France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
Marc Del Grande, préfet

« Le préfet doit être à portée de main, de voix, de proximité avec la réalité... et d’engueulade »

Propos recueillis par Pierre-Yves CARLIER Mardi 12 Novembre 2019 - 03h35
« Le préfet doit être à portée de main, de voix, de proximité avec la réalité... et d’engueulade »
Le préfet Marc Del Grande lors de sa prise de fonction, en août. - BERNARD DORDONNE

À l'occasion des cent premiers jours de sa mission en Guyane, Marc Del Grande fait le point sur les principaux sujets qui touchent le territoire. Il revient sur les problèmes de sécurité, sur le développement économique et sur les relations avec les collectivités locales.

Cela fait cent jours que vous êtes préfet. Quels sujets vous ont le plus sauté aux yeux depuis votre arrivée ?

Un chiffre m’a sauté aux yeux quand il a été publié par l’Insee : 53 % des 18-29 ans en Guyane n’ont ni emploi, ni formation. Dès lors que ces jeunes ont grandit dans des communes isolées, le risque d’appartenir à ces 53 % augmente. C’est un point majeur pour l’unité et la cohésion de la Guyane.

Que propose l’État face à ce constat ?
Le gouvernement a créé le plan d’investissement dans les compétences (PIC). Sur quatre ans, 67 millions d’euros lui sont dédiés. En année pleine, cela permet de financer 3 500 parcours de formation. Ce sont des moyens financiers considérables. Pour qu’ils soient le mieux adaptés aux besoins, chaque semaine se réunit un groupe de travail composé de la CTG (Collectivité territoriale), Pôle Emploi, le SGAR (secrétaire général aux affaires régionales), la DJSCS (direction de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale), la Dieccte (direction du travail) et désormais La Poste. La Poste va nous aider à identifier tous ces jeunes et essayer de les convaincre de rentrer dans ce parcours de formation.

La note d’analyse sur Montagne d’or relativise les reproches faits au projet. Quelle est la position de l’État ?
La position de l’État est connue et invariante depuis le premier conseil de défense écologique : le projet Montagne d’or ne se fera pas parce qu’il est surdimensionné par rapport à son environnement et qu’à notre sens, il ne remplit pas les standards environnementaux nécessaires en forêt amazonienne. Il faut que nous soyons capables de nous saisir collectivement de la réforme du code minier pour moderniser le droit des opérations minières, qu’il nous permette d’être plus réactif, de mieux piloter les projets, qu’il soit moins source de contentieux et favorise une exploitation aurifère qui soit durable et intégrée aux enjeux de la forêt amazonienne. À l’évidence, c’est possible. J’ai visité le laboratoire Ecofog la semaine dernière. J’ai vu comment il était possible de revégétaliser les parcelles déforestées.

En matière de mines illégales, n’y a-t-il plus de destruction de puits de mine depuis le décès des trois militaires ?
Cela va reprendre. Mais avant, il faut que les FAG puissent disposer d’expertises suffisamment précises pour être sûr que ce type d’accident ne se reproduise pas. L’idée est que ces destructions puissent reprendre désormais vite.

Il y a vingt ans, la question de l’orpaillage illégal était-elle aussi sensible ?
Nous débutions la lutte. On se rend compte du chemin qui a été parcouru. Tous les services sont désormais engagés dans cette lutte. Celle-ci est globale pour bloquer les flux logistiques. Nous contrôlons depuis le mois de septembre un flux sur l’est. Le maillage du territoire est complet, interministériel, 24h sur 24, 365 jours sur 365, complétés par des patrouilles en forêt profonde et les implantations du 3e Régiment étranger d’infanterie (3e REI) et du 9e Régiment d’infanterie de marine (9e Rima). Sans ce travail remarquable des Forces armées de Guyane, de la gendarmerie nationale, du Parc amazonien de Guyane et plus généralement de tous les services de l’État, l’orpaillage illégal ne serait pas contenu comme il l’est actuellement. D’ailleurs, un certain nombre d’études d’origine non étatiques montrent bien que, sur le plateau des Guyanes, c’est en Guyane que les choses sont les plus contenus.

Présenterez-vous un bilan de la lutte contre l’orpaillage illégal en début d’année ?
Oui, nous ferons un bilan. Et avec le procureur de la République, nous cosignerons un plan pour l’année 2020.

Que contient ce plan ?
Ce sera un plan opérationnel qui couvrira tout le spectre de la lutte contre l’orpaillage illégal. Y compris le volet économique et le volet diplomatique, qui inclut les relations avec les autorités surinamaises. Je me suis rendu le 18 octobre à Paramaribo pour porter une parole forte et résolue de l’État en Guyane pour améliorer la qualité des eaux du Maroni dont la turbidité est à un niveau sans doute jamais atteint. Il est indispensable de travailler avec les autorités surinamaises pour améliorer très vite cette situation.

Comment expliquez-vous ce niveau de turbidité « jamais atteint » ?
Chaque pays est souverain chez lui et doit balayer devant sa porte. J’ai appelé l’attention des autorités surinamaises au moyen des photos très explicites. Les choses doivent bouger et la situation pour les riverains de part et d’autre du Maroni doit s’améliorer très vite.

Cela vient-il moins de chez nous que de chez eux ?
75 % des sites illégaux découverts dans le Parc amazonien de Guyane se trouvent aux abords du Suriname. C’est ce discours que j’ai porté aux autorités surinamaises. Non pas pour donner des leçons de morale mais pour qu’ensemble nous trouvions les voies et moyens d’une amélioration opérationnelle rapide.

Avez-vous trouvé une oreille attentive et intéressée ?
Oui, mais nous devons approfondir le sujet. La réunion du 18 octobre doit être suivie d’une autre le 13 décembre à Sait-Laurent du Maroni. Nous sommes prêts à améliorer les échanges d’informations avec les autorités surinamaises, mais nous serons sur ce sujet des interlocuteurs ouverts mais exigeants.

En matière de coopération, Dominique Voynet est dubitative sur la santé. La coopération sur les déchets n’avance guère...
Avant d’avancer sur les autres sujets, je veux d’abord clarifier la situation en matière de coopération policière.

En matière de sécurité, quand on est préfet en Guyane, se demande-t-on tous lesmatins ce qui va nous tomber sur la tête ?


D’abord, nous tenons des réunions de sécurité deux fois par semaine. Nous lisons tous les messages issus des synthèses de la police et de la gendarmerie, pour savoir ce qui se passe et essayer de déceler des tendances, de manière à pouvoir être réactifs, de manière à pouvoir adapter le dispositif. Ce dispositif est la preuve d’une grande solidarité de l’Hexagone avec la Guyane. Nous disposons de moyens importants, sept escadrons de gendarmerie mobile, notamment. Ce sont des moyens qu’il nous faut appliquer au mieux sur le terrain, en fonction du contexte guyanais qui est très évolutif.

Avez-vous le sentiment que la sécurité est un sujet de préoccupation plus ou moins important qu’il y a vingt ans ?
Nous sommes au même niveau de préoccupation. La Guyane a toujours eu un avantage comparatif important en matière de paisibilité publique par rapport à ses voisins. Les Guyanais veulent garder cet avantage comparatif. Ils ont bien raison. L’État souhaite aussi que cet avantage comparatif perdure. Il nous faut des moyens. Je considère que nous les avons. Simplement, nous devons nous efforcer de les utiliser au mieux. Nous avons un sujet sur la sécurisation des abords des établissements scolaires qui a fait l’objet d’une réunion fructueuse la semaine dernière entre le les forces de sécurité intérieure et les chefs d’établissement.

Le président de la République s’est récemment exprimé sur les reconduites à la frontière, ce que vos prédécesseurs n’évoquaient plus guère en Guyane. N’y a-t-il plus d’objectifs chiffrés ?

Si ! Nous mettons en œuvre la politique gouvernementale appliquée à la Guyane : une volonté très forte de maîtriser les flux migratoires avec une priorité vers les éloignements lointains. Reconduire à Albina ou Oiapoque, ce n’est sans doute pas la chose la plus intéressante. Nous avons augmenté les éloignements lointains de plus de 20 % et nous augmentons le nombre des non-admissions. Cela permet d’obtenir les mêmes effets que les reconduites proches mais avec une procédure plus légère (pas de placement en rétention).

Où reconduisez-vous au Brésil et au Suriname ?

Pour l’instant, nous le faisons sur des vols commerciaux, mais nous espérons pouvoir faire des vols groupés à assez brève échéance avec l’arrivée d’un nouvel opérateur en Guyane.

C’est-à-dire que vous reconduisez à Bélèm et Paramaribo...

Nous reconduisons en Haïti aussi. Reconduire un Haïtien à Albina parce qu’il est passé par le Suriname ou le reconduire en Haïti, ce n’est pas le même signal que nous envoyons à la communauté haïtienne. De même que reconduire à Bélèm n’est pas la même chose que reconduire à Oiapoque.

Maintiendrez-vous le rythme contre les squats ?

Nous menons des opérations antidélinquance plusieurs fois par jour dans les squats. Notre action dans les squats est permanente. S’agissant du démantèlement des squat, nous avons débuté en septembre avec Leblond puis le Mont Fortuné, en toute proximité de la réserve naturelle à Matoury. Nous poursuivrons cette politique, sur un rythme mensuel, partout où c’est nécessaire dans l’Île de Cayenne ou ailleurs.

Quelle réponse sera donnée à Sablance, à Macouria ?

Nous regardons les choses. Tous les squats feront l’objet d’une expertise. Mais si on fait un démantèlement de squat par mois, cela viendra. Notre politique n’est pas une politique d’entêtement. Elle est équilibrée entre une grande fermeté pour maîtriser les flux migratoires, lutter contre les squats les plus insalubres et les plus générateurs d’insécurité, et la délivrance de permis de séjour pour ceux qui sont les plus proches du travail et de la tranquillité publique. Plus on est proche du travail et de participation au destin collectif en Guyane, plus on a des chances de pouvoir rester sur le territoire guyanais. La Guyane n’a pas les moyens d’accueillir tous les irréguliers du secteur.

En matière de lutte contre la pêche illégale, avez-vous les moyens ?

Oui. Comparons les patrouilleurs P400 et les patrouilleurs Antilles-Guyane mis en service il y a deux ans. Nous avons sauté deux générations. Nous avons des moyens d’intervention rapides, fiables, modernes, avec des équipages très engagés, les vedettes de la gendarmerie maritime, les moyens de la Direction de la mer. Nous avons une capacité de manœuvre importante avec la possibilité de monter des opérations renforcées. Maintenant, l’adversaire s’adapte et devient plus violent. Il faut adapter nos modes d’action et nous le faisons.

En étant plus violent ?

Non, en adaptant nos modes d’action. Il faut trouver les bonnes façons de faire. Il faut que nous soyons percutants, en respectant les règles d’un pays comme le nôtre, très attaché à l’Etat de droit et qui fait attention à la sécurité des personnels qu’il engage.

En mer, y a-t-il un risque que la pollution pétrolière qui touche le nordeste brésilien touche nos côtes ?
Cette pollution, apparue fin août au Brésil, est suivie de très très près. Si nous avions un doute quelconque sur l’éventuelle arrivée de nappes, nous prendrions toutes les mesures nécessaires. Et nous avons du matériel prépositionné en Guyane que nous pourrions très vite déployer. Des patrouilles aériennes sont régulièrement conduites sur la base des photos satellites pour surveiller les abords des eaux guyanaises.

Le 1er janvier arrive bientôt. Le permis de chasse sera-t-il mis en place ?

Je recevrai assez vite les représentants des chasseurs. Je l’ai dit : la mise en place du permis de chasse sera progressive et pédagogique. En aucun cas ce permis ne doit être considéré comme un enquiquinement supplémentaire. C’est une façon, pour l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en lien le plus étroit possible avec les représentants des chasseurs, de faire de la formation pour les plus jeunes et en réalité pour éviter les accidents de chasse. Il y en a encore eu un il y a quelques jours à Apatou (lire notre édition du 14 octobre).

Le 1er janvier, la réforme des services de l’État sera-t-elle bouclée ?

Nous ne passerons pas de l’ombre à la lumière le 1er janvier. Ce sera forcément progressif. Le CSPI (le centre services partagés interministériels) est déjà dans ces nouveaux locaux. La mission foncier s’installera courant décembre. Peut-être d’autres courant février. Le calendrier peut évoluer en fonction d’éventuelles difficultés. Mais lorsqu’on fait une réforme, il faut bien fixer une date de changement des organigrammes. Ce sera le 1er janvier. Cette réforme est tournée vers le service rendu aux collectivités et aux Guyanais. L’idée est bien que les projets puissent aboutir le plus vite possible. Cette réforme est et sera conduite avec les représentants du personnel.

L’idée reste-t-elle d’installer un maximum de services à la caserne Loubère ?

Oui, cette idée perdure. Le nombre exact d’agents qui travailleront sur le site n’est pas encore fixé, c’est un peu trop tôt pour le dire. Les fonctions support seront sans doute installées à Loubère. Les études seront affinées en début d’année et le processus de décision sera collectif et sera tenu compte de l’avis des représentants du personnel.

Où sera-installé le préfet ?

Ce n’est pas encore fixé, je souhaite que le lieu d’installation du préfet tienne compte de sa fonction de médiation, de régulation et du grand attachement des Guyanais pour la fonction préfectorale et la fonction est identifiée ici aux Palmistes. Il me semble que le préfet doit être à portée de main, de voix, de proximité avec la réalité, et si vous me le permettez, à portée d’engueulade. Ce n’est pas en restant dans un bureau éloigné que l’on est interpelé par la réalité.

Où peuvent vous retrouver ceux qui veulent vous engueuler ?

Je joue au foot le dimanche matin. Si je prends un but de ma faute, tout le monde le sait.

Le préfet est beaucoup plus exposé que dans l’Hexagone...

Ce qui est motivant. Nous sommes obligés d’être à fond.

Par rapport à votre précédent séjour, il y a vingt ans, quels changements vous ont le plus marqué à votre retour ?

Nous avons construit, collectivement, l’État, les collectivités locales, les porteurs de projet privés, beaucoup d’infrastructures publiques et privées de grande qualité en Guyane depuis vingt ans. J’intègre les logements sociaux. C’est une évidence pour l’observateur extérieur qui revient en Guyane, et c’est plutôt positif.

Malgré tout, les besoins de logements augmentent plus vite que les constructions. Des outils permettraient-ils de rattraper ce retard ?

Nous sommes dans un contexte où il peut y avoir plus d’obstacles que dans l’Hexagone. Mais tous les outils pour parvenir à optimiser la construction de logements sociaux sont sur la table. Nous avons un établissement public foncier et d’aménagement en Guyane (Epfag), qui fonctionne. La ligne budgétaire unique (LBU), comme le président de la République s’y est engagé, est provisionnée en rythme de croisière à 60 millions d’euros par an. Nous devons être capables de dépenser cette enveloppe. Nous étions autour de 50 millions d’euros (de consommation des crédits). Nous devons nous en approcher. Nous avons toutes les mesures d’incitation fiscale, dont le nouveau crédit d’impôt. Nous avons des opérateurs, Simko, Siguy, dont l’actionnariat d’État a été repris par le Caisse des dépôts et consignations. Ce qui pouvait être un frein, c’est la mise à disposition de foncier. Notamment dans le cadre de l’opération d’intérêt national (OIN). Nous multiplions les commissions d’attribution foncière. Pour l’OIN, pour les collectivités, pour le secteur agricole, pour nos compatriotes bushinenge et amérindiens. Le rôle de l’État est de veiller à ce que tous ces outils et toutes ces structures travaillent au mieux et en réseau.

Le BTP peut-il produire plus ?

Je ne pense pas qu’on ait atteint les limites en la matière. Il faut que le système soit capable de pousser le secteur du bâtiment dans ses retranchements. Nous devons avoir une capacité de production plus importante. Sur plusieurs années, on dépasse les 1 300 logements financés et on augmente nos capacités de production. À Saint-Laurent du Maroni, l’OIN peut donner l’impression d’avoir du mal à décoller, mais les projets arrivent. Les plans-cadres ont été établis sous la houlette de l’Epfag. Nous allons pouvoir démarrer, avec une capacité à promouvoir l’autoconstruction.

Les freins sont-ils levés ?

Pas tous. À Saint-Laurent, nous aurons la difficulté de pouvoir travailler sur des parcelles qui sont occupées. L’idée est d’avoir l’année prochaine quelques dizaines de parcelles en autoconstruction pour monter en puissance très très vite. Nous sommes aussi sur du logement très social : on met à disposition des toits et des murs et les locataires terminent les aménagements. J’ai vu cela sur la cité à Saint-Maurice. J’y crois beaucoup.

Vous multipliez les commissions foncières. Est-ce un moyen de pallier les difficultés sur le volet foncier de l’Accord de Guyane ?

Pallier ? Non ! J’ai été interpellé par les maires à mon arrivée sur le foncier dévolu aux collectivités locales. Plutôt que d’avoir des débats, sans doute un peu vains, sur qui recevra quoi, il a été décidé que l’Etat puisse transmettre un atlas de son foncier disponible et constructible. Cet atlas a été transmis il y a quelques semaines. Jusqu’à la fin de l’année, il est expertisé par les collectivités. Il s’agira ensuite de trouver très vite la meilleure façon de transférer ce foncier aux collectivités.

Quelle superficie a été recensée ?
Actuellement, il y a 3 300 hectares de foncier constructible disponible appartenant à l’État dans les communes.

Lors de votre tournée des communes à votre arrivée, les maires vous ont aussi interpellé sur leurs finances. En attendant les conclusions du rapport de Serge Patient, quelles pistes vous semblent envisageables ?

La remise du rapport est désormais imminente. Les deux parlementaires sont longuement restés en Guyane en septembre. Je crois que dès 2020, l’engagement du président de la République d’augmenter la dotation des collectivités locales d’Outre-mer à hauteur de 85 millions d’euros sur plusieurs années commence à être tenu. La dotation des 22 communes de Guyane doit pouvoir augmenter significativement.

Avez-vous bon espoir que la convention d’objectif et de performance soit signée d’ici la fin de l’année avec la CTG ?

Avec la CTG, nous avons décidé début septembre d’entrer dans un cycle de réunions hebdomadaires partenariales afin d’objectiver ses difficultés financières. Ce travail a bien avancé. J’ai bon espoir qu’on puisse préparer une convention d’objectif et de moyens qui soit réaliste, qui permette de consolider l’architecture financière de cette collectivité et qui lui permette d’être en mesure d’investir pour l’avenir en Guyane.

Cette convention peut-elle être résumée ainsi : « Vous maîtrisez vos dépenses de fonctionnement et de personnel, et l’État vous aide » ?

Non, ce sera plus compliqué que ça. Si les choses étaient aussi simples et caricaturales, nous aurions déjà agi. Il s’agit en réalité d’établir un partenariat de confiance où l’État incite la CTG à une gestion stable, saine et réaliste, tout en s’administrant librement.

S’agissant de la CTG, le gouvernement souhaite réviser la programmation pluriannuelle de l’énergie et de revoir le projet de l’usine du Larivot. Pourquoi ?

La PPE est issue d’une loi de 2017. Il faudra que cette révision soit utile. Le processus a été lancé par la CTG avec le soutien de l’État et la programmation devrait pouvoir être finalisée à la fin du premier trimestre 2020. Elle doit aboutir tranquillement, sur la base d’un travail sérieux. S’agissant du Larivot, le dossier est actuellement étudié par l’Autorité environnementale à qui je l’ai transmis il y a quelques semaines. S’agissant d’un investissement de 500 millions d’euros, il ne paraît pas étonnant que les autorités gouvernementales prennent le temps nécessaire pour prendre la meilleure décision possible pour l’avenir énergétique de la Guyane. Le résultat de ces arbitrages est attendu à brève échéance.

Dans notre édition de mardi dernier, les Moyennes et Petites Industries estiment que la révision de la loi pour le développement économique des Outre-mer leur a fait perdre 19 millions d’euros. Partagez-vous leurs estimations ?

Comme je l’ai dit lors d’une réunion mi-septembre avec l’ensemble des partenaires socio-économiques et des services de l’État compétents, nous ne saurons pas avant la fin de l’année si ces estimations sont les bonnes ou pas. La CGSS (sécurité sociale) finit le rattrapage du calcul avec les critères de 2019 des exonérations de charge depuis le début de l’année. Il y a eu un peu de retard à l’allumage, c’est vrai. La CGSS a d’ailleurs tenu compte de ces difficultés en suspendant les procédures de recouvrement forcé. Quant à dire par ailleurs que la Guyane va perdre ou gagner, nous ne les saurons qu’une fois que l’année 2019 aura été calculée complètement sur les critères fixés par la loi de finance de la sécurité sociale 2019. Nous le saurons en fait, soit en fin d’année, soit en début d’année prochaine. Ceci étant, je voudrais noter deux points : 2019 est une bonne année pour les entreprises. Il y a non seulement le nouveau calcul des exonérations de charges qui inclut le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) 2019, versé au fil de l’eau, et le remboursement, presque terminé, du CICE 2018, puisqu’il se versait avec une année de retard. C’était une demande des sociaux-professionnels qui estimaient que le CICE était trop compliqué et qui souhaitaient que l’aide de l’État pour la compétitivité des entreprises soit versée au fil de l’eau. C’est l’objet de la transformation du CICE en exonération de charges sociales. Mais nous regrettons tous les ratés du dispositif en début d’année. Je constate tout de même que la situation de l’économie guyanaise est plutôt bonne. L’emploi salarié augmente en Guyane, de manière plus forte aux Antilles. Mais encore une fois, la création d’entreprises n’est pas à la hauteur de l’augmentation de la population. Ensuite, un amendement a été adopté sur le PLFSS 2020 qui permet de passer de 1,7 à 2 SMIC la possibilité d’avoir des exonérations de charges renforcées. C’était une demande de l’ensemble des entreprises qui estimaient que le bonus des exonérations était tassé vers les bas salaires. Je referai un point début décembre avec les socio-professionnels pour analyser la situation et je ferai des points tous les trimestres

Le préfet Marc Del Grande avec les forces de sécurité, lors des Journées de sécurité intérieure, en octobre à Matoury. - BERNARD DORDONNE
Le préfet Marc Del Grande avec le nouveau commandant de la gendarmerie. - BERNARD DORDONNE
Le préfet Marc Del Grande avec Rodolphe Alexandre, président de la Collectivité territoriale, en août. - BERNARD DORDONNE

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
3 commentaires

Vos commentaires

Gérard Manvussa 12.11.2019

Le préfet a très souvent sa tribune dans ce journal. Est-ce à dessein ?

Répondre Signaler au modérateur
fakarangi 12.11.2019

Il devrait se pencher sur les arrêtés municipaux qui pourrissent la vie de certains cayennais, par exemple autorisation par madame le Maire du vacarme nocturne près des habitations comme les répétitions bihebdomadaires de Kassialata et bien en dehors de la période carnavalesque, car ceci dure désormais toute l'année.

Répondre Signaler au modérateur
fakarangi 12.11.2019

Il devrait se pencher sur les arrêtés municipaux qui pourrissent la vie de certains cayennais, par exemple autorisation par madame le Maire du vacarme nocturne près des habitations comme les répétitions bihebdomadaires de Kassialata et bien en dehors de la période carnavalesque, car ceci dure désormais toute l'année.

Répondre Signaler au modérateur
Sur le même thème
1 commentaire
A la une
1 commentaire
3 commentaires
1 commentaire
1 commentaire