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Sages-femmes en grève, d'où vient le malaise?

Mardi 12 Octobre 2021 - 16h26
Sages-femmes en grève, d'où vient le malaise?

  Les sages-femmes de toute la France expriment leur ras le bol. Celles de Guyane ne font pas exception. Le Conseil national de l’Ordre de sages-femmes (CNOSF) souhaite une révision du déroulé des carrières et de rémunération, l’amélioration de la formation initiale en répondant aux attentes des étudiants et des enseignants ainsi que l’amélioration des parcours de soin en périnatalité et en santé génésique.

 Sophie Berthiot, coordinatrice du syndicat des sages femmes de Guyane, nous livre son expérience et son analyse des réalités locales. Précédemment responsable d’un bloc d’accouchement dans un grand groupe privé, elle a également travaillé à l’ouverture du lactarium de l'hôpital de Cayenne. A présent, elle exerce en libéral.
Pour quelle raison faites-vous grève ?
Nous réclamons une femme par sage-femme. Nous ne cessons d’alerter de la dégradation de la prise en charge des femmes enceintes.
Les règles qui régissent notre métier sont vieilles des années 90. Nous souhaitons la révision des décrets périnataux de 1998 qui régissent l'organisation des maternité en France.
Pour les actes de périnatalité, nous détenons des records de taux d'IVG chez les femmes mineures et majeures. Les indicateurs de périnatalité ne sont pas bons en France et avec les perturbations liées à la crise du Covid19, nous avons des équipes soignantes qui sont exténuées.

Il faudrait recruter plus de monde. Dans une structure hospitalière de la place, les sages-femmes recherchent par elle-même de nouvelles recrues sur les réseaux sociaux. Une fois trouvées, les contrats ne suivent pas, ou arrivent tardivement. La situation est grave. Il est temps d'agir ensemble pour la santé des femmes, des enfants et des familles.
Et pour les sages-femmes de la Protection Maternelle et Infantile?
Le décret prévoit une sage-femme de PMI pour 1500 naissances. En Guyane on est aux alentours d’une sage-femme pour 1000 naissances, essentiellement à cause des spécificités géographiques. A titre de comparaison, en Seine-Saint-Denis, ils sont à une sage-femme pour 750 naissances. Et au vu de notre réalité locale, il faudrait au moins une sage-femme pour 500 naissances.
Quelles sont les revendications des sages-femmes libérales de Guyane?
Je vous plante un peu le décor. A titre personnel, l'hôpital c’était ma deuxième famille, mais une famille maltraitante. Mais une fois arrivés à l’extérieur du cadre hospitalier, les professionnels libéraux n'ont pas forcément été préparés pour la gestion de leur entreprise. Pour ma part, je travaille dans un environnement qui me plait. Les patientes sont respectueuses. Ce n’est pas forcément le cas dans d'autres territoires. Il y a beaucoup de choses à faire. Nous sommes payés par la sécurité sociale. Il faut savoir être informaticien, juriste, connaître les règles de la sécurité sociale. D’où l'épuisement professionnel. On travaille parfois avec des patientes en grande précarité. Cela crée également une charge mentale.
Les sages-femmes libérales de Guyane aimeraient bénéficier des mêmes accompagnements qu’un gynécologue médical en libéral, pour la subvention d’une assistante médicale qui s’occuperait du secrétariat et laisserait plus de la latitude d'accueillir davantage de patients.
Il faudrait également renforcer la communication ville-hôpital. Actuellement nous déplorons l’absence de compte rendu après un passage aux urgences gynécologiques et obstétricales. ça peut parfois être un frein à la prise en charge de la patiente à domicile.
Quel est le sentiment général au sein de la profession?
En tant que sage-femme nous avons la triple peine: nous nous occupons de femme, nous sommes principalement des femmes, et nous nous appelons les sages-femmes (même si parmi nous, il y a aussi une minorité d’hommes). Soit nous sommes écoutés par le gouvernement, soit notre profession disparaîtra au profit d'infirmiers spécialisés.
En tant que sage-femme nous avons une responsabilité propre, engagée au niveau du pénal. Avec des compétences de plus en plus élevées; des sages-femmes chercheures, des sages-femmes échographistes.
Il faut que l’on puisse reconnaître le caractère médical de la profession à travers les rémunérations. Nous avons une grille de salaire du niveau du paramédicale. Historiquement, les sages-femmes ne faisaient pas d'accouchement mais, de plus en plus, elles se chargent des accouchements physiologiques. On travaille la nuit, et les week-end. Mais en contrepartie, nous sommes oubliées pour les négociations du Ségur, pour les rémunérations, pour la reconnaissance des médias. Il y a beaucoup de sages-femmes qui désertent la profession.

Concernant les rémunérations, dans les Outre-Mers nous sommes plutôt bien lotis. Le salaire est majoré de 40%, donc nous ressentons un peu moins les différences salariales. Mais le jour où les 40% seront levés, ce sera autre chose. 
Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé a organisé, avec les sages-femmes, une séance d’échanges par visioconférence, le 16 septembre dernier. Qu’avez vous pensé de ces discussions?
Nous avons eu un simulacre d’échange. Les taux de suicides sont assez importants dans les professions de la santé. Nous avons en ce moment une collègue dont le cas nous préoccupe, nous la suivons de près. Quand on parle de maltraitance dans le milieu de la périnatalité, il faut aussi prendre en considération, la pression que subissent les professionnels. Nous sommes souvent là, par vocation, mais il y a très peu de place pour s'épancher.
Vous souhaitez plus de visibilité mais de quelle manière?
Les sages-femmes sont compétentes en gynécologie de prévention, en sexologie. Nous intervenons également sur la préménopause et la ménopause; avec les jeunes filles à l'arrivée des règles. Le gouvernement a mis un accent particulier sur le partenariat avec les sages-femmes pour la prise en charge de l’endométriose, et c’est une très bonne chose. Mais nous en attendons plus comme une campagne d’affichage, et communication sur les champs de compétence notamment dans le libéral et dans l’échographie obstétricale, gynécologique.
La profession souhaite une école de sages-femmes en Guyane.
C’est assez lourd à mettre en place. Il y a une école de sage-femme à la Martinique. Là-bas ils sont sur-dotés en termes de sage-femme. Certains d’entre eux viennent en Guyane pour travailler car le marché est à conquérir.
Mais en attendant la création d’une école, on peut envisager d’aider financièrement ceux et celles qui souhaitent devenir sage-femme, avec l’engagement de revenir travailler sur le territoire qui les a aidés.

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3 commentaires

Vos commentaires

Garimpo 12.10.2021
Métier à revaloriser, les infirmières aussi.

C’est bien la seule grève respectable, depuis bien longtemps...
Silence radio des cuisine de la délégué à la santé .

Ah et en passant: me se bien marré en entendant Bouba déclarer sur radio peyi: «  il faut aller à l’encontre du peuple » et lui est délégué à l’éducation.

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jayjay5 12.10.2021
probleme de formation

elles ont bien compris le probleme: ya pas assez de "formation" niveau CAP/BEP et BAC voir plus en Guyane, la fac a mauvaise reputation (mal gerer, niveau bas des prof ect). Pouquoi nos jeune doive allez en Matinik voir France pour etudiez? et apres y veule plus revenir, sa s'appel "fuite des cerveau" (quand les gens ne veule plus travaillé dans leur pays natal). Ya besoin de tout metier ici, sage femme, oftalmo, dentiste, chirurgie ect. On est un pays jeune, ya beaucoup de jeune qui voudrait etre docteur, avocat, buisnessman ect mais y peuve pas parce qu'ils ont pas les moyens de faire etude a l'étranger. si deja y avait une offre de formation digne de se nom en Guyane, on dependrait moins de la "metropole" pour les emploi!

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HIHIHI 13.10.2021
EXACT

Y'a plus qu'a changer la mentalité dans le travail pour donner envie aux gens de rester ou de revenir entreprendre ici.

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