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SANTE

Gestes barrières : les Guyanais baissent les bras et les masques

Jade LETARD-METHON & Samuel ZRALOS Lundi 23 Novembre 2020 - 20h00
Gestes barrières : les Guyanais baissent les bras et les masques
Le port du masque est considéré comme un élément prédominant de la lutte contre le Coronavirus - Jade Letard-Methon

Voilà près d’un an maintenant que la crise Covid-19 s’est installée aux quatre coins du monde. Une situation stressante qui impose des nouvelles règles de vie plus ou moins contraignantes dont les gestes barrières. En Guyane, un relâchement de la vigilance est palpable à tous les niveaux.

 Des visages non-masqués dans les espaces clos, une distanciation physique qui peine à être respectée : il y a un relâchement visible au niveau des gestes barrières, au sein de la population guyanaise. Dans son épicerie, située à Montjoly, les clients de Yan suivent généralement les règles mais il n’en est pas toujours ainsi. « Quand ils oublient le masque, il y en a qui comprennent et qui vont le chercher, mais il y en a aussi qui nous insultent », raconte-t-elle. Yan doit aussi gérer des clients masqués à l’entrée du magasin mais qui se démasquent à l’abri des regards. La difficulté à respirer et l’absence d’autres clients sont souvent invoquées dans ces cas-là.

Une attitude qui révolte la commerçante qui porte son masque 10 heures durant et qui n’hésite pas à montrer les petits boutons qu’elle a sur le menton comme preuves de son port prolongé. « Pourquoi vous mettez vos masques dans les grandes surfaces, où il y a des vigiles qui ne vous laisse pas rentrer sans, mais pas quand vous venez chez nous ? », se demande-t-elle, amère. En cas de non-respect des règles, Yan est implacable : « Je reprends ma marchandise et je ne vends rien ». À la caisse, Yves, un habitué, se désole de ce genre de comportement dont il a pu être témoin dans l’épicerie. Pour le Montjolien, la situation est généralisée à l’ensemble du territoire. « À Saint-Laurent, j’ai été dans une épicerie et dans une station-service : pratiquement personne ne porte le masque », se souvient Yves, incommodé d’être le seul avec le commerçant à respecter les règles.
« C’est bien pour les microbes quand on tousse »

Il y a d’autres types de commerces qui sont plus strictes sur la question, à l’image d’une auto-école bien connue de la place cayennaise. Hors de question d’y entrer sans masque et à plus d’une personne à la fois. Entre chaque élève, le nettoyage des voitures est de rigueur, de même que la désinfection régulière des chaises et des poignées de portes à l’intérieur de la salle de code. « On surveille dans la salle de code : si un élève baisse son masque, on va tout de suite lui faire une remontrance. Soit il le remet, soit il sort », détaille une Michèle Ibos intransigeante. La responsable craint le risque de contamination au point de conseiller une serviette aux élèves qui conduisent. De plus, elle prévoit des housses en plastique à chaque examen pour la sécurité de l’examinateur et des moniteurs.

Dans l’habitacle d’un véhicule à double commande, Léa et son moniteur portent tous deux leur masque. - Jade Letard-Methon


Dans l’habitacle d’un véhicule à double commande, Léa et son moniteur portent tous deux leur masque. Une situation tout à fait normale pour l’aspirante conductrice. « On réapprend à vivre mais en se protégeant un peu plus parce qu’on est dans la voiture et il y a la clim donc on est plutôt confinés», estime-t-elle. Avant le premier cours du matin et celui de l’après-midi, Yohan, le moniteur de Léa, s’occupe généralement du premier tour de nettoyage. « J’ai la poubelle là, il y a la lingette et on leur passe. »
Une crise qui se prolonge

Ce relâchement au niveau des gestes barrières inquiètent autant les politiques que les professionnels de santé. Pour le docteur Roger-Michel Loupec, conseiller territorial et praticien membre du conseil scientifique de la CTG, le masque doit avant tout être accepté et compris par la population. « Il ne faut pas que ce masque représente la crainte d’une sanction administrative. Il faut que vous soyez conscients que ce masque sert de prévention pour vous et les autres », explique le médecin. Mais pour cela, le masque doit être porté correctement. Et les préconisations du docteur Loupec sont claires : « Ne pas le mettre n’importe comment, ne pas le toucher systématiquement, ne pas le plier pour le mettre dans sa poche. »

Pour lui, les restrictions prolongées telles que le couvre-feu jouent une part prépondérante dans la lassitude palpable. « Nous sommes depuis pratiquement plus de dix mois dans une situation exceptionnelle », rappelle Roger-Michel Loupec. Pourtant, l’expert médical ne fait aucune concession et rappelle que les quelques jours passés sans décès ou l’absence de patients en réanimation n’ont rien de « satisfaisant ». Il invite donc les Guyanais à ne pas céder « au désespoir ou au relâchement ». « Le virus est là pour quelques mois voire quelques années encore. »

MICRO-TROTTOIR

L'obligation du port du masque est-elle toujours respectée en Guyane ? La rédaction est allée prendre la température dans les rues de Saint-Laurent-du-Maroni.

Benjamin-Valentin Saïbou fait partie de la minorité qui garde son masque dans la rue. Il trouve que s'en passer est « très dangereux parce que le covid-19 n'avertit pas, ne pardonne pas. Je suis sur que les gens qui viennent de Martinique, de métropole n'ont même pas de quarantaine », s'emporte l'homme d'âge mur. « A Kourou ils font un peu plus attention », croit-il savoir.


Junior Moderne ne « sait pas vraiment » quoi penser du port du masque. Il est conscient que « la maladie est là, mais on ne voit pas le danger immédiat, donc on y pense pas ».
 
Anthony et Christelle, arrivés depuis seulement trois semaines en Guyane trouvent que, « après Lyon, ça fait limite du bien », de voir peu de masques dehors, « d'autant que le masque sert à rien dans la rue quand Il n’y a personne ». Les deux affirment mettre en revanche leur masque dans les magasins.

Ruben Tison constate que « beaucoup de personnes négligent le masque, mais une petite partie le porte quand même ». Il met le sien « quand il y a beaucoup de monde », le reste du temps il se contente de respecter « la distance de sécurité et puis voilà ».
 
 

Pour en savoir plus :
Les données en temps réel en Guyane et dans le monde sur le COVID-19
Retrouvez les données sur les chiffres de l'épidémie en Guyane, sous la forme de tableaux et courbes actualisés chaque jour avec le nombre de cas et l'évolution de l'épidémie de coronavirus.
Consultez également les données des pays dans le monde touchés par l'épidémie.
» Accédez aux données

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3 commentaires

Vos commentaires

g6d 24.11.2020

l'augmentation du nombre de cas est lié au retour de ceux qui sont revenus de vacances. Les villes concernées sont celles dont la population privilégiée a pu voyager. Quel intérêt de porter un Masque dans la rue en Guyane alors qu'il n'y a pas de promiscuité ! On culpabilise les Guyanais alors que l'augmentation des cas est liée aux voyageurs. arrêtez de prendre les Guyanais pour de c..

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Etoile Piti 24.11.2020
Guyane, montre l'exemple!

Les guyanais et les autorités ont été actifs ET EXEMPLAIRES face à la situation et réalité qu'ici, tout le monde n'aura pas accès aux soins, continuons!!
Je suis choquée, quand je vois des magasins qui acceptent des clients sans masques, qui ne mettent plus de gel à disposition, qui ne nettoient plus les caddies....
Je suis choquée de voir des services administratifs d'Etat qui reçoivent du public, ne plus porter le masque...
Que voulons-nous??? Quel respect avons-nous des soignants? des personnes à risques, de nos amis et familles, des autres??
Guyane, continue de montrer que tu n'es pas un enfant gâté...
Guyane, montre que tu es capable de faire bien plus et mieux qu'en métropole, avec cette conscience solidaire.
Guyane, n'enterre pas plus de morts....
Cette fois-ci, il n'y aura pas de renfort d'équipe médicale...vue la situation en métropole, l'irresponsabilité de nombreux français, les fêtes de fin d'année....

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Nespresso 24.11.2020
C'est sérieux ?

"les quelques jours passés sans décès ou l’absence de patients en réanimation n’ont rien de « satisfaisant »"
On croit rêver...
Précisions que les "quelques jours" sont en réalité quelques mois. Mais je pense qu'ils sont nombreux dans le "médical" à avoir intérêt à entretenir artificiellement la peur afin qu'un maximum de gens se précipitent sur des vaccins dont on ne connaitra que plus tard les effets secondaires.
Peine perdue, ce sera définitivement sans moi !

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