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Société

Rites funéraires : les communautés de Guyane dans l'attente de réponses

Stéphane HESPEL Mercredi 20 Mai 2020 - 14h55
Rites funéraires : les communautés de Guyane dans l'attente de réponses
Chacune des communautés de Guyane a ses rites funéraires. - Capture d'écran DR

La pratique des rites funéraires durant la période de crise sanitaire soulève de multiples questions. Plus encore dans une société pluriethnique comme la Guyane. Préfecture, Agence régionale de santé, Collectivité territoriale, Croix-Rouge, des élus et différentes institutions débatent régulièrement de la question au sein d'un comité régional éthique. Le Grand conseil coutumier y a été associé. 

Créoles guyanais, Amérindiens, Bushinengue, Métropolitains auxquels se sont mêlées différentes nationalités, issues de vagues d’immigration successives (Surinamais, Haïtiens, Brésiliens, Chinois, Hmongs, Guyaniens, Libanais, etc.…).

C'est ça la Guyane. Une population pluriethnique, comme le rappelle Clara de Bort, directrice de l'Agence régionale de santé dans un courrier adressé la semaine dernière au Dr Coisne, président du comité régional éthique Covid-19 (préfecture, ARS, CTG, Croix-Rouge, les maires et différentes institutions). L'objet de cette lettre étant de soulever la question des « rites funéraires dans une société où cohabitent de multiples traditions ». Des réponses à diverses questions sont attendues avant la fin du mois.

Au niveau de l'Etat, le Haut conseil de la Santé publique(HCSP) rappelait en mars que, dans la prise en charge des personnes décédées, « il convient de respecter la stricte observance des règles d'hygiène et de mesures de distance physique, mais aussi de respecter dans leur diversité les pratiques culturelles et sociales autour du corps d'une personne décédée, notamment en ce qui concerne la toilette rituelle du corps par les personnes désignées par les proches, ainsi que la possibilité pour ceux-ci de voir le visage de la personne décédée avant la fermeture définitive du cercueil ».
Le Grand conceil coutumier associé
Comme souhaité par la directrice de l'ARS, la commission ad hoc du grand conseil coutumier, qui comprend les Amérindiens ainsi que les Bushinengue, a été associée à ce travail, à cette réflexion. Claudette Labonté, rapporteuse de la commission ad hoc du Grand conseil coutumier, précise de son côté que la réflexion est née tout d'abord chez les Bushinengue. Leurs inquiétudes, dit-elle, étaient de savoir s’il y avait des protocoles mis en place par l’Etat. Dans le cas où quelqu’un décédait chez elle. Et quelle était la démarche à suivre par les communautés. Comment devaient-elles faire. Car on était tous conscients de la situation. On savait déjà pertinemment que les rituels seraient refusés. Qu’on ne pourrait pas se rassembler. »

Le regret, au départ, poursuit-elle, était « qu'on n'avait pas été mis en lien direct avec ce qui se passait sur le territoire. J’ai appelé tout le collège autochtone et demandé qu’on puisse se rassembler. Et que l’on fasse remonter tous les besoins au niveau des villages. » 
« Toutes les communautés ont très bien compris que les rituels n'étaient plus possibles, qu'il ne fallait pas se rassembler comme d’habitude, de manière traditionnelle. Et que le corps ne pouvait plus rester au niveau de la famille, surtout si la personne était morte du Covid-19. »
« Il y a toujours urgence »
« Si la personne était, comme pour le décès du village Cécilia, morte d’autre chose que du Covid-19, il a été décidé qu’elle était morte à cause du virus. C’est la même chose dans l’Hexagone », indique la représentante du Grand conseil coutumier.

Et de poursuivre : « Ce qui m’embête, c’est qu’on est obligé d’arriver à la situation de crise sanitaire pour prendre conscience et réaliser certaines choses. Pour le moment ça marche. On peut aussi fermer les barrières, comme du côté du Suriname. Ce pays que les Français viennent sur leur territoire. Seulement, à certains endroits, on trouve de l’autre côté de la rive les seuls commerces de la région. »
Pour Claudette Labonté, il y a toujours « urgence. On essaye d’éviter le pire. C’est peut-être parfois maladroit, mais ça marche avec les différentes institutions. Au début, c’était catastrophique. Mais là, ça va. On arrive à discuter, à partager. »
Les quatre questions posées au comité régional éthique
— Les différentes communautés de Guyane ont-elles à votre connaissance réaménagé les pratiques rituelles ou traditionnelles à l'aune du risque infectieux ? Des obstacles ou besoins spécifiques ont-ils été rencontrés, et comment pourrions-nous accompagner, le cas échéant, ces initiatives ?

— Comment articuler les différents rites funéraires de la société pluriethnique guyanaise et le respect des limitations de circulation et de rassemblement maintenues à ce jour (y compris quatorzaine), en cas du décès d'un patient non Covid-19, ceci quel que soit le lieu du décès y compris à l'hôpital ou en Ehpad?

— Comment respecter les différents rites funéraires de la société pluriethnique guyanaise tout en appliquant le confinement général de la population et l'avis du HCSP du 24 mars 2020, hors du décès d'un patient Covid-19 en établissement de santé ? En établissement médico-social dont les Ehpad ? À domicile ?

— Comment gérer les questions soulevées lorsque le décès d'un patient Covid-19 (ou d'un patient non Covid-19D) survient loin de son lieu de résidence habituel et/ou de sa famille sur la zone littorale, notamment en établissement de santé ou en établissement médico-social.
Comment se passe les rites funéraires chez les Amérindiens et les Bushinengue ?
Chez les Amérindiens, environ 15 000 personnes en Guyane il y a beaucoup de veillées, comme chez les Créoles. Et aussi un peu comme chez les catholiques.

« Chez les Bushinengue, encore plus nombreux que les Amérindiens, c’est un peu différent. Les morts sont enterrés dans les villages. « Il faut qu’ils récupèrent leurs morts », explique Claudette Labonté. Que ça soit eux qui s’en occupent. Le rituel est donc totalement différent. C’est la raison pour laquelle ils ont effectué cette demande de savoir quel est le protocole auprès de l'Etat. Et pour ensuite pouvoir remonter l’information aux villageois. « Aujourd'hui, la situation est encore un peu flou. On n’a jamais eu de retour. Les rituels, les équipements… rien n’est vraiment décidé. Mais aussi, Comment confiner le village ? »
 
Des craintes pour les villages autour de Saint-Georges
 « Il fallait qu’on s’accapare le problème du Covid-19, insiste Claudette Labonté. Avec le respect des gestes barrière, c’est très difficile. Aujourd’hui on a beaucoup de craintes pour les villages sur Saint-Georges. C’est un cluster énorme. Dans ce cas, on entre dans la complexité. On a une population amérindienne issue de deux pays, de deux nationalités différentes. »

Mais, ajoute-t-elle, « ils restent avant tout des Amérindiens. On n’a pas cet aspect de frontière entre nous car on parle la même langue. Ça reste nos familles. Le problème pour certaines personnes est qu’elles ne les considèrent pas comme français car ils sont brésiliens.

Mais heureusement, la préfecture ne sanctionne pas les personnes de cette façon. La priorité est que les personnes doivent rester dans les villages… mais elles ont de moins en moins envie de sortir de chez elles. »

Les données en temps réel en Guyane et dans le monde sur le COVID-19
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