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Le service de radiologie de l’hôpital de Cayenne à l’heure du Covid-19

Angélique Gros Vendredi 10 Juillet 2020 - 16h35
Le service de radiologie de l’hôpital de Cayenne à l’heure du Covid-19
Esther Nerenhausen, manipulatrice radio au CHC, Jocya Samathy, cadre du service radiologie, Valérie Leclercq, formatrice en manipulation radio est venu en renfort en Guyane et le docteur Magaly Zappa, chef du service de radiologie - AG

Quatre mois après le début de la crise sanitaire, la pression n’a jamais été aussi forte sur les hôpitaux. Au Centre hospitalier de Cayenne, le service de radiologie tourne à plein régime et s’est réorganisé entièrement pour prendre en charge les patients Covid-19.

L’ensemble des services du Centre hospitalier de Cayenne (CHC) se sont réorganisés pour faire face à la crise sanitaire. Parmi eux, le service de radiologie, qui a un rôle clef dans la prise en charge du patient Covid-19. « Le scanner thoracique permet d’évaluer l’état de gravité du malade et l’étendue de ses lésions, explique le Dr Magaly Zappa, chef du service de radiologie au Centre hospitalier de Cayenne. Il va aussi permettre d’avoir une idée pronostic de l’évolution de la maladie et de rechercher d’éventuelles complications, comme des embolies pulmonaires. »

Praticienne hospitalière à Paris durant la crise Covid-19, le Dr Zappa a pris ses fonctions à Cayenne le 1er juillet. « En mars, on ne connaissait pas cette maladie. On a mis en place des protocoles très souples qu’on adaptait au fil des jours (…) Le fait d’avoir vécu cette situation à Paris permet de faire profiter la Guyane de l’expérience acquise. » La stratégie de gestion de la crise n’est cependant pas transposable telle quelle d’un territoire à l’autre, notamment au regard des moyens : « A Paris, on avait essayé d’organiser des centres Covid-19 et non Covid-19 pour la radiologie. Les cliniques privées prenaient en charge nos patients non-Covid-19 pour assurer la continuité des soins, notamment en cancérologie. » Alors que la Guyane ne dispose que de quatre scanners (un dans chacun des trois hôpitaux et un à la clinique Saint-Gabriel), cette organisation n’était pas possible.
26 juin : panne du scanner !
Afin de prendre en charge les patients Covid-19 tout en gérant la file active de patients non-covid-19, des créneaux horaires ont donc été aménagés pour limiter les contacts entre les malades. « La plupart du temps, on a réussi à garder des créneaux pour les patients externes, entre 8 heures et 11 heures et demi puis de 14 heures à 16 heures. » Mais cela n’a pas toujours été possible et le temps d’attente pour les patients non-Covid-19 et non-cancérologique est estimé entre trois semaines et un mois. « On a eu des pics de 25 à 30 patients Covid-19 dans la journée », raconte le Dr Zappa.

Pour assurer le bio-nettoyage, deux agents de service hospitalier à temps plein et un à mi-temps ont été embauchés. Et le service a dû gérer une crise d’un autre genre quand, le 26 juin, le scanner est tombé en panne. « Nous avons résolu le problème en cinq jours alors que, d’habitude, ça en prend quinze ! Tout le monde s’est mobilisé pour faire venir la pièce de remplacement au plus vite de Métropole », se réjouit Jocya Samathy, cadre du service. Pendant cette période, les patients Covid-19 étaient pris en charge par la clinique Saint-Gabriel, avec laquelle le CHC a un contrat de continuité des soins : « Nous pouvions utiliser leurs installations après 16 heures. Un médecin du CHC, deux manipulateurs et un aide-soignant se déplaçaient avec le patient à la clinique. »
Doublement des équipes
Le Covid-19 a complètement modifié l’organisation du travail dans le service. Pour faire passer une radiographie à un patient Covid-19, deux manipulateurs sont nécessaires : l’un à la console et le second dans la salle, équipé des équipements de protection individuelle requis, pour installer le patient, le centrer, etc. « Les va-et-vient entre la salle de radio et la console sont interdits pour respecter les règles d’hygiène relatives au Covid-19 », précise le Dr Zappa. Les équipes de nuit comme de jour ont donc été doublées.
Le service, qui compte 19 manipulateurs radio, a reçu un renfort de la réserve sanitaire mais rencontre des difficultés pour avoir davantage d’aide. « Des candidatures de Métropole ont été refusées par leur encadrement. La première raison, c’est qu’absolument aucun congé n’a été pris pendant la période Covid-19 en Métropole. De plus, les absences non prévues ne permettent pas toujours un fonctionnement normal des services. Ce serait déshabiller Pierre pour habiller Paul et ça pose un vrai problème. »
La solidarité se met en place
Tous les manipulateurs du CHC ont accepté d’annuler leurs congés annuels pour assurer la continuité de soin des patients. « On est sur le front. Moi comme tous mes collègues du service, on répond présent quand il faut faire des nuits, des astreintes, explique Esther Nerenhausen, manipulatrice radio au CHC. A la fin du confinement, on était plein d’espoir : on se disait qu’on allait pouvoir retrouver une vie sociale. Et puis le nombre de cas a explosé... Socialement, c’est dur car on vit ça depuis mars et ça peut potentiellement s’étendre jusqu’à la fin octobre. Ça joue sur le moral. Ça aurait été mieux si on avait eu davantage de renfort mais ce n’est pas possible donc on fait avec ! (…) On a des messages de soutien, ça met un peu de baume au cœur. Globalement, on est soutenus par la population. Ce serait mieux s’il y avait un peu plus d’implication de sa part : qu’elle joue le jeu par rapport au couvre-feu, par exemple. »

Valérie Leclercq, formatrice en manipulation radio, est venue en renfort en Guyane : « Avec l’accord de ma hiérarchie, c’était une évidence pour moi d’apporter mon aide, à condition de finir l’année scolaire à distance avec mes élèves. Et en empiétant un petit peu sur mes vacances. » Ce n’est pas la première fois qu’elle vient en Guyane. « C’est une région que j’apprécie énormément et j’y ai des attaches affectives. Je pense que m’éloigner de ma famille comme ça, durant un mois, c’était psychologiquement plus serein en ayant quelqu’un ici que je connais. On est arrivé à neuf le même jour, en même temps que des techniciens de laboratoire et des infirmiers. L’hôpital est quand même à l’écoute. On a mis des véhicules à notre disposition, ce qui n’était pas prévu au départ. Une solidarité se met en place, notamment pour les déplacements car nous n’avons pas tous les mêmes horaires. »
 
« Il manque 180 soignants à l’hôpital de Cayenne »


Trois questions à… Amandine Papin, directrice adjointe du CHC
Comment se portent les soignants du Centre hospitalier de Cayenne ?
On a des professionnels très mobilisés sur le front de cette crise. Les services ont été réorganisés. Les soignants ont été redéployés dans des secteurs complètement différents de leur secteur d’origine. Aujourd’hui, ils sont fatigués. Ce sont des professionnels qui accumulent les heures supplémentaires, qui n’ont pas eu de congés depuis maintenant quatre mois et que, en plus, on rappelle pendant leur jour de repos. On a aussi de plus en plus de professionnels atteint du Covid-19 et donc un absentéisme qui grimpe. Il nous faut vraiment des renforts. Ils ont vraiment besoin de se reposer. On attend la relève avec impatience.

Est-ce que le dispositif de garde d’enfants des hospitaliers est toujours en place ?
Oui. Néanmoins ce dispositif doit être réadapté puisque, avec le plan blanc, les personnels assurent des gardes de douze heures, le temps que les renforts arrivent. Cela modifie complètement les habitudes, les organisations de travail et familiales. On travaille actuellement avec les tutelles pour trouver des solutions.

Est-il possible de faire un point sur les renforts ?
On a réussi à recruter 88 personnes en juillet : 64 grâce à la campagne de recrutement du CHC et 22 par le biais de la réserve sanitaire et du centre de crise. Pour ouvrir les 40 lits de réanimation et consolider les unités Covid-19 que nous avons ouvertes – et qui tournent avec beaucoup d’heures supplémentaires –, on a besoin a minima de 90 infirmiers, 80 aides-soignantes et 10 médecins. Et si on considère l’établissement globalement, les besoins sont encore plus importants. C’est un problème structurel : des postes vacants étaient déjà vacants avant la crise sanitaire. La difficulté aussi, c’est que le CHC est l’établissement de recours du territoire. Donc, même si on a arrêté certaines activités, on ne peut pas tout arrêter. On sent que les renforts deviennent de plus en plus importants au fil des semaines mais on en espère encore davantage.
 

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