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Port du masque à l'école : "Monsieur, est-ce que je peux respirer ?"

F.P Samedi 12 Septembre 2020 - 09h19
Port du masque à l'école : "Monsieur, est-ce que je peux respirer ?"

Après une semaine d'école et alors que les cours d’EPS et la reprise des sports collectifs sont toujours en suspens, le port obligatoire du masque se révèle être un calvaire pour les élèves dans des salles souvent surchauffés sur le territoire.

 Enrouler son masque pour le mettre sous son nez afin de se faire une moustache. Après trois heures de cours, le jeu que s’amuse à faire Absalon pour faire rire ses camarades résume la difficulté des personnels des établissements scolaires.

Avec le décret rendant obligatoire le port du masque pour les collégiens et les lycéens, le respect des règles de sécurité sanitaire reste difficilement applicable. Si professeurs et assistants d'éducation (AED) s’appliquent à le porter et à demander de même aux élèves, les remarques sont fréquentes :

"Nous pouvons reprendre une centaine de fois sur la journée les élèves qui ne portent pas bien le masque. Il est soit sous le nez, soit descendu au cou après avoir mangé ou bu...", explique Éric, AED dans un établissement.

A la rentrée pourtant, les consignes de sécurité et le protocole ont été rigoureusement expliqué à chaque élève. Les démonstrations sur comment le porter ou le retirer ont été faites par l’infirmière scolaire, mais cela ne suffit pas pour autant à faire respecter le port du masque.
"Monsieur, est ce que je peux respirer ?"
Lorsque Igwen lance innocemment cette phrase a son professeur, ce dernier sourit, lui expliquant qu’il peut aller prendre 3 bouffées d’oxygène et revenir en salle. ‘’Nous sommes dans des salles parfois sans climatisation, certes les élèves sont espacés dans la classe, mais nous devons sans cesse leurs demander de remonter le masque ou leur faire signe qu’il est baissé’’, raconte David, professeur de SVT.

Autre difficulté rencontrée, la récréation. Les élèves viennent acheter à manger ou se regroupent pour décompresser. ‘’Et les masques ne sont pas sur le bout du nez, les élèves ne se comprennent pas en se parlant, alors ils retirent le masque et s’approchent à l’oreille de leurs camarades pour parler’’.
Une saison sèche sous le signe de la chaleur
Alors que les mois qui arrivent seront rythmés par de fortes chaleurs, "le port du masque rajoute une couche inconfortable, qui fait transpirer rapidement et rend le masque humide au bout de quelques heures", confie un autre professeur du littoral. "Après une journée de cours, le masque laisse des traces sur le visage et la peau est abimée".

Face à ces conditions, c’est la concentration des élèves qui devient difficile, après la longue période d’arrêt qu’il viennent de vivre.

"Les élèves ont du mal à respirer sous le masque et cela joue sur leur concentration. Ils passent beaucoup de temps à jouer avec ou le tirer pour pouvoir respirer. Et forcément la concentration n’est pas très longue".


L’EPS toujours en attente de nouvelles
Il y a une matière qui en pâtit plus que les autres en cette rentrée, il s’agit de l’Éducation physique et sportive (EPS). Car la Guyane étant en "urgence sanitaire", les professeurs attendent un signe du recteur de la Guyane pour pouvoir reprendre. "Nous ne comprenons pas la décision d’interdire l’EPS lorsque l’on voit comment se passent les cours, et les récréations. Il est plus facile de faire respecter ces distances et le protocole en EPS."

Ainsi, la Guyane, de nouveau classée en zone rouge depuis vendredi comme annoncé par le premier ministre Jean Castex, ne peut toujours pas offrir de sport collectifs ou d’EPS à la population, contrairement à la métropole, qui a repris l’EPS depuis la rentrée.
Pour les professeurs, le mot d’ordre est "adaptation"

Car chaque établissement fonctionne différemment. Contactés par nos soins, différents professeurs d’EPS ont pu expliquer comment se déroulent les cours dans leurs établissements.

Par exemple, pour un établissement de Kourou, les élèves autorisés à rentrer chez eux avec leurs parents rentrent faire une séance individuelle de sport, quand les autres restent en salle avec le professeur. A l’inverse à Apatou, où il est plus difficile de faire rentrer les élèves chez eux, les professeurs ont mis en place une programmation théorique, ou des cours d’anatomie et d’histoire du sport viennent compléter les supports. Quand sur deux établissements de Saint-Laurent-du-Maroni, les élèves sont mis en permanence et les professeurs à disposition de l’administration ou en support des collègues.

‘’Les élèves réclament l’EPS, c’est une échappatoire pour beaucoup et un endroit où celles et ceux qui ont des difficultés à l’écrit peuvent se mettre en valeur. Là on leur demande même d’écrire en EPS. Et 4h de théorie pour des élèves de 6e…c’est long !", explique Sébastien, professeur d’EPS à Cayenne.
Les professeurs font aussi face une difficulté de compréhension avec le masque
Parler avec le masque demande souvent de devoir se répéter ou augmenter le volume sonore. Si dans la vie quotidienne cela ne nous pose pas un trop grand inconfort, pour les élèves de 6e sur l’ouest guyanais, qui ont des cours d’alphabétisation pour les aider à rattraper le retard dû à ces mois d’arrêts, c’est un problème :
"Les élèves ne comprennent pas toujours les syllabes, et la gestuelle est importante pour la découverte des sons" nous explique une professeure de lettres modernes pour qui lire un texte long de manière expressive, faire comprendre les sons ou faire les dictées demande de se réinventer à chaque cours.

Alors que l’épidémie ne semble pas faire de rebonds pour le moment en Guyane, mais que quelques classes ont déjà été fermées, nul doute que les professeurs et les élèves seront attentifs aux prochaines décisions les concernant, en continuant comme ils le peuvent, de faire porter le masque à leurs élèves.
Pour en savoir plus :
Les données en temps réel en Guyane et dans le monde sur le COVID-19
Retrouvez les données sur les chiffres de l'épidémie en Guyane, sous la forme de tableaux et courbes actualisés chaque jour avec le nombre de cas et l'évolution de l'épidémie de coronavirus.
Consultez également les données des pays dans le monde touchés par l'épidémie.
» Accédez aux données

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1 commentaire

Vos commentaires

Laurent du maroni 12.09.2020
Drole de situation

Les jeunes attendent devant le portail des écoles que les grilles ouvrent sans respecter les mesures de précautions. Ils entrent avec le masque uniquement pour faire cours et l'enlèvent très souvent lors des récréations... Porter les masques dans cette situation ne sert presque plus à rien et les intéressés trouvent cela "débile". Je pense que si nous continuons à prendre nos jeunes pour des idiots ; on en fera des idiots et/ou des rebelles. Seule l'absence des profs à long terme est vraiment pénalisante pour tous (fermeture d'établissement ou de classe). De ce fait, il serait , peut-être, intéressant qu'ils soient les seuls à les porter dans cette situation ?

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