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SANTÉ

Serville : . « Je ne prône pas la vaccination. Je ne prône pas non plus le refus de celle-ci »

Xavier-Paul Le Pelletier Vendredi 27 Août 2021 - 20h16
Serville : . « Je ne prône pas la vaccination. Je ne prône pas non plus le refus de celle-ci »
Les équipes de Gabriel Serveille, président de la CTG en visite pour constater la situation de la tension au sein du CHC - DR

 En pleine promotion du comité citoyen de la transparence, dont il a motivé la mise en place auprès des autorités de l'État, Gabriel Serville a visité le centre hospitalier de Cayenne, le CHC. Il revient pour France-Guyane sur cet épisode dont certains aspects ont pu prêter à polémique. Notamment quant au refus initial de sa vice-présidente à la Santé, Patricia Saïd, de respecter le port du masque. Entretien.

 Vous avez finalement pu visiter les services de l’hôpital, pourquoi avoir tenu à constater de vos propres yeux cette situation ?
J’ai toujours été en avant de la lutte contre le coronavirus et j’ai souvent pris des positions pour expliquer combien il était important de respecter les mesures barrières. Lorsque j’ai énoncé récemment que je prendrai l’initiative de me rendre sur le site de l’hôpital, une autorité a mal compris le fait que j’ai envie de savoir et de voir différemment. On m’a répondu qu’il fallait savoir se faire confiance. Je lui ai rétorqué que la confiance est nécessaire, mais qu’elle n’exclut pas le contrôle. Mon propos n’a peut-être pas été bien reçu, mais j’ai tenu à me rendre sur place pour rencontrer l’ensemble des personnels. L’idée que je souhaitais défendre est qu’on ne peut pas élaborer une stratégie de défense contre le virus, si toutes les parties en présence ne sont pas d’accord sur le diagnostic.
Vous souhaitiez accéder aux services de réanimation, cela a-t-il été possible ?
Oui, pour pouvoir élaborer une réponse adaptée entre tous ces partenaires, il nous faut parler le même langage. On voit bien sur le terrain que les difficultés que nous avons à nous faire vacciner émanent de nos interprétations qui sont trop divergentes. J’ai donc pu visiter les services des urgences mais aussi de réanimation où j’ai échangé avec des personnels de différents niveaux. Ce qui m’intéressait n’était pas de produire un jugement critique mais bien de me rendre compte de la différence d’appréciation des uns et des autres selon leur niveau de positionnement au sein de la structure. C’est à travers ces échanges que j’ai pu constater les divergences d’appréciations.

L’objectif n’est pas de remettre en cause ce que disent les médecins ou ce que pourrait dire les infirmiers ou les aides-soignants. Je voulais simplement me rendre compte des choses afin de pouvoir expliciter les raisons qui m’ont motivé à proposer au préfet la mise en place de ce comité citoyen de la transparence. Il s'agit de faire en sorte que l’on réunisse des personnes émanant de la société civile, du monde associatif, engagés dans la vie citoyenne, qui vont se retrouver et porter un regard plus précis sur la façon d’établir l’état des lieux. Je parle des chiffres, de croiser les événements, quant à la manière dont l’épidémie évolue en Guyane. Peut-être que ce comité pourra se poser des questions sur la pertinence des choix de traitements qui ont été fait à un moment donné…
Parlez-vous de traitement médiatique ou de traitement clinique ?
Je parle du traitement clinique, mais cela peut aussi bien être le traitement médiatique. Certaines personnes ne font pas preuve de l’objectivité suffisante dans leur manière d’aborder le traitement du problème. Souvent, on pourra constater notre subjectivité dans le regard qui est porté, c’est pour cela que j’ai clairement indiqué ne pas souhaiter faire partie du comité, au même titre que d’autres sommités qui n’y seront pas présentes. L’idée est de laisser la parole aux citoyens pour qu’ils aient la capacité d’analyser et de faire des propositions aux décideurs que nous sommes. Cela me semble nécessaire afin de pouvoir nous retrouver sur le chemin du dialogue. Le dialogue en lui-même, devra déboucher sur un travail de construction de la solution à laquelle on peut espérer qu’un maximum de personnes vont adhérer. Car aujourd’hui, il faut bien se rendre compte que la parole publique, qui souffre depuis les tergiversations de mars 2020, a perdu de sa force et ne fait plus vraiment autorité. On le voit bien au travers des manifestations, non seulement ici, mais au-delà du territoire national, à travers le monde. Ce sont des événements qui témoignent d’une sorte de césure entre cette parole publique et ce qu’acceptent les différentes populations que nous sommes.
Selon vous, les manifestations auxquelles ont a pu assister récemment reflètent-elles l’opinion guyanaise ? Sont-elles d’une ampleur suffisante pour la représenter ?
Je ne suis pas là pour rentrer dans ce débat que ce soit d’un point de vue quantitatif ou qualitatif. Mais nous nous rendons tous bien compte qu’il se passe quelque chose. Quand on nous annonce des grèves en-veux-tu en-voilà, c’est bien que quelque chose ne tourne pas rond. Ce que nous devons rechercher avant toute chose est de comprendre les ressorts de certaines positions et de voir comment nous pouvons mettre en place une véritable pédagogie vers ce qui serait une vérité partagée par un maximum de personnes. Mais aujourd’hui nous ne sommes pas du tout dans cette configuration-là. Quand je le dis, je ne donne tort ou raison à personne. Mon ambition est que les partis en présence soient capables de regarder de manière objective un certain nombre d’éléments. Que ce comité soit capable de détailler les choses, de les décortiquer et de nous faire part de son analyse. Ce, afin que nous soyons à terme en capacité de nous parler à nouveau et éviter de sombrer dans une situation comparable aux Antilles.
Il s’agirait donc pour ce comité de donner une appréciation quant aux messages et mesures portés par le gouvernement ?
Ce comité pourrait faire émerger quelques suggestions, ne serait-ce qu’en termes de communication. Pour cela il faut être au moins deux, un émetteur et un récepteur. S’ils ne sont pas synchronisés, cela créé des parasites. Je me dis que peut-être il y aurait des conclusions sociales, sociétales ou anthropologiques à tirer pour notre territoire. Une étude pour comprendre la nature de certains refus. Mais l’idée n’est pas de faire une étude qui dure sur plusieurs mois, il y a effectivement de vraies urgences à accompagner les personnes malades.

Je ne prône pas la vaccination. Je ne prône pas non plus le refus de celle-ci. J’ai eu des positions sur l’utilisation de la pharmacopée. Ça vaut ce que ça vaut, je n’ai jamais dit que c’était LA solution. Mais pourquoi ne pas mener des réflexions dans cette direction afin de sortir du schéma de l’opposition frontale en vaccinés et non-vaccinés ? Il nous faut casser cette logique d’affrontement. S’il y a des experts dans leurs domaines de compétences en Guyane qui accepteraient de se mettre ensemble pour pouvoir porter un regard précis et partager sur cette situation : cela ne pourrait que nous rendre service.
Comment réunir les conditions afin de garantir que ce comité puisse refléter la diversité guyanaise ?
Je n’ai pas d’a priori quant au profil des personnes qui seront intégrées. L’objectif est bien d’associer toutes les sensibilités et certaines expertises dans des domaines de compétence précis. Mais pas des individus ayant eu pignon sur rue depuis le début de cette crise et qui ont tenté d’infléchir l’opinion publique par leurs prises de positions. Nous gagnerions à ce que ces personnes-là ne se positionnent pas dans ce débat. Préfecture et ARS ont lancé un appel à manifestation d’intérêt. Une fois que nous aurons recueilli l’ensemble des candidatures, nous allons nous réunir pour faire une première sélection, la préfecture d’un côté, la CTG de l’autre. Il s’agira ensuite pour nous de croiser ces sélections afin de pouvoir constituer cette petite équipe. L’idée est de ne pas s’enfermer dans des contraintes matérielles. D’autant que ce comité n’étant pas statutaire, nous aurons donc toute latitude pour l’organiser afin qu’il rende le service qu’on attend de lui.
Votre visite a pu faire débat sur les réseaux sociaux, notamment car votre vice-présidente en charge de la Santé y a été vue sans porter de masque au sein de l’hôpital. Elle a fait part d’un état de santé qui l’y contraignait, est-ce pour autant une raison suffisante pour aller outre des règlements sanitaires admis par tous ?
Le plus important est de savoir quelle a été ma position vis-à-vis des gestes barrières.
Peut-être est-ce vous qui l’avez incité à porter ce masque que des témoins affirment l’avoir vu mettre à contre-cœur ?
J’ai posé la question à Mme Saïd pour comprendre comment en étions-nous arrivés à cette situation. Elle m’a expliqué avoir le masque avant de rentrer dans l’enceinte de l’hôpital et elle a eu le réflexe de l’enlever avant le début de la visite, ayant des difficultés à respirer. Elle était en train d’étouffer littéralement, le port du masque peut entrainer dans de pareils cas de très graves séquelles. Nous étions tout à fait au début du tour lorsque la remarque lui a été faite. Très gentiment, les personnels que je remercie lui ont proposé un masque FFP2 qui facilite la respiration, n’étant pas écrasé sur les voies respiratoires.
Leur capacité de filtration étant bien plus élevée que sur les masques ordinaires, les retours d’utilisation sont que ces derniers nécessitent plus d’efforts respiratoires…
Il y a la capacité de filtration, mais aussi la forme sur le visage. Nous ne sommes pas tous égaux devant ces contraintes et ce masque FFP2 lui a permis d’être tout à fait en règle.
Sa présence était-elle indispensable étant donné le risque que comporterait une telle détresse respiratoire ou encore une exposition au Covid ? Sans parler de celui qu’elle peut représenter pour les autres en cas de contagiosité...
Vous avez raison, sans le masque elle pouvait constituer un danger pour les autres et je lui ai d'ailleurs demandé de le remettre, ce qu'elle a fait. Il aurait au minimum fallu présenter un test PCR négatif. Quant au risque pour elle-même, Mme Saïd étant déléguée aux questions de Santé, elle a considéré que sa présence était indispensable. Pour la suite, je suis sûr qu'elle continuera à être, comme elle l'a toujours été, attentive à préserver la santé de ses collègues lorsque nous travaillons ensemble et pour les autres en général.
Au sortir de cette visite, votre sentiment sur l’ensemble des témoignages qui vous ont été adressés était-il plutôt à une tendance à s’alarmer du fait que ce soient des personnes non vaccinées qui contractent des formes graves ou plutôt que des vaccinés puissent en avoir ?
J’ai tout entendu, à commencer par la détresse des soignants vis-à-vis de la difficulté de leurs conditions de travail. J’ai entendu des soignants désolés de voir le peu de personnes vaccinés, j’ai également entendu des personnes qui avaient le sentiment que les gens mourraient plus vite face à un virus plus violent. J’ai aussi entendu des soignants me dire qu’il y avait plus de décès en raison de la fatigue du personnel. Mais j’ai surtout entendu beaucoup de détresse, aussi bien des aides-soignants que des chefs de services ou des administratifs. On ne saurait nier qu’il y a là un vrai problème. Va-t-on rester éternellement dans ces complaintes ou ne faudrait-il pas plutôt nous donner les moyens d’avoir une structure à même de pouvoir dire les choses et de les faire comprendre à Paris ? Qu’il faut changer de méthode et donner à la Guyane les moyens de soigner ses patients ! L’adage dit « lorsque le savant montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Je ne veux insulter personne, mais j’aurais voulu qu’au moment où on décide de regarder véritablement en face un vrai problème -et qui concerne le monde entier,-que les gens s’attardent sur des polémiques ; je trouve cela dommage. Là n’était pas l’essentiel de ce que je veux mettre en place avec l’accord du préfet et des autres forces en présence. Il nous faut continuer à porter l’information, c’est le plus important aujourd’hui. Que ceux qui vivent en Guyane et qui cherchent à apporter une contribution active pour aller vers la transparence nécessaire à réunir les Guyanais puissent le faire dans ce cadre que nous sommes en train de définir. En y parvenant, nous aurons tout gagné.

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33 commentaires

Vos commentaires

Bouyon Wara 31.08.2021
Affligeant

Quand on est à ce poste-là, on se mouille. Sacré leader...

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DRED31 30.08.2021
PASS VACCINAL

On pourrai aussi faire en sorte que la Guyane qui est un département Français applique les lois Françaises et la mise en place du Pass Vaccinal.
Chacun fait comme il veut mais en application des lois.
Tu ne veux pas de vaccin, tu te retrouve restreint.
Tu es vacciné, le pass te permet l'accès au resto, bar, ...
C'est peut être contraignant pour certain, mais c'est pour le moment la meilleure solution pour sortir de tout ça.

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Rudy M. 30.08.2021

"Je ne prône pas la ceinture de sécurité en voiture. Je ne prône pas non plus le refus de la porter" ...

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g6d 30.08.2021

Il ne prône pas, mais il trône au sommet de l'exécutif territorial. Nous, les Guyanais, nous ne sommes pas prêts de nous prendre en main, sans la tutelle de la Métropole. N'en deplaise à tous nos Komités, grand parleux, petit faiseux( expression métropolitaine)

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HIHIHI 30.08.2021
Alors...

Il est pas magnifique notre président!!!

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siage 30.08.2021

Magnifique et en plus il ne prone pas, comme on pouvait le craidre

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jesaispas 30.08.2021
comite citoyen

OK pour ce comité citoyen
Mais il existe encore le conseil scientifique crée par RA ?
ET PUIS IL FAUT CRÉER UN COMITÉ CITOYEN POUR LA TRANSPARENCE DE L'ARGENT UTILISÉ ET DES EMPLOIS OCTROYÉS A LA CTG
Transparence partout CTG Mairies ....

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Thibault Loupec 29.08.2021
Un comité de transparence sans les concernés: quelle bonne idée!

Et donc dans son comité de transparence, il va donner la main à « des personnes émanant de la société civile, du monde associatif, engagés dans la vie citoyenne »... Il s’agira donc d’un groupe qui ne connait rien à la maladie et qui se documente sur les réseaux sociaux ? Ce sont eux qui vont évaluer la pertinence des choix de traitements ? Ce sont eux qui vont oser avoir la prétention de vérifier les chiffres de l’ARS, et donner des directives sur la situation sanitaire en Guyane ?? Non mais vous êtes sérieux ?!
Je me console un peu en lisant que ceux qui ont "tenté d’infléchir l’opinion publique par leurs prises de positions" n’en feront pas partie. Il n‘y aura donc aucun camarade de l’UTG ni aucun petit copain de groupe "Trop violans" puisque selon ce critère, ils sont de fait exclus.
Ca promet.

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ththomas 30.08.2021

On n’y voit pas de différence avec Roro et sa bande de diplômés d’amateurs...

De toute façon, la ctg n’a aucun pouvoir sur les mesures.

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Thibault Loupec 29.08.2021
Dr Serville n'est pas à jour

Nous avons un décideur qui décide de ne rien décider, qui choisit une cuisinière comme déléguée à la santé... Etre balayeur à la NASA fera-t-il de moi un astronaute ?
Non le masque chirurgical n’écrase pas les voies aériennes, le masque FFP2 ne facilite pas la respiration: avec moins de fuites, la résistance à l’inspiration et à l’expiration est légèrement plus importante au contraire. Mme SAID veut simplement marquer son mépris pour les gestes barrières et les soignants qui l’entourent.

Vous parlez d’interprétations différentes mais le Pr Kallel est pourtant factuel : en 2021, 208 hospitalisations en réa pour covid, 60 décès, 58 non vaccinés. Il n'y a pas d’interprétations possibles. Pourtant contrairement à ce que vous avancez, la Guyane a les moyens de soigner ses patients: la médecine préventive par la vaccination! Malheureusement on ne voit pas directement ses effets : un patient qui aurait dû mourir du covid et qui n’est pas décédé grâce au vaccin ne se balade pas dans la rue avec une pancarte « Le vaccin m’a sauvé »

Ce n’est pas parce que vous ignorez les autres pistes thérapeutiques qu’elles n’existent pas. A l’heure actuelle, plus de 700 études cliniques dans le monde portent sur des traitements contre le Sars-Cov-2, pas seulement sur les vaccins. Mais pour le moment aucun autre traitement n’est aussi sûr et efficace contre les formes graves.

Lorsque le savant montre les faits et les preuves, l’idiot regarde Facebook.

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ththomas 30.08.2021
Vaccination mais...

Oui le vaccin est la seule solution. Mais...

L’efficacité réelle des vaccins qu’on administre est moindre que dans les études menées et financées par les labos, notamment pour les variants.
Les vaccins actuels permettent que de cibler une seule protéine du virus.

Et de plus, la population se doute sûrement des conflits d’intérêts possibles.

N’est ce pas plus préférable l’usage d’un vaccin à pathogène désactivé, qui cible tous les protéines du virus, et qui fournirait probablement une efficacité plus importante pour les variants? ( comme le prône le Prof Raoult).

Et qui rassurerait plus la population à faire le pas.

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