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Législatives 2022

Quelles sont les réponses et les nouvelles questions offertes par les résultats du premier tour des législatives en Guyane ?

Gérôme GUITTEAU ; g.guitteau@agmedias.fr Dimanche 12 Juin 2022 - 19h51
Quelles sont les réponses et les nouvelles questions offertes par les résultats du premier tour des législatives en Guyane ?
A l'école Léonço de Cayenne, on réfléchit jusqu'au dernier moment pour voter. - G. Guitteau

Les attentes étaient nombreuses par rapport au scrutin de samedi. Dans une semaine, le dernier suffrage universel avant 2026, si on exclut les Européennes de 2024 aura lieu. Apparemment, une partie de la population guyanaise n'a pas souhaité laisser passer l'occasion d'envoyer un message clair autant en direction de la place Héder que de Suzini.

Qui a gagné la guerre froide entre Rodolphe Alexandre et Gabriel Serville ?
Si l'un était les États-Unis d'Amérique et l'autre l'URSS, on pourrait répondre la Chine. Clairement, aucune hyper puissance n'émerge du scrutin des législatives du samedi 11 juin. Les deux sortent affaiblis des urnes.

Boris Chong-Sit n'a pas à rougir de sa défaite aux législatives. Il échoue à 259 voix malgré la présence de deux candidat-e-s proche de son électorat. Il reconnaît sa défaite au micro de Leïla Chérubin-Jeannette de Guyane la 1ère. - G. Guitteau

Boris Chong-Sit a fait remarqué aux médias qu'il n'avait fait campagne qu'avec une vingtaine de personnes loin de ce que pouvait offrir le soutien des 300 militants à jour de cotisation de Guyane Rassemblement. L'unité du parti a été remise en cause avec la participation d'Alix Madeleine malgré sa défaite aux primaires du parti où il n'avait pas recueilli plus de dix voix. Samedi, il cumule 344 votes alors que Boris Chong-Sit rate le second tour pour 259 votes.

Aïssatou Chambaud, Gabriel Serville et Thibault Lechat-Vega à la mairie de Rémire-Montjoly samedi. - Elias HALILE-AGRESTI

Du côté de Gabriel Serville, malgré la supposée jeunesse de son candidat et la jeunesse de son parti Peyi Guyane, le résultat des urnes ne peut pas le contenter. Thibault Lechat-Vega recueille plus de voix que Nouvelle Force de Guyane, LFI-Guyane Insoumise, PSG/Walwari/Guyane écologie, Rudy Stephenson, soutenu par Jean-Paul Fereira dans une sorte de renouveau de l'Ageg (À gauche en Guyane). Peyi Guyane sort donc des urnes comme le second parti de la majorité territoriale derrière le Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES).
Plus grave, l'unité qu'il a mis en place par une méthode proche de celle de François Hollande au parti socialiste s'est effritée après les sorties sur Radio Peyi, puis en conférence le lendemain, de son cinquième vice-président, Philippe Bouba (voir ici).
Peyi Guyane donne à son tour une conférence de presse, lundi à 16 heures au QG de campagne, ancienne permanence du député Gabriel Serville, à Cayenne.

Karine Cresson-Ibris, VP de la CTG rentre les votes annoncés par Samantha Cyriaque, autre VP lors de la soirée électorale au QG de Jean-Victor Castor. En arrière-plan on devine Xavier Nelson et Rayline Robeiri de la cellule communication. - G. Guitteau

Le MDES qui a déjà deux vice-présidentes dont la cheffe du groupe Réussir à l'assemblée territoriale, Samantha Cyriaque vient de gagner de la légitimité quand il faudra que Gabriel Serville arbitre les litiges en vu de 2027 et sa réélection.
C'est le moment, le MDES a fêté ses trente ans. Il a fallu le temp de la pédagogie mais le peuple est prêt. Les électeurs ont envoyé un message clair. Celui d'une prise de conscience depuis 2017 puis en mettant en place Gabriel Serville à la CTG. Les candidats de la droite sont hors jeu”, constate Samantha Cyriaque, membre du MDES depuis ses quinze ans.

Une participation en hausse qui a changé la donne ?
Yvane Goua lors de l'inscription de sa candidature à la préfecture. Personne ne le savait, mais elle indiquait déjà la route toute tracée vers le second tour des législatives à moins que cela soit celle du Palais Bourbon. - DR

Avant de répondre, regardons les chiffres par rapport à 2017. Dans la première circonscription, on a une hausse de 2,42% de la participation soit 2957 voix en plus. Yvane Goua comptabilise 3122 votes. CQFD.
La candidate avait disposé des assesseurs dans tous les bureaux de vote, au moins de Cayenne (30/33). Sa campagne 100 % terrain avec une utilisation parcimonieuse des médias et des réseaux sociaux est uen réussite certes. Mais c'est surtout son engagement infaillible contre le gouvernement et la préfecture depuis 2017 qui l'amène au second tour.

Éline Grand-Émile et Jean-Victor Castor seront au second tour des législatives samedi 18 juin. - G. Guitteau

Du côté de Jean-Victor Castor, on réalise exactement le même pourcentage que Fabien Canavy en 2012, 17,30% mais avec 427 voix de plus, ce qui n'est pas une progression folle en soi. Mais si on convient que le profil de l'électorat d'Yvane Goua est proche de Jean-Victor Castor, le message donné par les électeurs est limpide.

Notons, par ailleurs qu'au premier tour en 2017, Joëlle Prévôt-Madère et Gabriel Serville avaient tous les deux dépassé les 3500 voix.
L'étiolement des votes avec 18 candidat-e-s plus la présence de deux profils très proches, représentant le milieu de l'entreprise et des professions libérales, autrement dit la bourgeoisie, par Boris Chong-Sit et Joëlle Prévôt-Madère a facilité la présence du MDES au second tour. Nous pouvons aussi ajouter la présence d'Alix Madeleine sur cette liste.

Le scrutin de samedi 18 juin s'annonce très serré
Dans la seconde circonscription, la participation est la même. 1 914 électeurs en plus, par rapport à 2017, se sont déplacés puisque le nombre d'inscrits augmentent inlassablement en Guyane.
Davy Rimane réalise une réelle percée. Il améliore de 509 voix son score de 2017 soit 1,30% de mieux tandis que Lénaïck Adam ne progresse que de 160 voix. Le député sortant perd donc 5 points par rapport à 2017.
Lénaïck Adam et Davy Rimane s'affrontent pour la troisième fois au second tour des législatives. - DR

Lors du scrutin de 2017, qui n'est pas le dernier scrutin, puisqu’un deuxième round avait été organisé en 2018, Davy Rimane avait remonté son retard du premier tour de 1 595 voix pour échouer à 56 votes.
Au vu de la défiance contre la politique du président Macron, le scrutin de samedi 18 juin s'annonce très serré. Manuel Jean-Baptiste apporte déjà son soutien “naturel” à Davy Rimane soit déjà 1 425 voix. On attend la consigne de vote de Christophe Yanuwana Pierre et ses 1 312 voix.
L'extrême droite s'implante-elle en Guyane ?
Dans la seconde circonscription, Jenny Bunch de Debout la France et Virginie Thomas du Rassemblement national (RN) cumulent 4,87% des suffrages. La première originaire d'Iracoubo réalise un tiers de ses voix dans sa ville natale tandis que la seconde réalise la moitié de son score à Kourou. On ne saura jamais avec certitude qui a voté pour elle dans la ville spatiale donc nous n'écrirons rien à ce sujet. Ce qui est certain c'est que l'étiquette a suffi à attirer les voix sur le nom de Madame Thomas, inconnue en Guyane.

Jérôme Harbourg du Rassemblement national est venu apporter son soutien à Jean-Victor Castor. Il est reçu, devant le QG, à Cayenne par Fabien Canavy de dos, codirecteur de campagne, Maurice Pindard et Xavier Nelson, de dos, t-shirt blanc. - G. Guitteau

Dans la première circonscription, Jérôme Harbourg, RN dépasse les 5%, une barre symbolique. Ses frais sont donc remboursés. Il devance Peyi Guyane sur Rémire-Montjoly et réalise 8,42% des voix à Roura. Est-ce que cela suffit à dire que le Rassemblement national s'implante alors que ce qui pourrait s'apparenter à une gauche radicale s'impose largement ?
La France insoumise a-t-elle transformé l'essai ?
Là, la réponse est plus évidente. Dans la première circonscription : non ! Encore une fois, dans un scrutin local, les partis nationaux ne remplissent pas les urnes de Cayenne à Saint-Georges.

Philippe Bouba, troisième en partant de la droite, et son comité de soutien regrettent le manque de solidarité de La France insoumise à leur égard. - G. Guitteau

Philippe Bouba réussit à dépasser les 5 %, mais avec cinq voix de moins que le RN. Un crime de lèse-majesté difficile à avaler pour l'ancien anarchiste. Son intervention à Radio Peyi, le soir même puis sa conférence de presse le lendemain ont été deux occasions de régler ses comptes avec Thibault Lechat-Vega. Le feuilleton de l'investiture par LFI national a fortement handicapé la campagne de Philippe Bouba qui est parti tard, sans annonce officielle. Son comité de soutien s'est créé en catimini puisque la presse n'avait pas pu assister à la première réunion.
On peut comprendre le courroux du porte-parole du Grand Groupe d'Action des Insoumis-es de Guyane. Ses soutiens tractent dès qu'ils le peuvent sous la pluie battante d'une météo capricieuse depuis septembre dernier. Avec succès en avril et un échec cuisant en juin.

Dans la seconde circonscription, Davy Rimane perce clairement. On attend la consigne de vote de Christophe Yanuwana Pierre qui avait le soutien du Nouveau parti anticapitaliste, de Guyane écologie et du parti communiste français. Le groupe d'action LFI de Saint-Laurent l'avait choisi au détriment de Davy Rimane et donc du soutien de LFI.
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