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Patrice Faure, préfet de guyane

« La structuration des filières économiques et la vitalité des entreprises créeront des emplois »

Lundi 24 juin 2019
« La structuration des filières économiques et la vitalité des entreprises créeront des emplois »
Patrice Faure, préfet de guyane - Bernard Dordonne

Le préfet de Guyane Patrice Faure passe en revue tous les dossiers d’actualités et parle sans langue de bois des grands projets du département.

124 jeunes sont en Guyane, département pilote, pour la phase de cohésion du service national universel (SNU). Quel est votre premier bilan ?

Très positif ! Le SNU est une occasion unique de découvrir un nouveau territoire, en s’appropriant les valeurs de la République au travers d’un séjour de cohésion qui leur laissera un souvenir inoubliable. Les activités proposées au-delà des formations, de l’apprentissage de la vie en groupe, du brassage des origines, sont uniques : découvrir la forêt amazonienne, assister à un tir de fusée, visiter le CSG, etc. Ils seront les meilleurs ambassadeurs de la Guyane à leur retour en Métropole

Vous avez regretté que les communes ne consomment pas les crédits d’investissement mis à leur disposition par l’État.Avez-vous constaté une prise de conscience des maires ?

S’agissant de la dotation d’équipement des territoires ruraux ou de la dotation de soutien à l’investissement local, 101 dossiers ont été déposés en 2019, dont 71 % étaient complets, contre 88 en 2018, ce qui dénote un effort des collectivités. En 2019, nous avons financé 42 dossiers dont au moins un par commune. Les difficultés résiduelles portent sur les taux de consommation des crédits qui restent faibles. J’ai demandé à mes services d’accompagner activement les communes pour qu’elles fonctionnent en « mode projet », mais les évolutions sont lentes. La mise en place prochaine de la plateforme d’appui aux collectivités territoriales sera un plus !

Le taux de chômage reste fort en Guyane. Pourquoi les projets prévus dans le plan d’urgence et dans le Livre bleu du président de la République prennent autant de temps à se mettre en place ?

Bien qu’ils soient tous engagés, inscrits dans des calendriers prévisionnels et entièrement financés (plan d’urgence et programme interministériel territorial de l’État pour le plan de convergence bientôt signé avec les collectivités), il est normal que les grands projets tels que des prisons ne soient pas finalisés deux ans après avoir été décidés. Par ailleurs, le PUG a engagé plusieurs millions d’euros pour des projets importants : citons le financement de la CTG pour lancer sa PPI, enveloppes annuelles pour la construction de logements sociaux (53millions d’euros en 2019) ou d’établissements scolaires. Le chômage reste important, mais la structuration des filières économiques et la vitalité des entreprises locales créeront des emplois. Je note déjà la diminution du chômage des jeunes grâce, notamment, aux dispositifs gouvernementaux.

Le président de la République a déclaré que les opérations Harpie lancées en février 2008, vont être repensées. Le modèle Harpie est-il à bout de souffle ?

Depuis 2010, Harpie est une opération permanente qui engage de façon continue entre 150 et 250 personnels simultanément. En octobre 2017, le président de la République m’a confié de repenser Harpie pour plus d’efficacité : c’est chose faite depuis l’été 2018. Harpie 2 est pleinement opérationnelle depuis l’installation, en préfecture, au 1er janvier 2019, de l’état-major de lutte contre l’orpaillage et la pêche illégales (Emopi) qui coordonne les actions décidées par le procureur de la République et moi-même dans les domaines répressifs, économiques, diplomatiques et sociaux. Les actions sur Cacao illustrent le fonctionnement d’Harpie 2 face à la résilience du phénomène et à ses conséquences pour les riverains. Depuis un mois, un dispositif de surveillance empêche le retour des garimpeiros et un opérateur légal s’est installé de façon pérenne. Dans le même temps, les forces Harpie élaborent un dispositif renforcé d’entrave des flux logistiques en provenance du Brésil et la coopération avec ce pays a permis de clôturer une enquête sur le recel de l’or extrait illégalement en Guyane. Enfin, j’annonce que, début juillet, un point de contact unique permettant à chacun de me transmettre les signalements pertinents en matière d’activité liée à l’orpaillage sera opérationnel.

On ne vous a pas entendu sur le scandale de l’amiante au palais de justice. Avez-vous une date pour la pose de la première pierre de la cité judiciaire ?

Même si la préfecture est très investie aux côtés de la justice, il ne revient pas au préfet de se prononcer sur les difficultés que peuvent rencontrer les institutions judiciaires sur cette question. Il faut néanmoins souligner les efforts considérables consentis par les juridictions et les personnels pour en limiter les effets, au bénéfice des justiciables et de la Justice. Concernant la Cité judiciaire, la vente de la parcelle est actée, et les formalités en cours de finalisation. La maîtrise d’ouvrage est gérée par l’APIJ.

Comment sont stockés les déchets de l’amiante en Guyane ?

La responsabilité des déchets sur un chantier, amiantés ou non, incombe en principe au maître d’ouvrage. Les déchets amiantés produits ici sont exportés via une société agréée et autorisée chargée de cette mission. Plusieurs dizaines de tonnes (1 000 en 2018) sont exportées chaque année vers l’Hexagone. La progression des quantités est prise en compte dans les installations de transit actuelles et à venir avec, notamment, dans la future installation ISDND, la création d’un casier spécifique en application de l’arrêté du 15 février 2016.

Que pouvez-vous nous dire sur la nouvelle réforme de la police nationale en Guyane ?

L’arrivée du directeur de la PN, rattaché directement au DGPN bien que sous mon autorité en tant que service déconcentré de l’État, est prévue au 1er janvier 2020.

Il disposera de toute l’autorité hiérarchique et fonctionnelle sur les services de la sécurité publique, de la PJ, de la PAF et du RT. Il sera doté d’un état-major lui permettant de mutualiser les ressources et d’exercer un commandement unique. Cette réforme expérimentale répond aux enjeux spécifiques de la délinquance du territoire et permet plus réactive en temps de crise.

En parallèle, je m’assurerai d’obtenir de l’administration centrale les moyens nécessaires au secrétariat général pour l’administration de la police (SGAP) pour soutenir l’action des services de police.

La construction de l’hôtel de police sur le site de l’ex-campus est-elle retardée ?

Le projet progresse à un rythme soutenu. Nous avons tenu la semaine passée un comité de pilotage qui a permis de présenter aux services concernés l’avant-projet définitif, en présence des représentants de la maîtrise d’œuvre. Le projet doit être prêt fin septembre 2019. Nos échanges avec nos administrations centrales se poursuivent sur un mode fructueux. Un projet d’une telle ampleur nécessitera forcément des ajustements en cours de réalisation, mais en l’état nous respectons le calendrier fixé et nous espérons une livraison en 2021.

Vous avez eu un vif échange avec le président de la CTG Rodolphe Alexandre concernant le prix du carburant. Allez-vous faire baisser le prix de l’essence ?

Je signe mensuellement un arrêté fixant le tarif maximal de vente des carburants comme me l’impose la loi. Ce tarif est déterminé par trois critères : premièrement, les marges des grossistes et distributeurs (plus petite composante du prix, elle est fixe et stable). Deuxièmement, le prix de sortie de raffinerie : évolution mensuelle des cours mondiaux et de la parité euro-dollar ; identique avec les Antilles. Enfin, troisièmement, les taxes : octroi de mer perçu par les collectivités et la taxe sur les carburants (TSC) déterminée et perçue par la CTG. Il m’est impossible de sortir de ce mode de calcul qui ne dépend pas de moi. Seule la CTG peut réduire le montant des taxes qui peuvent représenter un tiers du prix au litre.

Avez-vous un bilan sur le premier semestre concernant la délinquance et la sécurité en Guyane ?

Pour les six premiers mois de 2019 les tendances sont favorables : stabilisation des atteintes aux biens, notamment avec violence, et baisse continue des cambriolages et vols roulotte (respectivement – 6 % et – 30 % par rapport à 2018). L’installation d’un escadron de gendarmes mobiles sur Cayenne fin 2016, l’augmentation des effectifs, la PSQ, les actions de prévention et les nombreux partenariats (entreprises, associations, municipalités, polices municipales) participent au quotidien à faire baisser la délinquance. Notre action sur les squats contribue aussi à cette amélioration. Depuis 2018, j’ai mené 12 opérations pour un bilan de plusieurs centaines d’habitations détruites et un millier de personnes expulsées. D’autres opérations sont programmées en exécution de procédures de justice ou en application des dispositions de la loi Elan qui me permettent d’évacuer des secteurs entiers.

Que pensez-vous faire contre ses individus qui s’exhibent sur les réseaux sociaux avec une arme ?

Ces faits relèvent de la justice qui seule peut se prononcer mais je sais que tous les signalements font l’objet d’une enquête dont il ressort parfois que les vidéos n’ont pas été tournées en Guyane car la fiabilité des contenus sur internet et les réseaux sociaux n’est pas totale. Depuis janvier, quatre ou cinq personnes ont été poursuivies, dont le jeune filmé en train de tirer en l’air à l’occasion du Nouvel An. Parallèlement, la mise en œuvre du permis de chasser en Guyane (6 000 délivrés ou en cours), qui m’incombe et suscite des polémiques inutiles alimentées par des fausses nouvelles, permettra de lutter contre la prolifération des armes, de réglementer leur vente et de limiter leur diffusion.

Le dispositif dit du ciblage que vous avez mis en place pour faire baisser les statistiques sur les saisies de drogue en Guyane a été retoqué par les juges du tribunal administratif de Cayenne. Allez-vous faire appel ?

La procédure qui vise à interdire l’embarquement d’une personne suspectée de se livrer au trafic transatlantique de stupéfiants est testée depuis la mi-février pour limiter le trafic de drogue et soulager la chaîne douanière, pénale et policière. Résultats : 382 personnes écartées des vols et près de 1 000 personnes qui ne se sont pas présentées à l’avion ce qui libère les forces de sécurité pour d’autres missions. Le tribunal administratif a annulé le 28 mai deux arrêtés en raison d’une motivation jugée insuffisante, mais sans contester la licéité de la procédure. Soucieux de respecter l’état de droit, j’ai demandé à mes services de suspendre le recours à ces arrêtés, le temps de modifier leur rédaction et de parfaire les procédures.

Où en sont les travaux du doublement du pont sur la rivière de Cayenne ?

Le nouveau pont, d’une longueur de 1 300 mètres environ, sera situé à 40 mètres en aval du pont existant et affecté au sens Cayenne-Kourou. Une voie verte à double sens permettra la circulation sécurisée piétons ou des cyclistes. Les études du projet de construction réalisées par le Cerema, ont été approuvées le 17 juin 2019. Un appel d’offres est en cours pour le recrutement d’un maître d’œuvre au 15 juillet 2019, lequel sera en charge des études d’optimisation du projet, de passation des marchés de travaux et de direction des travaux. Le démarrage des premiers travaux est envisagé à partir de la saison sèche 2020.

Des études complémentaires ont débuté pour disposer des données nécessaires à la suite du projet, notamment celles issues des travaux d’une plateforme sur pieu en cours de montage. Des essais sont prévus d’être réalisés d’ici à fin 2019 concernant les remblais techniques des accès au nouveau pont.

Propos recueillis par Bernard DORDONNE

Soucieux de respecter l’état de droit, j’ai demandé à mes services de suspendre le recours à ces arrêtés [de ciblage, ndlr], le temps de modifier leur rédaction et de parfaire les procédures.

Patrice Faure, préfet de guyane - Bernard Dordonne

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