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Covid-19 : « Plusieurs centaines de soignants sont attendues »

Propos recueillis par A.G. Lundi 29 Juin 2020 - 14h46
Covid-19 : « Plusieurs centaines de soignants sont attendues »
Etienne Gayat, directeur médical de crise, professeur d’anesthésie-réanimation à l’hôpital Lariboisière. - AG

Les deux directeurs médicaux de crise dépêchés par la Direction générale de la santé ont achevé leur mission d’une semaine en Guyane, hier. Selon eux, le besoin de renfort humains apparaît comme une priorité, au même titre que les évacuations sanitaires. Le point sur la situation avec Etienne Gayat, directeur médical de crise, professeur d’anesthésie-réanimation à l’hôpital Lariboisière.

La situation de tension qu’ont connue les hôpitaux de Paris durant la crise est-elle comparable à la situation que vit la Guyane ?
Je crois qu’elle est très similaire. En tout cas, ce sont les mêmes problématiques. En premier : le besoin de renfort. A Paris, plus de 8.000 renforts ont été nécessaires, en sachant que l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP), c’est 80.000 personnels. On a aussi eu ce besoin d’évacuation sanitaire. On a envoyé plus de 200 patients critiques vers les régions de l’ouest, moins touchées, et on n’a jamais eu 200 lits disponibles en soin critique. Ça veut dire que, si on ne l’avait pas fait, on aurait été en saturation.
L’autre similarité sur laquelle on a voulu apporter notre expérience, c’est la structuration de la gestion de crise. Dans l’état des lieux qu’on a réalisé, la dynamique de crise était en cours mais l’idée était de la structurer davantage. La crise hospitalière est gérée désormais en cellule de crise, avec un directeur médical de crise qui a été nommé, le docteur Félix Djossou, en lien avec les institutions.
Quel bilan dressez-vous de l’augmentation des capacités hospitalières d’accueil en Guyane ?
On a pu constater qu’elle était importante mais, pour aller au bout de cette extension capacitaire qui répondrait à peu près aux besoins, il faut des moyens, essentiellement humains. Les réanimations sont bien équipées mais il y a du matériel, des lits notamment, qui vont commencer à manquer. Ce qui manque le plus, ce sont les humains : les soignants. Ce sont des besoins qui nous avons fait remonter très tôt durant notre mission, au niveau de la Direction générale de la santé, qui nous a mandatés, mais aussi auprès de l’APHP, l’un des plus gros centres hospitaliers universitaires d’Europe. Des appels au volontariat ont été fait à différents niveaux et vont continuer. Ajoutés les uns aux autres, plusieurs centaines de soignants sont attendues. Des difficultés préexistaient dans les hôpitaux guyanais, peut-être un peu plus que dans les hôpitaux métropolitains, et la fatigue des personnels s’ajoute à ces difficultés. On a vu des équipes qui sont habituées à gérer les renforts, à être dans une situation de gestion de difficultés chroniques. Cette habileté existe déjà. Il faut juste changer de braquet pour aller plus fort, plus haut et surtout solliciter des aides ailleurs.
Comment gérer au mieux l’arrivée de ces renforts ?
Quand plusieurs dizaines voire centaines de renforts arrivent, il faut une infrastructure de gestion des choses aussi bêtes que le billet d’avion, l’hôtel, etc. Il va falloir mettre ça en place et c’est une aide qui, probablement, pourrait venir de l’extérieur. Les personnels de l’APHP ont eu à gérer plus de 8.700 renforts pendant la crise ; ils ont développé des plateformes et des savoir-faire de gestion des renforts. Ils ont la volonté d’aider la Guyane en apportant l’expérience qu’ils ont acquise à ce sujet en termes d’outils, d’humains. C’est un échange de bons procédés.
Comme se portent les personnels soignants en Guyane ?
L’épidémie augmente singulièrement après une période de confinement et de tension, liée à la préparation d’une première vague qui a été très modeste et très bien contrôlée. Maintenant arrive une vague plus importante et c’est aussi pour ça qu’on est venus en appui, pour remettre un peu d’huile dans les rouages. Ce qu’on a aussi fait passer comme message, c’est la nécessité pour les personnels en poste en Guyane, que ce soit à l’ARS ou dans les structures hospitalières, de prendre aussi du repos dans cette période-là. Les renforts doivent aussi servir à ça.
Est-ce que les évacuations sanitaires sont incontournables pour faire face à la crise en Guyane ?
Il y a habituellement moins de 20 lits de soins critiques en Guyane. Même si la capacité a été augmentée, il va en falloir plus. Ça a été la même problématique pour nous, en Métropole. C’est vraiment dans ce cadre-là que l’A400M est déployé (…) Il faut quasiment engager des évacuations de manière préventive pour ne jamais être en saturation, c’est-à-dire être proactif. Le système est tendu, comme il l’a été pendant trois mois en Métropole. D’abord dans l’est puis en région parisienne. L’objectif, c’est de ne pas l’amener à la saturation. Il y a trois moyens. Le premier, c’est d’éviter la vague en appliquant les gestes barrières, en portant le masque, en limitant les contacts sociaux au minimum et en s’isolant si on est malade. Le deuxième moyen, c’est d’augmenter la capacité de prise en charge et le troisième, c’est d’évacuer. Là encore, je pense que l’expérience métropolitaine est intéressante car c’est ce qui nous a permis de passer le cap. Maintenant qu’on a fait cette semaine de diagnostic en Guyane, il faut que les renforts arrivent.
Quels types de patients peuvent être évacués ?
On peut évacuer des patients en situation critique mais évidemment, quand ils sont très instables, c’est beaucoup plus difficile. C’est le bénéfice par rapport au risque : il n’y a pas de règles. C’est évalué au cas par cas, en fonction du patient mais aussi de la tension en lits. L’évacuation est possible vers l’Hexagone et vers les Antilles mais, en fonction de la typologie du patient, la stratégie ne sera pas la même.
Huit patients ont déjà été évacués en Guadeloupe et en Martinique. Existe-t-il encore des possibilités d’évacuation vers les Antilles ?
Il faut avoir en tête qu’on va se mettre en capacité de les accueillir coûte que coûte. On verra ce que ça veut dire en termes d’activité. Il faut qu’il il y ait de la place aux Antilles et en Métropole pour accueillir les patients guyanais et je pense que les choses vont se mettre en place dans ce sens-là.
Dans quel scénario notre système pourrait-il être saturé ?
C’est dans les jours à venir que l’on va voir. On attend probablement plusieurs dizaines de patients en réanimation et plusieurs centaines de personnes à l’hôpital. Sur le papier, pour l’instant, il y a la capacité d’accueillir ces patients-là dans les hôpitaux guyanais mais il faut renforcer en matériel et en moyens humains. Personne n’a l’idée d’abandonner la Guyane. Si parce qu’on n’arrive pas à armer les hôpitaux guyanais, il faut faire de nombreuses évacuations sanitaires, elles seront faites ! Ce sont les outils pilotés par l’ARS, les centres hospitaliers qui permettent de voir la réalité de la situation. Une réunion de crise se tient tous les jours dans les trois hôpitaux. Il y a aussi une réunion de coordination pour justement essayer d’avoir un suivi quotidien du nombre de patients, du nombre de places qu’il reste. Et donc d’avoir une idée des moyens nécessaires à l’étape suivante (…) On découvre cette maladie. En Guyane aussi, on la redécouvre, dans une population qui n’est pas la même qu’en Métropole ou en Europe. C’est difficile aussi d’être précis dans les prédictions. Pour l’instant, les prédictions sont justes ou parfois ont des petites dérives et sont réajustées. Les épidémiologistes révisent les modèles tous les trois jours pour qu’on réajuste les moyens et qu’on ne soit jamais en retard.
Sur 2.422 cas actifs, 120 personnes sont hospitalisées, soit moins de 10%. Qu’est-ce que cela traduit ?
Cet ordre de grandeur est celui qu’on a observé en Métropole. Ce qu’on observe, et qui est un élément plutôt positif, c’est que le risque de passage en réanimation quand on est hospitalisé est moindre. On va voir si ça se vérifie et si c’est le cas, c’est une bonne nouvelle. Si ça ne se vérifie pas, on réajuste le modèle et, pour la semaine qui suit, on a une réponse adaptée. C’est toute l’idée, par exemple, du déploiement de l’A400 M qui n’était pas prévu quatre jours auparavant…
La dexaméthasone réduit d’un tiers la mortalité chez les malades en état grave placés sous ventilation artificielle. Va-t-elle être utilisée en Guyane ?
L’ARS et les centres hospitaliers sont en train de mettre en ordre les stocks de ce médicament : il faut préciser les indications, etc. Ce qui est clair, c’est que les patients chez qui l’intérêt est démontré seront traités avec ce médicament, quand c’est indiqué et qu’il n’y a pas de contre-indication. C’est un des seuls médicaments qui ait fait la preuve de son efficacité dans une étude clinique, avec tous les critères de qualité pour l’évaluation de l’effet d’un médicament. C’est un des bénéfices d’arriver après : les innovations thérapeutiques bénéficient plus aux patients guyanais qu’à ceux qui les ont précédés.
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3 commentaires

Vos commentaires

Vendeta973 30.06.2020
Merci Qui ?

Non pas Jacquie et Michel,
Merci Chiara,
On est tous avec toi, toute la Guyane te supporte,
MSG chante tes louanges,
Afflelou est même prêt à virer Sharon pour que tu portes son derniers modèle de lunette type Harry Potter, (mais il est Fou Afflelou),
Marraine Fée (cendrillon) est prête à te confier sa baguette magique,
Y a juste les irréductibles de la Direction générale de la Santé qui ne perçoivent pas le bien-fondé de la stratégie mise en place et les lenteurs accumulés (toujours là pour casser l’ambiance),
Heureusement qu’au bal, je fais qu’il me plait

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bozo 29.06.2020
pourquoi il part déjà?

On a besoin de praticiens comme lui en Guyane, en une semaine il a fait plus que la direction de l'ARS en 3 mois.
Merci de votre venue, et bon retour chez vous.

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Affreux Jojo 29.06.2020
Merci à tous

Merci à ces soignants qui viennent nous aider. C'est quand même plus décent que de faire venir des cubains dont personne ne sait s'ils sont vraiment volontaires.
Mais sans l'hôpital style Mulhouse, je doute que cela suffise.

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