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Annick Girardin, ministre des Outre-mer

« Le précédent plan logement n’a pas été à la hauteur »

Mardi 26 Novembre 2019 - 03h15
 « Le précédent plan logement n’a pas été à la hauteur »
Annick Girardin lors de sa visite en Guyane en septembre 2018. - Kathryn Vulpillat

Annick Girardin arrive cet après-midi pour une visite de quarante-huit heures.

Pour la première fois, vous avez assisté à l’intégralité de la journée des Outre-mer au congrès des maires. Le gouvernement a-t-il besoin de cajoler les élus locaux à l’approche des élections municipales ?

Pour avoir été conseillère territoriale pendant plus de dix ans, je connais l’ampleur de la tâche des élus locaux. Je travaille quotidiennement avec eux. Pour une ministre des outre-mer, c’est essentiel ! Ce sont eux qui portent la majorité des projets des territoires. Ce sont eux qui ont permis de rassembler et de mettre en œuvre les projets locaux issus des rencontres citoyennes lors des Assises des outre-mer.Ils sont désormais au cœur de la mise en œuvre de la Trajectoire outre-mer 5.0. 5 défis pour répondre aux enjeux de la transition écologique dans l’agenda 2030. 5 objectifs pour nos territoires : zéro carbone, zéro déchet, zéro polluant agricole, zéro exclusion, zéro vulnérabilité aux changements climatiques.A tous les élus qui voudront également porter cette trajectoire, je leur dis : allez-y ! L’État sera à vos cotés! C’est pour cela que le fonds exceptionnel d’investissement sera intégralement préservé durant le quinquennat. Ce sont 110 millions d’euros qui permettront chaque année à l’État de continuer à soutenir et déployer les projets structurants du quotidien. En 2019, cela représentait 4 millions d’euros pour la Guyane qui ont notamment permis d’améliorer le réseau d’eau potable de la communauté d’agglomération du Centre littoral, de réaliser d’importantes rénovations scolaires à Maripasoula ou d’électrifier des villages à Camopi. Il va doubler en 2020 pour atteindre ,25 millions d’euros.Je n’oublie pas que le rôle des élus locaux les expose parfois au feu des critiques. Plusieurs maires, en particulier de petites communes, m’ont fait part de leur désarroi notamment concernant leur manque de moyens budgétaires ou techniques. Je tiens à les rassurer sur ce point : le projet de loi de finances pour 2020 prévoit 17 millions d’euros afin d’augmenter le budget de fonctionnement des collectivités. Et il y a deux ans, le reversement de l’octroi de mer aux communes guyanaises leur a permis d’obtenir 27 millions d’euros supplémentaires.Pour eux, ce sont de nouvelles marges de manœuvre pour fonctionner et investir au bénéfice des Ultramarins ! Quant aux moyens techniques, j’ai majoré de 3 à 7 millions d’euros les crédits dédiés à l’ingénierie auprès de l’AFD pour 2020. Et gare aux mauvaises interprétations : je ne donne aucune leçon en évoquant le manque de moyens techniques. Le problème n’est pas detrouver les compétences mais plutôt de faire en sorte que la machine soit bien huilée entre les services des collectivités et ceux de l’État.Je le répète : l’État n’est pas un censeur, c’est un accompagnateur. À quelques mois des élections municipales, le gouvernement partage un objectif commun avec les élus du territoire : améliorer le quotidien des Guyanais. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de mon déplacement : assurer le suivi des actions concrètes menées depuis deux ans et demi.

L’Accord de Guyane prévoyait le transfert de 250 000 hectares à la CTG et aux communes pour des projets d’équipement et de grands aménagements comme la biomasse, et de 400 000 hectares peuples autochtones. Où en est ce dossier ?

Lors de l’Assemblée générale des Nations-Unis à New-York de septembre et de l’événement lancement d’alliance internationale pour les forêts tropicales, le président de la République a échangé très franchement sur ce sujet avec la délégation guyanaise invitée pour cette occasion et formée par le président de la Collectivité, le président du Parc amazonien, le président du Grand conseil coutumier. Nous avons partagé le même constat : dans l’Accord de Guyane signé le 21 avril 2017, l’annonce des 400 000 hectares a été faite sans que sa mise en œuvre n’ait été entièrement anticipée. Comment s’y prendre ? Faut-il céder ou fragmenter l’ensemble ? Avec quelles perspectives de préservation de la forêt et de développement des communautés ? Nous nous sommes accordés sur le fait que la méthode devait être revue. Le gouvernement adonc choisi de lancer une mission sur cette question du foncier pour proposer des innovations juridiques qui conviennent à tous pour répondre à ce défi de cession du foncier et de préservation de la forêt. Ce sujet sera bien évidement évoqué lors de la rencontre organisée jeudi avec le Grand Conseil coutumier.Vous savez, nous nous sommes engagés à accomplir les mesures de l’Accord de Guyane. Jem’y suis engagée. Presque la moitié sont pleinement réalisées, soit 80 des 171 mesures. 93 % sont en cours de réalisation. Ce n’est pas suffisant. Je continuerai de tout mettre en œuvre pour parvenir à toutes les faire aboutir, pour montrer aux élus du territoire et aux dizaines d’associations signataires de l’Accord qu’elles ont toute la considération de la République.

Lorsqu’en juillet, vous avez annoncé une mission d’inspection sur le sujet des suicides chez les Amérindiens, le collectif Jeunesse autochtones de Guyane vous a reproché de n’être« jamais venue à la rencontre » des communautés amérindiennes de Guyane. Le ferez-vous cette fois-ci ?

Face à cette tragédie qui touche la Guyane, la réponse doit à la hauteur des enjeux. L’État devra travailler aux côtés des amérindiens, en premier lieu le grand conseil coutumier, afin d’apporter une solution durable et acceptée par tous. À mon initiative, un appel à projet dédié aux outre-mer de plus de 3 millions d’euros pour les jeunes d’outre-mer a été lancé en juillet. Il porte sur les enjeux qui touchent les Guyanais au quotidien, tels que la prévention des conduites à risques et un meilleur accès aux soins. Un projet de plus de 650 000 euros a été déposé en Guyane. Il porte sur le bien-être des populations de l’intérieur et des populations amérindiennes. J’ai demandé à ce que les services de l’État puissent accompagner au mieux son développement. Et il est faux de dire que je n’ai pas rencontré la communauté amérindienne. Nous avions organisé une réunion avec les populations des communes de l’intérieur lors de mon premier déplacement en Guyane en 2017. Je rencontre le Grand conseil coutumier ce jeudi. Les seuils pour les exonérations de charges patronales font l’objet de nombreuses discussions dans l’actuel débat budgétaire.

Où en sont les discussions sur l’avenir de l’octroi de mer ?

Le président de la République a annoncé, lors de sa visite dans l’océan Indien le mois dernier, que l’octroi de mer ne serait pas supprimé durant le quinquennat. Il a notamment rappelé que si on le baisse ou on le supprime, on devra supprimer ce qu’il permet de financer, c’est-à-dire des services dont la population guyanaise a aussi besoin.

Pour ma part, je rappelle que l’octroi de mer est un outil de développement économique essentiel pour nos territoires. Il permet l’émergence de la production locale et finance de manière dynamique les collectivités locales.

L’Autorité de la concurrence vous a remis en juillet son rapport sur le fonctionnement des marchés d’importation et de distribution des produits de grande consommation Outre-mer. Comment va-t-il se concrétiser ?

L’Autorité de la concurrence a confirmé ce que les habitants d’outre-mer savent déjà : le coût de la vie y est plus élevé que dans l’hexagone. Notre réponse portera sur trois axes. Il faut déjà faciliter l’accès des ultramarins à la vente à distance. Il faut aussi refondre le bouclier qualité prix avec la création de trois paniers de produits distincts. Bien entendu, il faut également poursuivre les actions contre les pratiques d’exclusivité injustifiées. Ces mesures doivent être mises en place et évaluées en lien avec les Observatoires des prix, des marges et des revenus. Comme à La Réunion et en Martinique, l’observatoire guyanais intégrera prochainement des groupes de citoyens qui participeront aux travaux sur le coût de la vie et le pouvoir d’achat des habitants. J’ai chargé Francis Amand, délégué interministériel à la concurrence outre-mer, de mener des actions spécifiques pour nous aider à casser les monopoles et pour intensifier la diversification des produits proposés aux consommateurs ultramarins dans les magasins. Je tiens ici à rappeler l’importance de l’achat local. C’est lui qui produit de l’emploi pour le territoire !

Où en est le plan de relance de la pêche que vous avez proposé lors de votre visite en septembre 2018 ?

La pêche, c’est l’un des principaux leviers de développement économique de la Guyane. En septembre 2018, j’ai proposé un plan pour la pêche guyanaise en lien avec les élus et les acteurs économiques locaux. A quoi doit-il servir ? Il répond à trois objectifs ambitieux : développer les emplois du secteur, améliorer la transparence et mieux lutter contre l’illégalité.Ce plan comprend 85 mesures concrètes dont certaines sont d’ores et déjà mises en place. Par exemple, le démarrage prochain du chantier du port du Larivot, financé à 80 % par l’État et le ministère des Outre-mer y prend toute sa part. Ou le régime d’aide au renouvellement de la flotte de pêche pour financer à 60 % une première série de 4 navires de pêche côtière. Et nous étudions plusieurs pistes concernant les demandes de licences exploratoires pour la pêche aux thonidés. L’État sera vigilant concernant un éventuel recours temporaire à des navires vénézuéliens. Nous nous assurerons au préalable qu’il sera possible de limiter dans le temps ces licences étrangères, d’imposer un débarquement de l’intégralité de la pêche en Guyane, d’exiger une transparence totale de la part des transformateurs, et surtout d’accompagner vers une solution qui développe l’emploi en Guyane. Au total, il est prévu d’engager plus de 2 millions d’euros de travaux d’infrastructures en 2020. Dès le 1er janvier 2020, un agent d’État sera dédié exclusivement au suivi de ce plan. Il sera en quelque sorte le « Monsieur pêche » en Guyane et je pourrai lui demander directement des comptes. L’idée est aussi de prendre davantage en compte les spécificités guyanaises, notamment en maintenant la pression en matière de lutte contre la pêche illégale avec, autant que possible, un retour vers le territoire du produit de la vente des saisies.

Comment va se concrétiser le plan logement Outre-mer pour la période 2019-2022 en Guyane ?

La situation du logement en Guyane reste très préoccupante. Le précédent plan logement n’a pas été à la hauteur. Après 6 mois de concertation avec l’ensemble des partenaires, nous signerons avec mon collègue Julien Denormandie le nouveau plan logement outre-mer lundi prochain. L’objectif de ce plan est d’abord de rendre opérationnels et effectifs les financements qu’engage l’État pour le logement en outre-mer. Nous devons continuer à adapter notre offre aux besoins des territoires. C’est pour cela que nous avons rétabli l’APL accession en Guyane et dans les autres territoires d’outre-mer dans le budget 2020. Il était évident que son arrêt avait eu des effets négatifs. C’est une victoire réelle pour la différenciation des politiques sociales en outre-mer ! Ce gouvernement prend l’engagement de maintenir à plus de 200 millions d’euros par an et durant tout le quinquennat le budget destiné exclusivement au logement en outre-mer. Cela représente plus de 40 millions d’euros de crédits disponibles pour la Guyane qui permettront d’améliorer les conditions de logement de milliers d’habitants. Ce montant sera de 60 millions d’euros en 2022. Et les acteurs de l’économie sociale et solidaire sont également mobilisés : Action logement propose un investissement en prêts bonifiés, en capitaux et en subvention de 1,5 milliards d’euros et CDC Habitat un investissement décennal de 6 milliards d’euros en faveur du logement social.

Comment s’assurer de la mise en œuvre de ces engagements ? D’abord en revoyant certaines de nos procédures, qui sont trop longues. En assurant ensuite une meilleure coordination des différents acteurs, ce que propose le plan qui sera dès le mois prochain décliné par territoire suivant une consultation locale. Enfin, en continuant d’assurer le suivi régulier comme je le fais à chacun de mes déplacements. En clair, les moyens et la volonté politique sont là. L’État est au rendez-vous pour relever le défi du logement guyanais. Pour la Guyane, il est clair que la priorité sera donnée à la construction de logements, aux opérations de résorption de l’habitat insalubre et donc à la création de nouveaux centres d’hébergement d’urgence.

Propos recueillis par Pierre-Yves CARLIER

Fleuves, coopération, économie et environnement

Aujourd'hui. À 19h, clôture de la conférence bio-plateaux, instance de coopération régionale sur les questions d'environnement des bassins du Maroni et de l'Oyapock, au Grand Hôtel Montabo, à Cayenne.

Demain. À 9h30, pose de la première pierre du lycée de Maripasoula ; 10h30, réunion avec le Grand Conseil coutumier ; 12h30, inauguration du centre de santé de Grand-Santi ; 17h, ouverture de la conférence de coopération régionale au Royal Amazonia, à Cayenne.

Jeudi. À 9h30, visite des locaux du Cirad à Kourou ; 11h30, rencontre avec les agriculteurs de Cacao, à Roura ; 14h, entretien avec Rodolphe Alexandre, à la CTG ; 15h30, intervention devant le conseil économique et social.

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