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Chloroquine, hydroxychloroquine, quinine, nivaquine, couachi: on a fait le tour?

Xavier-Paul Le Pelletier Lundi 23 Mars 2020 - 20h52
Chloroquine, hydroxychloroquine, quinine, nivaquine, couachi: on a fait le tour?
Du Schweppes à la lumière UV, la quinine le rend luminescent - DR

Alors que les propos du Pr Raoult font encore polémique, des pétitions commencent à circuler afin de sensibiliser la population sur le sujet épineux de la chloroquine, antipaludéen de classe mondiale.

La facilité d’accès à la quinine, la molécule naturelle à partir de laquelle la chloroquine a été synthétisée, et des coûts de production pour les laboratoires qui paraissent faibles, interpellent l’opinion quant à l’intérêt modéré du gouvernement à communiquer sur le sujet. Ce, à l’heure où le ministre de la Santé annonce enfin l’utilisation d’hydroxychloroquine dans le traitement des cas graves du covid-19.

Un traitement préventif massif à la quinine, substance que l’on retrouve en vente libre dans des boissons gazeuses, semble pour certains ne comporter que peu de risques en dehors d’une allergie éventuelle. Pourtant, un risque non négligeable de cécité et d’altération sanguine existe, notamment chez les individus qui présentent des troubles cardiovasculaires.
Une substance bien connue et depuis bien longtemps

Notamment hypoglycémiante, la quinine extraite d’un arbuste d’Amérique tropicale, apparaît à la cour de Versailles dès le XVIIe siècle sous forme d’une poudre d’écorce qui prouve ses effets en permettant à Louis XIV et au dauphin de se remettre de la fièvre. Elle se démocratise véritablement en Occident avec la colonisation de l’empire britannique aux Indes. C’est par le biais du célèbre Gin Tonic, cocktail dont la consommation est encouragée auprès des officiers de la couronne que la quinine traverse les frontières et gagne la réputation de prémunir les maladies tropicales. Le Tonic water, « amorti » historique du Gin dont Schweppes est la marque la plus connue doit effectivement toujours mentionner sur son étiquette « contient de la quinine » à la fois pour garantir son appellation et protéger les allergiques.
Le couachi : encore plus efficace que la chloroquine?

En 2017, l’opinion guyanaise se mobilise pour la reconnaissance de l’appropriation du savoir de ses peuples autochtones par les groupes pharmaceutiques alors que ces derniers entendent apporter de nouveaux développements à leurs recherches sur le couachi. Appelée « quinine de Cayenne » par les premiers botanistes l’ayant décrit, cette plante est bien connue localement dans la prévention et la rémission des fièvres tropicales. Malgré un nom vernaculaire proche et la proximité des symptômes qu’elles traitent, le couachi se distingue en botanique de la quinine. Par conséquent, on ne peut pas encore établir une quelconque efficacité clinique de l’absorption de couachi dans la prévention ou le traitement du covid-19.

Le couachi, plante bien de chez nous, connue pour ses propriétés antipaludiques (photo d'archives) -


Pourquoi, alors que dès le mois de janvier, des traitements à la chloroquine ont présenté une réponse satisfaisante auprès de nombreux infectés en Asie après des essais cliniques menés en Chine, alors même que France et Europe ont été mobilisées en 2017 et 2018 sur le dossier du couachi, alors même que le traitement préventif à la Nivaquine (plus célèbre médicament à la chloroquine ndlr) fait partie des connaissances basiques de la préparation d’un voyage en zone tropicale à risque, pourquoi donc le gouvernement semblait-il jusqu’à cet après-midi ne pas vouloir apporter de crédit aux bienfaits de la quinine, quand pour beaucoup ces connaissances relèvent de la culture générale?
SRAS, Chikungunya, Zika : toujours la même chose

Les conclusions aux trois vagues épidémiques des deux décennies passées ont toutes eu pour ligne commune le fait que certains antipaludéens qui contiennent de la Chloroquine ont montré des signes d’amélioration des symptômes face à la maladie. Cependant à chaque fois, ces conclusions ont été confirmées une fois la vague épidémique passée. Pourquoi à nouveau attendre? Les stocks seraient-ils difficiles à constituer, la production serait-elle coûteuse ou les risques des effets secondaires l’emportent-ils sur celui que représente l’actuel coronavirus en terme de santé publique?
Quinine : une dose thérapeutique proche de la dose toxique

Historiquement, un traitement préventif induisait de consommer quotidiennement de la quinine par l’ingestion de Tonic, or des troubles de la vue comme de l’audition peuvent se manifester chez une faible partie de la population. Des altérations de la concentration de plaquettes peuvent apparaître dans les cas plus graves, cependant les effets se dissipent généralement rapidement après l’arrêt de la consommation ; sauf pour des cas sévères qui évoluent en cécité. Cette consommation répétée de quinine est toutefois à proscrire chez la femme enceinte en raison du risque pour le fœtus : notamment de surdité à la naissance.
Hydroxychloroquine : la solution aux risques de la chloroquine et de la quinine?

Développée pour un usage anti rhumatoïde et dans le traitement de lupus en dehors de l’usage antipaludéen connue de la chloroquine, l’hydroxychloroquine est sur le marché depuis 2004, par le biais du Plaquenil, médicament produit par le laboratoire français Sanofi. Ce traitement présenterait l’avantage d’une toxicité moindre en comparaison de la chloroquine grâce à l’association de cette molécule avec des hydroxydes catalyseurs.

Pourtant, sa classification sur la liste des substances vénéneuses et la fin de sa vente libre est très récente. La parution au journal officiel de son inscription à la liste II des substances vénéneuses date du 13 janvier 2020 : période de l’explosion du coronavirus en Chine et des premières réponses concluantes des traitements à la chloroquine sur les patients chinois.
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