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Annick Girardin détaille la nouvelle stratégie face au Covid-19

A.G. Mercredi 24 Juin 2020 - 05h48
Annick Girardin détaille la nouvelle stratégie face au Covid-19
Le comité de gestion de la crise étendu, qui aura désormais vocation a se réunir chaque semaine, s'est tenu hier soir pendant plus de deux heures sous la houlette d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer. - A.G.

Le comité de gestion de la crise étendu s’est tenu hier sous la houlette d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer. Après l’exposé des nouveaux contours de la stratégie de l’Etat face à la crise, un débat a eu lieu avec les élus et les acteurs associatifs sur la nécessité d’un reconfinement.

Hier soir, le comité de gestion de crise étendu (Cogec) a été installé en présence des services de l’Etat, d’élus, de représentants du monde associatif et de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. Alors que le manque de moyens pour faire face à la crise en Guyane a été dénoncé, la ministre a énuméré les moyens supplémentaires déployés sur le territoire pour faire face à l’urgence de la situation épidémiologique (lire ci-contre). Les gestes barrières et le port du masque font partie des leviers permettant d’éviter la propagation du virus, ainsi que la ministre l’a rappelé : « Il n’y a pas de pénurie de masque, ici, en Guyane. Près d’1,8 million de masques ont été livrés par l’Etat pour les personnes vulnérables, dont près de 750 000 qui ont déjà été distribués à la population. 200 000 masques seront livrés prochainement ici, en Guyane. (...) La diffusion de messages sonores dans différentes langues du territoire sera aussi faite dans les jours qui viennent. Elle sera menée là aussi par les maires et nous sommes là pour vous accompagner. (...) La stratégie de tests et de tracing va être poursuivie de manière soutenue et déployée sur le territoire, avec une vigilance particulière de l’autorité nationale sur la disponibilité des moyens. (...) On me dit que nous pouvons très rapidemment aller jusqu'à 1.000 tests par jour avec les machines actuelles, une fois obtenus les renforts en biologistes. Il faut que ces renforts soient précisés très rapidemment et nous y répondrons. Je veux préciser ici que grâce à un partenariat avec la Collectivité territoriale de Guyane et le CNRS, la Guyane devrait bientôt disposer d'une machine supplémentaire qui sera d'une capacité de 1.200 tests par jour. (...) Les passagers au départ de Guyane vers l’Hexagone seront invités à intégrer un protocole des cas contacts afin de subir un test à l’arrivée sur le territoire et d’être suivis par les services de santé (…) Des actions en direction des personnes les plus fragiles (quarantaine et isolement) seront amplifiés. Il nous faut plus de lieux à cet effet. »
« Retour à la confiance »
Les moyens sanitaires disponibles pour faire face à la crise, et notamment au nombre de places en réanimation, ont dès lors été abordés. Clara de Bort, directrice de l’Agence régionale de santé, a dû défendre sa stratégie : « Depuis le début de l’épidémie, nous avons multiplié par dix nos capacités de dépistage ; nous avons multiplié par quatre nos capacités d’hospitalisation Covid-19 et par trois nos capacités en réanimation. Nous allons encore augmenter [ces moyens] au fur et à mesure des besoins et de reconfiguration d’équipes. Pour ce qui est du dépistage, c’est vraiment sur le terrain que se fait la lutte. Nous avons sollicité des moyens supplémentaires en équipes de dépistage ainsi que de repérage. Car il nous faudra aussi repérer les personnes qui sont malades et qui n’ont pas été dépistées mais que nous devons prendre en charge. »

Une réponse loin de satisfaire la ministre des Outre-mer, qui n’a pas mâché ses mots. « Il nous manque aussi un véritable retour à la confiance. Les Guyanais et les Guyanaises ont besoin d’avoir confiance dans le système de santé. Je vous remercie pour votre réponse, madame la directrice de l’ARS, mais je souhaiterais que, dans les heures qui viennent, on puisse communiquer à tous les participants le chiffre exact de lits de réanimation et comment il va monter. J’avoue que vous avez pris beaucoup de temps pour me l’expliquer mais que je n’ai pas encore complètement compris comment ça allait se passer. Il faut qu’on explique à chacun comment ces renforts vont arriver au fur et à mesure, comment ils seront mis en place et comment les évacuations seront programmées. »
Reconfinement et prévention
Les élus ont vite placé au cœur du débat le reconfinement total de la Guyane. Marie-Laure Phinéra-Horth, maire de Cayenne, et David Riché, président de l’Association des maires, se sont positionnés en sa faveur. Pour ce dernier : « Beaucoup trop de personnes ne comprennent pas et ne respectent pas les gestes barrières et les mesures prises ne suffisent pas à endiguer l’épidémie. »

Pour certains élus, dont Serge Smock, maire de Matoury, il faut poursuivre les efforts de prévention et responsabiliser les Guyanais. Ainsi, Georges Elfort, maire de Saint-Georges, commune confinée depuis plus de trois mois, est catégorique : « Il faut qu’on prenne nos responsabilités. Il fallait faire en sorte que, dans l’île de Cayenne et dans les autres communes, les gestes barrières soient respectés (…) Nous avons été stigmatisés (à Saint-Georges, ndlr) mais nous avons tout mis en œuvre sur le fleuve pour juguler cette épidémie. C’est vrai que le Brésil ne nous a pas aidé. Nous étions les pestiférés de la Guyane. Iil ne fallait pas que les Oyapockois viennent à Cayenne. Et pourtant, je voyais les habitants de Saint-Georges porter des masques alors qu’on a vu les Cayennais circuler et s’agglutiner pour du gaz. Nous, on a fait des efforts. »
Equilibre entre économie et santé
La présidente de la Chambre de commerce et d’industrie comme le président de la Chambre des métiers de l’artisanat tirent quant à eux la sonnette d’alarme. « Le monde économique a tenu deux mois mais nous demander plus ce serait un suicide collectif, prévient Carine Sinaï-Bossou. Tous les signaux sont au rouge. Il y a environ 60 % des entreprises sont en très grande difficulté et menacent de s’arrêter (…) A l’heure actuelle, personne ne peut nous garantir que le confinement permettrait de résorber totalement l’épidémie mais nous, on sait ce qu’il en coûte au monde économique. »

Un équilibre doit être trouvé entre économie et santé, selon d’autres élus comme le maire de Kourou, François Ringuet, ou le maire de Rémire-Montjoly, Jean Ganty, qui cite l’exemple du confinement « responsable » de la cité Arc-en-ciel. Il demande un renfort des forces de l’ordre pour appuyer des mesures de confinement par quartier. Pour le président de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), Rodolphe Alexandre, qui a pu s'entretenir avec la ministre à son arrivée sur le territoire avec le député Lénaïck Adam et le sénateur Georges Patient, le reconfinement ne doit pas non plus être total : « Le reconfinement doit être séquencé par paliers, comme on l’avait fait la première fois. On ne peut pas bloquer le territoire. La CTG a mis 8 millions d’euros dans le fond d’urgence. Là, on a fait appel la BPI qui a ajouté 10 millions d’euros. On ne peut pas faire plus. »

Alors qu’économie et santé s’opposent, parmi les associations présentes, la Croix-Rouge et la Daac (Développement, animation, accompagnement, coopération) alertent elles aussi sur les conséquences sociales qu’un reconfinement aurait sur la population. Elles pointent notamment les pathologies hors Covid mal soignées lors de la période de confinement, l’aggravation de la précarité et l’épuisement des bénévoles.

La ministre des Outre-mer a visité le drive test de l'Institut Pasteur avant de présider le comité de gestion de la crise étendu - A.G.

La ministre n’a pas tranché, hier soir, sur la question du confinement généralisé : « Je suis venue débattre avec vous pour savoir ce que chacun peut penser, pour nourrir le préfet qui aura cette décision à prendre avec l’aide du gouvernement (…) Je crois honnêtement que le milieu économique a besoin d’être soutenu. Différentes aides ont été mise en place dans notre pays. Pour la Guyane, et tant qu’il y aura un état d’urgence, les aides continueront à pouvoir être délivrées aux différentes entreprises. Toutes les aides, notamment alimentaires (…) Dans l’entreprise, aujourd’hui, il y a moins de risques parce qu’il est ciblé, géré. Il y a moins de risque d’être contaminé si toutes les règles sont appliquées. On sait que le risque existe en milieu confiné, et souvent dans la famille parce que c’est intrafamillial, en milieu fermé, que ce Covid-19 continue à circuler. C’est là qu’il faut qu’on réfléchisse à comment agir car reconfiner tout le monde, on voit bien ce que ça veut dire. L’important, c’est de savoir quelle est la pression sur l’hôpital. Une pression qu’on doit faire baisser ou pas. Selon mes informations, aujourd’hui, on n’occupe que 50 % des lits Covid-19. C’est ce qui est inscrit sur ma fiche donc je fais très attention parce que ça a pu évoluer (…) J’ai bien entendu aussi les alertes des associations représentées ici. J’ai mis en place une enveloppe au ministère qui permet d’accompagner les associations post-Covid-19. On va regarder quels sont vos projets et comment on peut vous aider encore (…) On oublie souvent tous ceux qui sont sur le terrain et qui agissent aux côtés des plus faibles. Vous n’avez pas pu développer ici toute les situations difficiles que vous avez rencontrées. Je vous invite à les écrire et à nous les faire parvenir car ça nous aide aussi dans cette décision de reconfiner la totalité de la Guyane ou de reconfiner en tenant compte de certaines spécificités et de certaines conditions particulières. »

Les moyens supplémentaires déployés
• 17 soignants supplémentaires de la réserve nationale sont arrivés lundi pour appuyer les équipes hospitalières permettant d’augmenter de six lits la capacité d’accueil de patients Covid-19 en réanimation. D’autres équipes soignantes, en particulier de l’AP-HP, vont être projetées dans les jours à venir. Quinze respirateurs doivent arriver par avion, ce qui portera le stock à 80. L’arrivée de soignants permettra de porter la capacité matérielle de lits en réanimation, qui seraient nécessaires dans les semaines à venir.
• L’augmentation des capacités d’accueil des patients en médecine générale est annoncée. La Guyane va recevoir une livraison de matériels demain, dont une unité de l’hôpital de campagne de la sécurité civile (Escrim) qui comprend 20 lits de médecine générale, un bloc opératoire et onze tentes. L’Escrim sera armée de 42 personnes, 27 soignants, 14 logisticiens ; 5 sont déjà arrivés ; 34 arrivent aujourd'hui et 3 vendredi. Elle sera déployée pour accueillir les patients non-Covid.
• 1.200 tenues de protection et 66.000 masques chirurgicaux et 30 pousse-seringues seront livrés par avion aujourd'hui.
• La stratégie d’évacuation sanitaire en priorité vers les Antilles, qui pourra être étendue vers l’Hexagone en cas de nécessité, sera poursuivie, en particulier avec le concours de l’armée de l’air. L’A400M, un autre avion militaire permettant le transfert de quatre patients Covid-19 par vol, est en alerte et sera envoyé en Guyane dès que nécessaire
• Les capacités d’évacuation à l’intérieur de la Guyane ont été renforcées. Les forces armées en Guyane disposent de deux hélicoptères Puma supplémentaires, soit quatre au total.
• Les états-majors de gestion de crise sanitaire sont en cours de renforcement : deux directeurs de crise et un officier de liaison en appui de l’Agence régionale de santé sont arrivés en Guyane le 20 juin. D’autres renforts arriveront très rapidement : des sous-préfets pour appuyer les équipes et des officiers de sécurité civile.
• La Guyane bénéficiera du nouveau traitement qui réduit de 30 % la mortalité des cas graves de Covid-19 : la dexaméthasone.
 
 
 


 


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4 commentaires

Vos commentaires

Nespresso 24.06.2020

J'aime bien la réponse cinglante de la ministre à la directrice de l'ARS. Si c'est pas une claque ça madame, en plein dans le pif. Paf !

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Smet 24.06.2020
Enfin un peu de clarté

Enfin une femme qui prend la situation en main, remettant à sa place la gestion de l'ARS qui ressemblait vraiment à du bricolage.
Enfin nous avons un espoir quantifié, même si ce n'est pas le pérou nous sommes au moins informés de ce qui peut être déployé:
utilisation de Dexaméthasone, 15 respirateurs, 17 personnes (bien qu'il en faudrait le quadruple, mais ce n'est qu'un premier renfort et d'autres semblent prévisibles)
Preconisation de masques, il est dommage de privilégier les masques jetables, alors qu'il existe des alternatives plus fiable, moin onéreuses sur la durée et surtout moins polluantes (voir twitter Mme la Ministre).
Il serait également bon d'envisager une augmentation des capacités de l'hôpital de campagne arrivant, et éventuellement négocier avec le Dr Pierrot la possibilité d'utiliser le site de la clinique Ibiscus.

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Vendeta973 24.06.2020
Le meilleur reste à venir

Alea jacta est...

Petit clin d’œil à ergo sum ;-)

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Ergo sum 24.06.2020

Oh, difficiles nugae ;-)

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