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Patrice Latron, Directeur Interministériel de Crise

Épidémie : "On observe une évolution favorable , c’est cette dynamique qu’il faut parvenir à maintenir"

Propos receuillis par Hermann ROSE-ELIE Samedi 1 Août 2020 - 09h53
Épidémie : "On observe une évolution favorable , c’est cette dynamique qu’il faut parvenir à maintenir"
Patrice Latron, Directeur Interministériel de crise achève sa mission d'un mois en Guyane. - DR

L'heure du départ a sonné pour Patrice Latron au terme d'un mois de présence en Guyane. Le Directeur Interministériel de Crise revient sur sa mission et ses enseignements de la crise que nous subissons. Entretien France-Guyane

Son bilan

Avez-vous le sentiment d'avoir contribué à la stabilisation du virus à travers votre mission ?

Je tiens tout d’abord à souligner l’ampleur du travail accompli par l’ensemble des autorités locales avant mon arrivée. Très tôt, les bonnes mesures de freinage ont été mises en place.

Elles ont permis de ralentir la propagation du virus et de gagner un temps précieux vis-à-vis de l’épidémie.
Ma mission, inédite dans son format, consistait à poser un cadre permettant de coordonner et de renforcer l’action des acteurs institutionnels en Guyane.

Ce cadre, je l’ai souhaité interministériel, tant le caractère de cette crise est global et son impact multisectoriel. En lien direct avec le préfet de Région et la directrice générale de l’Agence régionale de Santé, nous avons pu renforcer le dialogue qui permet aujourd’hui de mutualiser les compétences et de disposer d’un centre de crise opérationnel pour combattre l’épidémie.

Cette nouvelle dynamique était utile et a permis de mettre en place une organisation fonctionnelle ou chaque acteur a sa place et connait celle des autres.

Je me suis également attaché à ce que les « sachants », acteurs de terrain et porte-paroles d’une réalité scientifique, trop souvent bafouée en temps de crise, prennent toute leur place dans l’opinion public.

Je l’ai souhaité résolument ancré au plus près du territoire, en lien régulier avec les élus locaux : à Cayenne, en conviant la CTG aux réunions interministérielles de crise et en présidant une réunion spécifique destinée à répondre aux interrogations des maires, à Maripasoula lors d’un conseil municipal et à Saint-Laurent du Maroni où je me suis rendu en fin de semaine dernière. Les revendications des chefs-coutumiers ont également été entendues.

Enfin, je l’ai souhaité étroitement lié à la métropole. Dès mon arrivée, j’ai eu à cœur d’intensifier les échanges avec Paris en quantifiant les besoins, en remontant les demandes et en m’assurant de leur prise en charge. Je me suis ainsi assuré d’une meilleure circulation de l’information entre les services de l’Etat d’une part, en direction des élus et des guyanais d’autre part.
Fin de la crise ?

Votre départ signifie-t-il que la crise est terminée en Guyane ?

Sur le volet sanitaire, même si la situation épidémiologique est moins préoccupante aujourd’hui que lors de mon arrivée, l’épidémie de coronavirus qui frappe la Guyane reste importante.

A ce jour on dénombre près de 1500 cas actifs sur le territoire et 101 patients sont encore hospitalisés dont 28 en réanimation. Le virus circule donc toujours, notamment dans l’Ouest, où nous sommes en alerte et nous mobilisons pour freiner sa propagation. Même si nos efforts commencent à payer et que le dépistage massif développé en Guyane permet d’identifier chaque jour de nouveaux cas et donc de nouvelles chaînes de contamination, nous ne pouvons pas baisser la garde.

Je veux ici remercier l’ensemble des personnels de santé, qu’ils exercent à l’hôpital, dans les centres de santé ou en ville et qui luttent sans relâche au contact de la maladie. Les associations, qui font un travail remarquable sur tout le territoire guyanais, les forces de l’ordre, les pompiers et la sécurité civile ne sont pas en reste et je tiens également à leur témoigner ma reconnaissance.

Sur le volet social et économique, la France, comme ses voisins, s’apprête à affronter une crise inédite. En quelques chiffres, la Guyane a bénéficié de 26M € qui ont été versés au titre du chômage partiel, 4 000 entreprises ont pu profiter du fond de solidarité et plus de 137M€ ont été accordés au travers de prêts garantis. Enfin, 5,1M€ ont été alloués pour l’aide alimentaire depuis le début de la crise sanitaire. L’Etat répond présent et continuera de le faire.

Rendrez-vous un rapport de votre mission et si oui quelles en seront les grandes lignes ?

Je remettrai mon rapport au Premier ministre et au Ministre des Outre-Mer, qui en auront la primeur.
Une situation évitable ?

Etait-il possible d'éviter une telle extension du virus sur le territoire ?


Les réponses apportées pour lutter contre cette épidémie d’une ampleur inédite, doivent être analysées à l’aune des connaissances scientifiques et des recommandations dont nous disposions. Cette crise est mondiale.

Elle a évolué et s’est propagée au gré des contaminations jusqu’à toucher l’ensemble des continents. L’épidémie ayant frappé la métropole dans un premier temps, la Guyane a pu bénéficier, grâce au confinement précoce, d’un temps de préparation supplémentaire et d’un retour d’expérience. Des stocks ont ainsi pu être constitués pour anticiper les tensions et les apports en matériels, en lit de réanimation et en personnels. Ils ont permis à la Guyane de disposer d’une capacité de réponse à la mesure de la crise.

Nous avons également bénéficié de la solidarité nationale avec des renforts en personnels : ce sont aujourd’hui près de 460 professionnels de santé, civils et militaires, qui se sont succédés sur le territoire pour renforcer les équipes locales.

Les nouvelles connaissances scientifiques sur le virus mais aussi l’élargissement de l’accès aux tests permettent à la Guyane d’être aujourd’hui le département français qui réalise le plus de prélèvements pour 100 000 habitants.
Je rends hommage aux guyanais qui ont fait face, avec résilience et discipline.
Un retour programmé ?

Est-il prévu que vous reveniez dans les prochaines semaines ?

J’ai apprécié revenir dans ce magnifique département pour la 5ème fois. Toutefois, ce départ de Guyane est bien définitif. Si ma mission s’achève, le centre interministériel de crise reste mobilisé et sera désormais présidé par le préfet Del Grande. Sur le volet sanitaire, il sait pouvoir compter sur l’étroite collaboration de l’Agence régionale de Santé et l’entier soutien de sa directrice générale, Madame Clara De Bort.

Le travail et les efforts engagés ces dernières semaines sauront se poursuivre, dans une configuration qui a fait ses preuves.
Le lien avec le gouvernement demeure également, il est constant et permettra un suivi optimal de la situation sur le territoire, y compris si de nouveaux renforts s’avèrent nécessaires.
La proximité du Brésil

La situation sanitaire au Brésil va-t-elle conditionner l'évolution du virus chez nous dans les prochaines semaines, mois ?

On observe une évolution favorable quant à la situation épidémique sur le territoire guyanais, c’est cette dynamique qu’il faut parvenir à maintenir. Ce travail de fond est réalisé depuis de longs mois pas les autorités locales.

Au Brésil, la situation sanitaire est très préoccupante et peut avoir un impact en Guyane si nous ne parvenons pas à contenir les flux de personnes entre nos deux pays. Depuis le 19 mars, le pont de l’Oyapock est fermé, et les autorités sont mobilisées sur place pour garantir l’imperméabilité de la frontière.

Nos forces de l’ordre font preuve d’une vigilance accrue et de nombreux contrôles sont assurés, notamment aux abords du fleuve. Il me semble que les conditions sanitaires au Brésil nécessitent un maintien de la fermeture de la frontière.
 

Les données en temps réel en Guyane et dans le monde sur le COVID-19
Retrouvez les données sur les chiffres de l'épidémie en Guyane, sous la forme de tableaux et courbes actualisés chaque jour avec le nombre de cas et l'évolution de l'épidémie de coronavirus.
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