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10 mai : une cérémonie officielle particulière en raison du confinement

P.R. avec AFP Dimanche 10 Mai 2020 - 10h16
10 mai : une cérémonie officielle particulière en raison du confinement
Le Premier ministre français Edouard Philippe au Jardin du Luxembourg, à Paris, le 10 mai 2018. FRANCOIS GUILLOT / AFP

Depuis 2001 et la loi Taubira reconnaissant la traite négrière transatlantique et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, la date du 10 mai est consacrée "journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions". Comme chaque année, une cérémonie s’est déroulée dans les jardins du Luxembourg, à Paris. En raison de la crise sanitaire, elle s'est tenue en comité restreint.

En dépit du confinement, la commémoration de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions a eu lieu ce dimanche 10 mai au jardin du Luxembourg, en comité restreint. Étaient présents le Premier ministre Édouard Philippe, le président du Sénat Gérard Larcher, la ministre des Outre-mer Annick Girardin et Dominique Taffin, directrice de la toute nouvelle Fondation pour la mémoire de l’esclavage. La commémoration numérique durera jusqu’au 10 juin, date de l’abolition de l’esclavage en Guyane.

Voulue par François Hollande en 2016, entérinée en 2017 par le président Emmanuel Macron, cette Fondation pour la mémoire de l’esclavage a été créée en novembre 2019.

Conçue pour être une plateforme ouverte, cette instance dirigée par Dominique Taffin, conservatrice générale du patrimoine, ancienne directrice des Archives de la Martinique, appelle à des projets dans la culture, la recherche et l’éducation. Elle se prépare à célébrer en 2021 les vingt ans de la loi Taubira.

Emmanuel Macron n'était pas présent à la cérémonie, mais il a publié un message sur Facebook. "Souvenons-nous des héros de la liberté qui se sont dressés contre l’esclavage" écrit-il


 
 
Tribune : "Le 10 mai, déconfinons la mémoire nationale"

Elus, comédiens, auteurs et historiens : de nombreuses personnalités plaident, dans une tribune pour le JDD, pour une journée fériée le 10 mai, afin de commémorer la mémoire de l'esclavage, de la traite et de leurs abolitions et que le mois de mai soit celui "des mémoires". Ils dénoncent une page encore manquante de l'Histoire française. Voici leur tribune. "Depuis 2006, le 10 mai est dans notre pays la Journée nationale des mémoires de l'esclavage, de la traite et de leurs abolitions. Mais qui le sait?

Comme tout ce qui touche à notre héritage colonial, et malgré les avancées que l'on doit à la loi Taubira, cette part de notre passé reste pour beaucoup la page manquante de notre histoire. Lorsqu'il s'agit d'évoquer l'esclavage et son empreinte jusqu'à nos jours, ce sont la plupart du temps des images venues des Etats-Unis auxquelles nous pensons. Des images issues des films et des séries, des romans, de la musique, et qui racontent une histoire qui n'est pas celle de notre pays.

Aujourd'hui, les élèves français connaissent mieux Rosa Parks que Louis Delgrès

Aujourd'hui, les élèves français connaissent mieux Rosa Parks que Louis Delgrès. Ils connaissent mieux le mouvement des droits civiques que la révolution haïtienne, dont ils n'entendront jamais parler dans leur scolarité. Aujourd'hui, le constat que faisait le rappeur Rocé en 2006 quand il disait que 'La France (…) connaît Malcolm X mais pas Frantz Fanon' reste plus que jamais vrai : quand il est question de son passé colonial, de l'esclavage aux indépendances, la France a toujours des problèmes de mémoire.

Pour combler ce manque, la première responsabilité est celle de l'Etat. Comment s'étonner que le 10 mai reste si peu connu, alors que rien ne le distingue d'un autre jour. La mémoire de l'esclavage ne mérite-t-elle pas un jour férié? C'est le cas dans les outre-mer, depuis 1983. Pourquoi n'est-ce pas le cas dans l'Hexagone? Il est temps que cette situation cesse. Nous demandons que le 10 mai soit désormais férié.

Il faut que les programmes scolaires ne racontent pas seulement l'histoire hexagonale

L'école a un rôle capital à jouer : si nous voulons que, quelle que soit leur origine, tous les enfants de France comprennent que ce pays est le leur, il faut que les programmes scolaires ne racontent pas seulement l'histoire hexagonale. Que lorsqu'on parle de Colbert on parle aussi du Code Noir. Que lorsqu'on parle de Napoléon on parle aussi de Toussaint Louverture. Que lorsqu'on parle de De Gaulle et Jean Moulin on parle aussi de Félix Eboué. Nous demandons que les programmes scolaires soient revus pour qu'ils donnent enfin à l'histoire de la France outre-mer la place qu'elle mérite.

Mais la responsabilité est aussi celle des médias. Raconter l'histoire de notre pays, ce n'est pas seulement raconter l'histoire des rois, des reines et des magnificences de leurs palais. C'est rappeler d'où venait cette magnificence. C'est raconter l'histoire de France vue de Fort-de France, de Saint-Denis de la Réunion, de Saint-Laurent du Maroni, de Pointe-à-Pitre. Mais c'est aussi raconter depuis Paris cette histoire globale qui intègre les Outre-Mer. Le 10 mai est une occasion de le faire un jour dans l'année. Encore faut-il le vouloir. Encore faut-il le faire. Le 8 mai, le 14 juillet, le 11 novembre, toutes les chaînes de télévision se mobilisent. Nous demandons qu'elles en fassent autant pour le 10 mai.

Où est le Roots français? Le 12 Years A Slave français? Le Village Français de l'esclavage? Ces histoires existent

Pour raconter cette histoire, il nous faut des histoires. De nouvelles figures qui l'incarnent, comme l'a fait en son temps le film Indigènes. Où est le Roots français? Le 12 Years A Slave français? Le Village Français de l'esclavage? Ces histoires existent. Il ne manque que la volonté pour en faire les œuvres puissantes dont notre pays a besoin. Alors que la culture est frappée de plein fouet par l'épidémie, nous savons que les projets sur ces sujets seront les premiers sacrifiés. Nous demandons aux producteurs, aux diffuseurs, aux plates-formes d'assumer leur responsabilité pour élargir notre imaginaire national. 

Ce travail ne sera pas l'affaire que d'une journée. Plusieurs dates de notre calendrier y sont déjà consacrées – deux journées nationales, les 10 et 23 mai, et une journée par département ou collectivité d'outre-mer. D'autres pays ayant pratiqué l'esclavage ont choisi de dédier un mois entier à la place des populations afro-descendantes dans leur histoire nationale.

Notre revendication ne cherche pas à diviser la mémoire nationale

Le Parlement Européen a adopté l'année dernière une résolution invitant tous les pays d'Europe à faire de même. Nous demandons donc que le mois de mai soit officiellement désigné 'Mois des mémoires', et qu'il devienne ainsi un grand rendez-vous annuel pour célébrer la diversité française.

Notre revendication ne cherche pas à diviser la mémoire nationale. Il s'agit au contraire d'y faire entrer toutes les mémoires. Parce que la France d'aujourd'hui en est le fruit. Parce que c'est notre histoire."
Les signataires
Pascal Blanchard, historien ; Lilian Thuram, président de la Fondation Education contre le racisme ; François Durpaire, historien ; Aïssata Seck, adjointe à la maire de Bondy ; Abd Al Malik, artiste et romancier ; Dominique Sopo, président de SOS Racisme ; Harry Roselmack, journaliste ; Claudy Siar, journaliste ; Leïla Sy, réalisatrice ; Jean-Pascal Zadi, réalisateur ; Firmine Richard, comédienne, Louis Georges Tin, président d'honneur du Cran ; Steevy Gustave, producteur ; Tanya Saint Val, chanteuse ; Rokhaya Diallo, auteure et militante ; Hélène Sy, présidente de l’association CéKeDuBonheur ; Lisa Lebahar, productrice, agente ; Alain Mabanckou, écrivain ; Rachid Benzine, écrivain et islamologue
 
 


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