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Gauthier Horth, directeur de la société Météor

« L’État organise l’orpaillage illégal »

Samir MATHIEU Samedi 22 Juin 2019 - 03h45
« L’État organise l’orpaillage illégal »
Gauthier Horth - Samir Mathieu

Le conseiller territorial d’opposition dénonce l’attitude de l’État face aux orpailleurs légaux. Il évoque Montagne d’Or, l’orpaillage illégal et le Parc Amazonien...

Il y a eu un enterrement symbolique de Montagne d’Or, samedi dernier. Ce projet est-il vraiment mort ?

Je n’en sais rien. L’introduction du dossier et le refus ont été décidés à Paris. Tout se fait à Paris. Je n’ai eu de cesse de dénoncer cette situation. Il n’y a pas à se réjouir ni d’une réponse favorable ni d’une réponse défavorable venant de Paris. Parce que quelle qu’elle soit, la réponse viendra de Paris et sera prise au regard d’intérêts extérieurs à la Guyane. Et moi, je ne défend que la Guyane. Est-ce que le dossier a des chances de refaire surface ? Je ne sais pas. Mais il nous faut être en capacité de décider sur ces affaires-là.

La Deal accorde les permis d’explorer...

Non, c’est le ministère. Il y a deux instructions : localement et à Paris. Un avis est émis localement, mais la décision est prise par le ministre.

Les autres gros projets, portés notamment par Auplata, ont-ils du plomb dans l’aile ?

Le projet porté par Auplata a un avis favorable. On parle d’une exploitation à bien moindre échelle que celle de Montagne d’Or. Pour les autres dossiers, j’attends de voir, mais je pense qu’il y a une compromission dans la durée. Le code minier sera revu, mais on n’en connaît pas la teneur. Le geste politique est clairement à l’encontre du développement de l’industrie minière en Guyane.

Et pour les artisans miniers comme vous ?

La Deal et la préfecture ont mené une chasse aux artisans et particulièrement aux artisans miniers guyanais, qui est, à mon sens, inexplicable et insensée. On a une chute du nombre d’attribution d’AEX aux artisans. La Deal a fait la chasse aux entreprises artisanales sous des prétextes techniques discutables et empêche les artisans de déposer des dossiers et d’avoir accès aux ressources naturelles. La préfecture laisse le terrain libre aux orpailleurs illégaux.

Vous dites que la préfecture laisse le terrain aux orpailleurs illégaux ?

Oui : la préfecture fait en sorte que les artisans de Guyane ne soient pas en mesure de déposer des dossiers. Nous assistons à la chute des demandes d’AEX, non pas parce que les artisans n’ont plus envie de demander, mais parce que ça devient impossible de le faire. Or on voit que les orpailleurs clandestins ouvrent de nouveaux sites. Ils se rapprochent du littoral. Face à ça, on va continuer de dénoncer, à coups de grands discours tous les six mois... Mais concrètement, sur quinze ans, les bilans de la lutte contre l’orpaillage illégal sont les mêmes. C’est-à-dire que le pillage est organisé, couvert par l’État et la lutte contre l’orpaillage illégal légitime le fait que l’on empêche les orpailleurs légaux d’obtenir de la terre. Finalement, écologistes, d’un côté, et État ,de l’autre ont un intérêt politique à ce que l’orpaillage illégal progresse et à ce que la mine légale n’avance pas.

Ce sont des accusations graves...

C’est la réalité. Je peux étayer ce que je dis. La meilleure preuve, c’est l’évolution des chiffres de la mine légale face à la mine illégale des vingt dernières années.

Vous avez obtenu les chiffres de l’orpaillage du Parc amazonien de Guyane...

Depuis 2016, date où je suis devenu administrateur du PAG, je demande à ce que le Parc publie les chiffres de l’orpaillage illégal en surfaces impactées. J’ai enfin obtenu les chiffres jeudi : 2 390 hectares sont ravagés, essentiellement dans la zone cœur. Je demande au Parc depuis deux ans de réhabiliter ces sites. Nous, opérateurs miniers, lorsque nous exploitons une zone, nous devons la réhabiliter, sinon nous n’avons pas le droit d’obtenir de titre pendant cinq ans. Le Parc occupe 30 % du territoire de la Guyane. Il faut qu’il assume la réhabilitation de ces surfaces, qui ont pu être pillées par sa défaillance.

Vous parlez de défaillance. N’est-ce pas plutôt manquement que complicité ?

Dix ans après, on ne peut plus parler d’impuissance. Il faut que le Parc assume qu’il est incapable de gérer 30 % du territoire. Dans ce cas, le seul but du maintien du statut de cœur de parc dans ces zones, c’est d’empêcher les Guyanais d’y accéder. Et pour moi, c’est la conclusion à laquelle on peut arriver : le seul but de ce Parc aussi grand sur l’ensemble de ces zones à potentiel aurifère, c’est que les Guyanais n’y aient pas accès. Et quand je demande la réhabilitation, ils me répondent : « Ce n’est pas possible, parce qu’on sait que les orpailleurs clandestins vont revenir après. » Je ne peux pas accepter ce discours.

Propos recueillis par Samir MATHIEU

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