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épidémie de covid-19 — témoignage

« Les personnes du fleuve ont été oubliées »

Propos recueillis par Stéphane HESPEL Samedi 16 Mai 2020 - 12h55
« Les personnes du fleuve ont été oubliées »
Saint-Georges de l'Oyapock (A) est, en temps ordinaire, à 20 minutes d'Oiapoque (B), en pirogue. La région est aujourd'hui fortement touchée par le virus. - Capture d'écran DR

Ellis Braga est Brésilienne. Elle est née à Oiapoque. Et vit en France, et en Guyane, depuis très longtemps. Elle porte aujourd’hui un regard très critique sur la situation que vivent les habitants de la région du fleuve, oubliés, de part et d’autres de la frontière, pour de nombreuses raisons.

Quel regard portez-vous sur la situation dans laquelle vivent aujourd’hui les habitants de Saint-Georges ?
La prévention, côté guyanais, et à destination des Guyanais, a été bien faîte. Sauf que les gens du fleuve ont été oubliés dans cette communication. Ce sont des communautés qui vivent ici depuis toujours et qui sont en lien étroit avec les habitants de l’autre côté de la frontière.

A saint-Georges, on trouve des Brésiliens amérindiens, qui vivent en communauté, avec leur famille. Ces Amérindiens vivent dans leur petit quartier. Qui côtoie les quartiers « français » où on retrouve des maisons refaites et plus sofistiquées. Eux vivent dans des petites maisons qu’ils ont construites eux même, en bois… ils vivent de la chasse, de la pêche, de l’abattis. ils vivent aussi de l’artisanat que l’on retrouve après dans les boutiques à Cayenne. Donc ces personnes font beaucoup d’allers-retours.

Comment analyser l’explosion de cas qu’il y a depuis quelques jours ?

Vous avez beau leur expliquer que le coronavirus est hyper dangereux. Leur donner les consignes… ces habitants ont déjà un mode de vie complètement différent du nôtre. Ils sont très en contact les uns avec les autres… Il y a aussi un décalage dans l’éducation.

Les services sanitaires ne sont pas allés vers eux suffisamment pour leur faire comprendre ce qu’est cette maladie. Quand bien même, si cela aurait été fait, je me demande si cela aurait été pris vraiment en compte.

Comment voyez-vous l’avenir pour la population du fleuve ?
C’est un danger énorme pour cette population. Le virus est arrivé du sud vers le nord du Brésil et de la Guyane française vers la région d’Oiapoque. Cette région a été prise dans un étau.

Je pense, mais j’espère au fond de moi que non, que ça va être une hécatombe pour ces populations locales. Oiapoque est touché depuis moins de deux semaines par le covid. Ils ne sont pas encore arrivés au pic, comme à Saint-Georges.

Vous êtes originaire d’Oiapoque, avez-vous une connaissance précise de la situation sur place ?

A Oiapoque, il n’y a pas vraiment d’hôpital. Il y a un ou deux médecins… je ne sais pas exactement, mais ce n’est pas suffisant. Ils n’ont pas vraiment reçu d’aide du gouvernement brésilien. Il y a déjà plein de malades. Ils font ce qu’ils peuvent. Ils ne sont pas coupés du reste du Brésil, ils sont simplement oubliés. Comme beaucoup de villes dans ce pays !

Quand les médias brésiliens viennent dans cette région, c’est pour parler de l’or, de l’euro… sinon, la ville d’Oiapoque est vraiment oubliée.

Avez-vous des contacts, que vous racontent-ils sur ce qu’ils vivent ?
J’ai discuté avec un ami qui habite à Vila Vitória (la commune face à Saint-Georges, ndlr) en milieu de semaine. Je lui demandé comment ça se passait. Il me racontait qu’ils sont en quarantaine. Que les gendarmes bloquent l’accès au fleuve. Ils sont très en connexion avec Saint-Georges. Ils travaillent ensemble. Ça bouge tout le temps.

Il vit chez ses parents et je lui demande s’il faisait attention, aussi car il vit chez ses parents, qui sont âgés et plus exposés que lui au virus, par définition… Il m’a dit qu’il ne prend aucune précaution ! Je lui ai dit de mettre un masque, de se laver les mains… il a commencé à rire…

Outre la prévention, qui selon vous n’a pas été au niveau de ce qu’elle aurait dû être, l’information circule-t-elle suffisamment pour que les populations soient conscientes du danger ?
Les gens du fleuve n’ont pas la même vie que nous. Pas la même culture. Pas la même appréhension du virus. Plein de personnes ne sont pas au courant. Parfois ils n’ont même pas la télé ou même un ordinateur. C’est en lien avec la pauvreté.

Il faut aussi savoir que les Brésiliens, qui habitent la région du fleuve, ont aussi des habitudes différentes s’agissant de l’hygiène. Pour se moucher, ils le font avec la main et se nettoient plus ou moins avec les vêtements. Après, ils vont dans les commerces, touchent les produits… C’est pareil chez les Amérindiens, pour les enfants qui ont le nez qui coule. Ils les essuient aussi simplement qu'ils peuvent.

Comment prévenir aujourd’hui. La persistance de ce foyer à Saint-Georges constitue-t-il un danger pour la Guyane ?
Malheureusement, c’est maintenant un peu trop tard selon moi, il y avait des choses à faire dès le début. La Guyane va certes fermer sa frontière… mais ce sera toujours une passoire.

Pour nous, en Guyane, il va falloir continuer à faire attention, à garder ses distances. Le virus va toujours circuler et le risque est qu’il revienne à Cayenne.

Avez-vous un dernier commentaire à faire sur le Brésil ?

Le peuple brésilien est un peu fanatique, avec la religion, le football mais aussi avec la politique et ça c’est très dangereux. Au Brésil le contexte est un peu celui d’une rencontre qui oppose deux équipes.

Beaucoup de personnes suivent aujourd’hui les idées de Bolsonaro. Lula est considéré par une majorité comme le diable. Beaucoup disent qu’il a raison de dire qu’il ne faut pas porter le masque. Beaucoup aussi sont d’accord avec lui quand il dit aux personnes de retourner au travail. Il a, par ses décisions, fait prendre un grand danger à son peuple, inconscient.

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