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"Avec une prise en charge précoce, la létalité du Covid deviendra celle d’une maladie infectieuse banale"

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Lundi 20 Juillet 2020 - 17h58
"Avec une prise en charge précoce, la létalité du Covid deviendra celle d’une maladie infectieuse banale"
Docteur Antoine Burin, membre du comité scientifique territorial en a l'intime conviction :"Avec une démarche précoce, la létalité du Covid deviendra celle d’une maladie infectieuse banale. On pourra revivre et c’est le but."

Docteur Antoine Burin, membre du comité scientifique territorial répond à nos questions sur la crise sanitaire

Des TROD (Test Rapide d'Orientation Diagnostique) sont depuis quelques jours disponibles en pharmacie, cela pose des problèmes dans certaines zones. Pourquoi ?
"Le Trod en zone blanche peut être intéressant mais en zone littoral, où vous pouvez vous tester de manière sûre, cela peut créer un biais et vous faire croire que vous êtes négatif alors que vous ne l’êtes pas. Ces zones blanches, qui échappent à la détection classique PCR, sont essentiellement des communes du fleuve. Il était essentiel de mettre ces Trod à disposition des centres de santé de ces communes isolées. S’ils n’ont pas la fiabilité des PCR, ils permettent pour autant d’avoir une idée sur la présence du virus et les mesures à mettre en place. C’est la présence d’anticorps, donc la réaction de votre organisme, que le Trod détecte. Et pas la présence même du virus. Ils nous apparaît donc indispensable, si ces Trod sont vendus en pharmacie, que cela soit sous ordonnance. Un usage libre dans les zones où le dépistage PCR est possible peut être plus problématique qu’autre chose."
Le pic est passé nous dit-on. Votre analyse ? 
"L’ évolution du R0 (ndlr, Le "R0" correspond au taux de reproduction de la maladie. Autrement dit, c'est le nombre moyens de personnes infectées par un malade) est très encourageant. Le r0 de Guyane est de 0,7, il est en dessous de celui de la métropole actuellement, où il est de 1,7. On est pratiquement en phase 4 dans l’Est. Sur le littoral ça descend. Il faut surveiller l’Ouest."
Le R0 n’est -il pas faussé par la baisse du nombre de personnes qui se font tester ?
"Non car le R0 n’est pas calculé sur le nombre de tests mais entre le nombre de patients testés et contaminés.
Sur la baisse du nombre de tests effectués, il y a deux aspects : la gestion de la contamination, et la compréhension des choses. On a une responsabilité vis à vis de la population. On ne soigne pas quand on ne comprend pas. Se satisfaire de demie-information est une erreur. Plus on teste, plus on va au devant de la présence du virus, plus on sait à quoi on est confronté, et plus on peut adapter des mesures efficaces. La politique de l’autruche n’est jamais une bonne chose.
"
Lors du passage du ministre des Outre-mer, vous lui avez remis vos préconisations, notamment une demande de mise en place d’un nouveau protocole de soins. Quels ont été les retours ?
"On attend le retour jusqu’à présent. Le protocole de prise en charge que nous préconisons est un dispositif anticipant le passage du patient en phase 2. C’est d’avoir une orientation hospitalière avec deux, trois, voire quatre jours d’avance par rapport à l’émergence des symptômes."
Une pré-hospitalisation ?
"Au lieu d’attendre que le patient soit déjà en détresse, il s’agirait de détecter de manière précoce le passage en complication et l’inclure dans un dispositif de soins de manière précoce et donc plus efficace. On l’a vu en Guyane, ce que le professeur Jossou du CHC a mis en place de manière pro-active sans attendre, avec l’usage d’anticoagulant et Dexaméthasone, a permis d’avoir des résultats. On a vu les effets que ça a pu avoir sur la réduction de la létalité du virus. "
Faut-il selon vous se focaliser sur le pic ?
"On a appris depuis le début de crise à être pratiquement hypnotisé par les chiffres épidémiologiques. L’épidémiologie c’est très intéressant car ça permet d’adapter les moyens hospitalier à appliquer, mais ça ne résume pas tout. Loin de là. C’est très intéressant de suivre l’évolution épidémiologique, mais ça ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt."
Vous dites que le Covid n'est pas le fléau que l'on a cru qu'il était ? 
"À son apparition, le Sida a été perçu dans le monde entier comme un fléau, une espèce de condamnation à mort. On attend toujours le vaccin promis. Puis est arrivé l’AZT, le premier traitement antirétroviral. On est alors passé d’un fléau à une maladie infectieuse, que je ne souhaite à personne, mais qui est gérable et avec laquelle les gens peuvent vivre. On est dans la même logique vis-à-vis du Covid. Il a d’abord été un coup de massue qui a touché la planète. On ne sait pas s’il y aura un vaccin un jour, mais il y a des traitements simples. Les anticoagulants, les corticoïdes, des choses que l’on connait depuis longtemps. Ces traitements, qui peuvent être optimisés, déclassent ce fléau en maladie infectieuse avec laquelle on pourra vivre. Vivre normalement, comme avant. "
Sans masque, sans gel ?
"J’en ai l’intime conviction. Tout l’effort de ce comité est d’être un Think tank, de prévoir les étapes à venir, et d’imaginer des solutions pour que l’on sorte de cette situation dont nous percevons les contraintes dans notre vie. Vous imaginez ne plus jamais aller au restaurant, aller boire un verre avec vos amis ? On ne peut pas se satisfaire de cette situation, donc il faut trouver une solution."
Tant que l’épidémie aura cours au Suriname et dans l’Amapa, elle ne s’arrêtera pas en en Guyane ?
"Oui et non. Il y aura toujours cette pression extérieure difficile à gérer au regard de la porosité des frontières. Mais encore une fois on a des solutions, comme ce dispositif de repérage des situations Covid de manière présymptomatiques, en analysant les eaux usées. Si vous pouvez prévoir l’émergence d’un cluster huit jours avant, alors ce ne sera pas pire qu’une gastro ou une grippe… Si on peut intervenir en amont, isoler les clusters, on a gagné. Avec une démarche précoce, la létalité du Covid deviendra celle d’une maladie infectieuse banale. On pourra revivre et c’est le but."


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