France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
INTERVIEW

Reconfinement : « On observe la situation mais c’est toujours possible »

Propos recueillis par A.G. Mardi 19 Mai 2020 - 20h41
Reconfinement : « On observe la situation mais c’est toujours possible »
Pour le préfet Marc Del Grande, "il n’y a aucune raison de ne pas maintenir le couvre feu en Guyane". - (archives France-Guyane)

Marc Del Grande, préfet de Guyane, évalue la situation à Saint-Georges de l’Oyapock : les mesures prises pour faire respecter le confinement dans la commune visent à enrayer l’épidémie et un pont logistique organise l’approvisionnement.

Quelles sont les moyens mis en place à Saint-Georges pour faire respecter le confinement ?
Depuis un mois, les effectifs des forces qui sont chargés d’assurer le contrôle frontalier ont été sensiblement renforcés. D’abord vers le 20 avril, par une réquisition aux forces armées en Guyane qui assurent une mission de renfort à la police aux frontières (PAF). Une quinzaine d’effectifs supplémentaires ont aussi été affectés à la PAF et à la gendarmerie. Depuis quelques jours, en écho à notre action, la police civile brésilienne effectue aussi des patrouilles fluviales. Cela nous permet d’aider la population à prendre conscience que le confinement, qu’il soit à Saint-Georges ou à Oiapoque, consiste à ne pas traverser le fleuve.
Nous avons aussi renforcé le poste de contrôle routier de Régina avec des tests systématiques des cas symptomatiques. Nous avons aussi mis en place une surveillance approfondie des dégrads utilisés par les illégaux brésiliens. Des patrouilles supplémentaires, avec des effectifs de la police nationale, sont également déployées sur le tronçon allant de Régina à Cayenne.
Combien d’effectifs supplémentaires sont mobilisés ?
C’est une focalisation d’effectifs qui sont déjà en Guyane mais c’est un dispositif en nombre d’embarcations et de patrouilles très important.
Par ailleurs, nous avons aussi mis en place un dispositif dans la profondeur du territoire, que je ne dévoilerai pas pour des raisons évidentes. Ce dispositif vise à éviter que nous soyons débordés par la voie fluviale et maritime, sur l’île de Cayenne comme à Kourou.
Quels sont les moyens déployés au pont de l’Oyapock ?
Depuis près de 15 jours, l’accueil à la frontière est limité à trois créneaux horaires par semaine et a été médicalisé. Seuls les ressortissants français et un petit nombre de malades chroniques, qui étaient suivis par le centre de prévention et de soins (CDPS), sont autorisés. On prend la température des personnes à leur arrivée à la frontière et elles sont soumises à un questionnaire médical. Si elles sont symptomatiques, on les teste et elles passent la nuit à Saint-Georges en attendant le résultat du prélèvement.
Depuis vendredi, des « brigades de médiation » sillonnent Saint-Georges. Quel est leur rôle ?
Ce n’est pas seulement avec un dispositif policier qu’on fait la pédagogie du confinement : c’est aussi en persuadant la population. Ces brigades de médiation, composées de membres d’associations qui œuvrent déjà pour la plupart à Saint-Georges et de sapeurs-pompiers, interviennent auprès de la population pour expliquer le confinement. Elles distribuent des masques à ceux qui n’en disposent pas. Nous avons livré 3.400 masques à cet effet vendredi à Saint-Georges. D’ailleurs, depuis vendredi, le sous-préfet des communes de l’intérieur est à la manœuvre pour coordonner le dispositif.
Comment la situation sanitaire est-elle gérée sur place ?
L’ARS a dépêché sur place des soignants qui viennent de Cayenne et Kourou. Des personnels soignants de la réserve sanitaire doivent arriver de l’Hexagone jeudi. Par ailleurs, l’ARS est en train de mettre en œuvre les propositions de tests à l’ensemble de la population de Saint-Georges. Il y a aussi la création d’un centre d’accueil au collège de Saint-Georges qui permet aux patients Covid-19 d’avoir le choix entre aller à Sinnamary ou rester à Saint-Georges. Mais l’idée est bien d’isoler tous les cas positifs. C’est la fameuse trilogie : protéger, tester, isoler.
Comment se déroule la collaboration avec les autorités brésiliennes ?
Le centre de coopération policière à Saint-Georges permet d’avoir une bonne relation de proximité et des informations sur ce qu’il se passe au Brésil. La coopération sanitaire de proximité a toujours existé et se renforce dans cette période de crise. Une aide est apportée à Oiapoque par le biais de consommables hospitaliers qui ne font pas défaut en Guyane.
La maire d’Oiapoque a notamment fait appel à l’aide internationale. Est-il possible d’envisager d’aller plus loin dans cette coopération transfrontalière ?
Rien n’est impossible mais le dispositif médical et hospitalier à Saint-Georges doit d’abord être renforcé. L’idée est tout de même de ne pas affaiblir nos capacités en Guyane. Une fois que nous aurons stabilisé notre dispositif, nous évaluerons la situation et nous verrons quelle est la demande précise des autorités d’Oiapoque.
Quelles mesures ont été prises pour aider les habitants de Saint-Georges à traverser cette crise ?
Toute la palette du soutien alimentaire est mobilisée. Des denrées sont notamment apportées par une épicerie solidaire, toutes les denrées saisies par les douanes à la frontière sont remises au Centre communal d’action sociale de Saint-Georges. On distribue des chèques services et on peut livrer des commandes qui ont été passées à Cayenne par les habitants de Saint-Georges. Plus globalement, un pont logistique est établi à Saint-Georges et il peut s’adapter.
Comment une possible situation épidémique est-elle anticipée à Camopi, où le maire a souhaité remettre en place un confinement ?
Si des cas apparaissaient à Camopi alors que la commune est confinée, un centre Covid-19 serait créé et on ferait relais avec Saint-Georges pour gérer la situation dans cette commune. Naturellement, tous les moyens pourront être mobilisés pour l’acheminement de denrées, de matériels ou pour des évacuations sanitaires, si c’était nécessaire. La stratégie est toujours d’hospitaliser des patients fragiles à Cayenne.
Suivant l’évolution de la situation à Saint-Georges et dans l’hypothèse où le nombre de cas continuerait à croître, pourrait-il être question de confiner de nouveau la population ?
Pour l’instant, on observe la situation. Un reconfinement est toujours possible mais notre stratégie est de l’éviter. Et la meilleure façon d’y parvenir, c’est que chacun prenne les précautions d’usage et qui ont été répétées 1.000 fois par les autorités : le respect des gestes barrières et le port du masque. Ça relève de la responsabilité individuelle et collective.
Pourquoi maintenir le couvre-feu partout en Guyane ?
Il n’y a aucune raison de ne pas le maintenir. C’est une mesure qui a bien marché pendant la durée du confinement et qui est respectée par 95 % de la population. Le couvre-feu a été assoupli car l’idée est bien d’aller vers un retour à la normale mais la circulation du virus à nos frontières et le cluster de Saint-Georges n’incitent naturellement pas à une levée rapide de ce couvre-feu, à ce jour. Le fait qu’on ne circule plus de de 23 heures à 5 heures limite les contacts sociaux et est évidemment un atout pour contrôler l’épidémie.
La quatorzaine à l’arrivée demeure la règle dans les territoires ultra-marins mais pourrait-elle être levée en Guyane pour les personnes venant des Antilles ?
Cette question est légitime mais elle est pour l’instant prématurée.
L’élection présidentielle au Suriname est prévue le 25 mai. Les Surinamais résidant en Guyane pourront-ils aller voter dans leur pays ?
La frontière côté français est fermée et tout passage transfrontalier est interdit. Il se trouve que les autorités surinamaises ont également fermé leur frontière. Si des Surinamais souhaitent aller voter, tout d’abord, ça leur est déconseillé d’un point de vue sanitaire mais si c’est le cas, à leur retour, il leur faudra passer par un accueil médicalisé et suivre une quarantaine.  
Hébergement d’urgence et accueil des étrangers

Il est prévu que les demandeurs d’asile hébergés au gymnase Catayée, à Cayenne, quittent les lieux en fin de semaine…
La fermeture du gymnase n’est pas à un jour près. Il nous a fallu faire quelques travaux de confort et de mise aux normes de l’ancienne bibliothèque universitaire, qui permettra de proposer une solution alternative. Les travaux sont en train d’être finalisés. Les demandeurs d’asile pourront être logés dans cette infrastructure qui est plus adaptée qu’un gymnase.

Une trentaine de demandeurs d’asile sont hébergés à la Fabrique de Suzini. Cette solution est-elle pérenne ?
Nous avons besoin de cette structure pour le moment donc on la garde.

Quelle solution serait possible pour réguler les files d’attentes au service étrangers de la préfecture ?
Le jour de la reprise, il y a eu une forte affluence. Il a fallu mettre en place une zone tampon et des barrières. C’est désormais un dispositif bien huilé. Vu les spécificités de la Guyane, il semble peu réaliste à brève échéance de réduire l’accueil des étrangers à des rendez-vous par internet, notamment pour ceux qui viennent chercher leurs titres de séjour. Ça peut être un objectif à moyen terme mais l’idée est bien de poursuivre l’accueil des étrangers tel qu’il a été bâti et qui fonctionne de bonne façon. Pendant la période de confinement, les équipes ont pu télétravailler et épurer des dossiers en attente de manière à repartir sur des bases assainies.
 


Les données en temps réel en Guyane et dans le monde sur le COVID-19
Retrouvez les données sur les chiffres de l'épidémie en Guyane, sous la forme de tableaux et courbes actualisés chaque jour avec le nombre de cas et l'évolution de l'épidémie de coronavirus.
Consultez également les données des pays dans le monde touchés par l'épidémie.
» Accédez aux données

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
2 commentaires

Vos commentaires

starlette973 20.05.2020

Merci France Guyane pour la justesse des questions posées...

Répondre Signaler au modérateur
Garimpo 20.05.2020

La seule coopération valable des autorités Brésiliennes serait de fermer les comptoirs d’or d'Oyapock et détruire les deux villages illégaux que sont IlaBella et Villa Brasil ( village dont l’existence est illégal au Brésil)

Répondre Signaler au modérateur
Sur le même thème
5 commentaires
1 commentaire
A la une
2 commentaires
1 commentaire