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crise sanitaire

« L’incertitude actuelle pèse beaucoup sur le ressenti des personnes »

Propos recueillis par Stéphane HESPEL Mercredi 1 Juillet 2020 - 14h36
« L’incertitude actuelle pèse beaucoup sur le ressenti des personnes »
L'appel à la cellule d'écoute psychologique est gratuit et anonyme. - Photo d'illustration Shutterstocks

En collaboration avec la Collectivité territoriale de Guyane, l’Association guyanaise des psychologues, présidée par Joyce Déchamp, a mis en place, depuis le 7 avril, une cellule d’écoute téléphonique gratuite et complètement anonyme. Son but, accueillir la parole de l’appelant, proposer une écoute et un soutien psychologique dans le contexte d'une crise sanitaire qui n'a pas encore atteint son pic en Guyane.

Qu’est-ce qui a motivé la mise en place de cette cellule d’écoute ?
« Rapidement, avec la situation de confinement, que ce soit au niveau de l’espace de travail ou personnel, on s’est rendu compte que beaucoup de personnes étaient perdues, déboussolées, stressées, angoissées… Beaucoup avaient du mal à appréhender cette situation très nouvelle et très surprenante. L’idée de la ligne a rapidement germé. »

Cela supposait de mettre en place un dispositif complètement nouveau.
« De fil en aiguille la CTG, a mis très tôt en place des actions et on s’est rapproché d’eux. On a eu un accord rapide avec une grande réactivité du président de la Collectivité. Il a fallu une semaine pour que ce soit mis en place. Au départ, on nous a proposé la visioconférence, mais ce n’est pas un outil de la culture psychologique. On a besoin d’être au contact du patient, de faire attention à tout l’informel durant l’entretien, à tout ce qui est gestuel, et donc de l'avoir dans la même pièce que soit. »

L’écoute téléphonique a néanmoins été retenue comme solution.

Oui. Le téléphone n’a pas été évident au départ, c’était une pratique inconnue pour nous. Mais il était important de proposer au moins une écoute.

Les psychologues ont-ils facilement répondu à votre appel ?
En fait, de nombreux professionnels ont été solidaires. On a répertorié, en une semaine, plus d’une trentaine de psychologues qui souhaitaient participer à cette ligne de manière bénévole, venant de toute la Guyane, de Saint-Laurent, Kourou et de l'Île de Cayenne. Pour chaque tranche retenue, il y avait 5 psychologues de disponibles.

Avez-vous eu beaucoup d’appels depuis le début de la mise en place de la cellule ?
Il est important de préciser que ce service est gratuit et anonyme. On ne prend pas de nom, on ne retient pas les numéros de téléphone de la personne. On ne la rappelle pas. Malgré tout ce dispositif, il n’y a pas eu tant d’appels que ça. On a eu environ 200 appels.

Quel est le profil type de la personne qui appelle ?

On a vraiment eu de tous les profils. La démarche est en général plus effectuée par les femmes. Des personnes qui travaillent ont appelé car il y a un flou artistique par rapport à leur profession. La communication est souvent rompue avec la hiérarchie. On ne sait pas trop ce que l’on doit faire. On nous a fait part de beaucoup de difficultés et d’appréhension par rapport aux objectifs fixés par l’entreprise et par rapport aux projections professionnelles qui s’amoindrissent. Les personnes ne savent pas vers quoi elles vont. Elles ont souvent un manque de certitudes mais aussi de communication.

Qu’est-ce qui fait le plus peur ? La solitude, la crise sanitaire ?
On a beaucoup de détresse de personnes qui se sentent isolées. Pas forcément des personnes âgées, entre la trentaine et la cinquantaine, avec un grand sentiment d’isolement. Beaucoup d’adultes se sont retrouvés avec des questionnements existentiels, sur leur vie, leur trajectoire… mais aussi des sentiments d’impuissance, d’être incompris… certaines personnes avaient un sentiment de peur par rapport à la maladie et donc du stress et de l'angoisse par rapport à la situation générale, avec de nouvelles règles qu’on nous impose et qui perturbent beaucoup les rythmes de vie.
Certaines personnes se sont plaintes d’insomnie, due au stress et à l’angoisse. C’est un cercle vicieux. Mais c'est aussi lié au manque de repères. Chacun a sa routine. Le fait que la personne soit déstabilisée, que chaque jour ça change et le manque de repères devient très pesant…

Avez-vous eu des cas d’étudiants ou de personnes en difficulté avec les enfants ?
Beaucoup de personnes qui passaient des examens nous ont appelés. Entre les dates reportées, la fin des examens, le décalage horaire (3h du matin chez nous pour certaines épreuves), tout ça stresse énormément…
Il y a aussi eu pas mal de parents qui ont appelé, soit avec des ados difficiles à gérer car ils sont dans une période où ils veulent être autonomes, faire des choses, bouger… Des adolescents pouvaient aussi commencer à fréquenter de mauvaises personnes et cela devenait compliqué de remettre de l’ordre dans certaines situations familiales.
Certains parents avaient des difficultés avec les plus petits. Car si ces enfants comprennent bien qu’on est période de confinement, eux leur souci c’est de retrouver leur enseignant, leurs camarades. Pour beaucoup ça a été difficile notamment pour les enfants entre 7 et 10 ans, en situation de rupture en pleine découverte sociale. Ces enfants sont en train de découvrir, d’apprécier, de se construire… « J’ai entendu aussi, la cours de récré me manque. »

L’explosion du nombre de cas et la progression du nombre de morts on-t-elles encore modifié les craintes ?

Ce qui joue un grand rôle actuellement sur la population, c’est cette incertitude de la situation avec des décisions de l’Etat qui changent du jour au lendemain. Cela demande à la population une adaptation, une flexibilité que tout le monde n’a pas. Chacun a ses ressources. Et cette adaptation, cette flexibilité dans l’organisation personnelle, professionnelle, familiale, nécessite d’avoir de ressources. Chacun a des contraintes différentes, des moyens différents, un entourage différent… chacun y répond avec ses moyens mais les moyens de chacun ne sont pas les mêmes.

Assurez-vous un suivi des personnes qui vous ont appelés ?
Quelques personnes qui ont appelé, ont été écoutées et ont souhaité rappeler le lendemain. Mais nous ne sommes pas un dispositif de suivi, mais d’écoutes. On dit à la personne n’hésitez pas à rappeler mais vous ne tomberez pas forcément sur moi. C’est un premier accueil de la parole. Mais si nécessaire, on oriente ensuite ces personnes vers une structure ou vers une autre personne… des associations et autres professionnels.



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