. Il va falloir trouver une solution, c’est un moment très difficile.


(1): selon le rapport de la Ciase, « entre 1950 et 2020, près de 216 000 personnes ont été victimes d’abus sexuels pendant leur minorité, émanant de clercs ou religieux catholiques. Ce chiffre monte à 330 000 si l’on inclue les agresseurs laïcs travaillant dans les institutions de l’Église (aumôneries, scouts, etc) ». Toujours selon ce même rapport, « le nombre de prêtres ou religieux pédocriminels serait compris entre 2900 et 3200 sur un total de 115 000 ayant exercé entre 1950 et 2020, soit un pourcentage d’environ 2,6% ».

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
9 commentaires

Vos commentaires

TI-REX973 08.10.2021

"laissez venir à moi les petits enfants" qu'y disaient...
Un point positif, tout de même, si la Guyane est devenue une pépinière de champions d'athlétisme c'est bien parce que les 10-12 ans ont appris à courir plus vite que le curé. Alléluia!

Répondre Signaler au modérateur
HIHIHI 08.10.2021
T'inquiète

Tout sera pardonné...
C'est beau non?

Répondre Signaler au modérateur
Georges de Cayenne 07.10.2021
A quand la mixité dans l'Eglise ?

Je ne vois qu'en solution pour résoudre définitivement ce problème, c'est d'autoriser le mariage des prêtres et d'ouvrir la prêtrise aux femmes. Ce que les protestants on fait depuis plusieurs siècles. Certes, il y aura toujours des pédérastes, mais au moins pas plus que dans la population générale et ça évitera surtout que les institutions catholiques perdurent en tant que "pépinières pédérastiques".

Répondre Signaler au modérateur
jayjay5 08.10.2021
euh??

si les pretre se "marie", y ont plus aucune difference avec "mr tout le monde"... y devienne comme les "pasteur" protestant avec femme et enfant ect... franchement, sa leur ferait perdre le "respect" qu'on donne aux hommes d'église (catholique).

Répondre Signaler au modérateur
HIHIHI 08.10.2021
Sacré JAYJAY le comique

évidement il vous est plus facile de respecter un prêtre violeur d'enfant, plutôt qu'un prêtre marié.

C'est votre logique, je vous la laisse.

Répondre Signaler au modérateur
jayjay5 08.10.2021
pas logique

en gros vous dites que les pretre sont tout des violeurs d'enfant! y'en a ptet eu quelques uns en Guyane mais pas au tant qu'en "métropole" parce qu'ici on a moins ce genre de problème (culture creole est "traditionel", on est pas trop "mariage pour tout" ect).

le pretre, il est respecter parce qu'il a "renoncer" a la chair, sex ect. pour etre plus proche de Dieu. Si y se marie, il est comme toi et moi, y perd tout le respect qu'on donne a sa "vocation"...

Répondre Signaler au modérateur
HIHIHI 08.10.2021

apparemment le fait de renoncer a la chaire ne leurs réussis pas.
Il faut croire que les prêtres sont comme nous, "des etres humains".
Tous les prêtres de Guyane ne sont pas Guyanais, donc pas parfait!

Que proposez vous pour limiter ces horreurs?

Répondre Signaler au modérateur
Zorglub1962 09.10.2021

Pédéraste ne veut pas dire pédophile. Petit rectificatif...

Répondre Signaler au modérateur
jayjay5 09.10.2021
mais sa reste

des choses qui faut pas trop parlé, sa peut "influencez" les ados ect... culture africaine, creole ect. n'est pas trop "conpatible" avec "mariage pour tout", pacs ect...

Répondre Signaler au modérateur
Sur le même thème
A la une
8 commentaires