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André Rougé, 21e élu sur la liste Rassemblement national, référent Outre-mer

« Il y aura des candidats RN aux municipales et aux régionales »

Samedi 01 juin 2019
« Il y aura des candidats RN aux municipales et aux régionales »
André Rougé RN - RICHARD DURAND

L’inspirateur du programme de Marine Le Pen pour l’Outre-mer revient sur les résultats, dans les territoires, du parti d’extrême droite aux élections européennes.

Votre liste sort en tête partout à l’exception de la Martinique et de la Polynésie. Comment expliquez-vous la résistance de ces deux territoires à vos idées ?

En Polynésie par une très forte implication du président Fritsch dans la campagne et, en Martinique par le fait que nous n’ayons pas de fédération et donc aucun représentant du RN pour y faire campagne. C’est une lacune que nous allons combler très rapidement. Malgré ça, nous sommes deuxième à deux points derrière la liste  « Loiseau-Macron ».

À quoi est dû votre succès dans les autres territoires ?

Je l’explique de deux façons, sur la forme et sur le fond. Sur la forme, je suis bien placé pour savoir que depuis le retrait de la vie politique de Jacques Chirac, l’Outre-mer est totalement laissé à l’abandon. Plus aucune personnalité politique d’envergure nationale ne s’y intéresse. Comme Jacques Chirac, Marine Le Pen a une passion pour l’Outre-mer et c’est, pour elle aussi, une passion personnelle. Bien avant l’élection présidentielle, elle m’a demandé de regarder de façon très active et très constructive une stratégie de fond pour l’Outre-mer. Après une consultation informelle d’élus et d’acteurs de la vie économique, j’ai travaillé avec une équipe de spécialistes de grande expérience à la rédaction des programmes présidentiel et européen qui, de l’avis général, sont très complets. De ce fait et sur la forme, nous avons été les seuls à avoir, dès la campagne présidentielle de 2017 un programme susceptible d’être appliqué du jour au lendemain, au travers d’une loi-programme sur vingt ans présentant de nombreux dispositifs de création d’emplois et d’équité sociale. Là où tous les gouvernements successifs sont restés dans des états généraux, des assises, la rédaction d’un livre bleu... dont on attend les résultats concrets... Par ailleurs, les nominations de ministres se sont faites au sein du gouvernement, en bas de l’échelle protocolaire. Les locataires de la Rue Oudinot n’ont plus aucune capacité d’action ou de décision. Repensez aux marges de manœuvre dont disposaient des ministres comme Louis Le Pensec, Bernard Pons ou Dominique Perben. Le premier à avoir déchu l’Outre-mer est Nicolas Sarkozy. Il a fait de l’Outre-mer un secrétariat d’État, puis un ministère délégué du ministère de l’Intérieur... celui de la police... Dans notre programme présidentiel, Marine Le Pen a prévu d’en faire un grand ministère d’État ayant compétence sur la mer. Il aurait barre sur les autres ministères et notamment Bercy, éternelle entrave à l’action de l’Outre-mer. Marine Le Pen entend ainsi rendre à l’Outre-mer la place qui doit être la sienne.

Du point de vue des électeurs, qu’est-ce qui les a attirés dans ce vote RN ?

Chacun s’accordera à reconnaître le mépris dont le président Macron a fait preuve vis-à-vis de l’ensemble des Français en général, mais des Ultramarins en particulier avec, notamment, l’emploi d’expressions inutilement blessantes. La désinvolture dont il a fait preuve sur des dossiers aussi importants que le chlordécone, les algues sargasses et, plus grave, le coût de la vie et la santé. Il y a eu un vote de réaction à l’égard de sa personnalité et de son comportement. Il y a, par ailleurs, un certain nombre de sujets prégnants comme l’immigration en Guyane, à Mayotte et maintenant à La Réunion avec l’arrivée de plus en plus régulière de migrants sri-lankais, l’insécurité qui va avec, et puis une situation sociale absolument intenable. Tout le monde sait que le coût moyen du panier de la ménagère ultramarine est 66 % plus cher que celui de la ménagère de Métropole. C’est une injustice sociale inacceptable qu’il convient de combler. Nous proposons une réforme en profondeur de l’octroi de mer car il est incompréhensible et injuste que les Ultramarins payent un double impôt ! On nous objecte que l’octroi de mer est destiné au financement des collectivités locales, mais il n’y a aucune raison pour que les collectivités d’Outre-mer ne soient pas soumises au droit commun et ne bénéficient pas de l’intégralité de la dotation globale de fonctionnement. Dans ce même esprit, nous proposons une TVA à taux zéro pour les produits de première nécessité.

C’est donc un vote sanction de la politique du président Macron...

Nos compatriotes d’Outre-mer ont envoyé un signal fort à ce gouvernement, y compris à Mme Girardin à Saint-Pierre-et-Miquelon. J’en profite pour dire que si elle connaissait le sens des mots dignité et honneur, elle en tirerait les conclusions qui s’imposent. Nos compatriotes d’Outre-mer veulent des actes ! Ils en ont marre d’être obligés de descendre dans la rue pour être entendus. Les derniers gouvernements successifs n’ont pris leurs décisions que dans l’urgence et sous la contrainte. Ça a été le cas avec les 500 Frères en Guyane, la grève générale à Mayotte l’an dernier, les gilets jaunes à La Réunion en décembre... Il a fallu tout ça pour que le gouvernement prenne des décisions... Décisions qui n’en sont d’ailleurs pas si l’on considère que l’accouchement des accords de Guyane est plus que poussif, que la situation est toujours aussi tendue à Mayotte où elle est même en train d’empirer... Rien n’a été fait non plus à La Réunion où Mme Girardin est venue deux fois faire des annonces qui n’en étaient pas !

Est-ce pour autant un vote d’adhésion à vos idées ?

Compte tenu des résultats déjà enregistrés lors du premier tour de l’élection présidentielle où Marine Le Pen, en cumul de voix, est arrivée en tête des Outre-mer, on peut désormais parler d’un vote d’adhésion. C’est d’ailleurs encourageant pour la suite des événements et nous avons bien l’intention de transformer l’essai à l’occasion des élections locales à venir. Il y aura des candidats aux élections municipales, départementales, régionales. Nous allons consolider nos positions, nous ouvrir vis-à-vis des maires sortants qui voudront bien parler avec nous, comme (la syndicaliste agricole guadeloupéenne) Maxette Pirbakas et moi le ferons avec tous les parlementaires européens ou nationaux qui souhaitent, par un travail commun, œuvrer pour l’intérêt général des Outre-mer. Nous entendons bien fortifier notre implantation dans les départements, régions et collectivités d’Outre-mer.

Plusieurs analystes considèrent que les Outre-mer ne sont plus des digues contre le RN, ce qui tendrait à démontrer que Marine Le Pen est parvenue à dédiaboliser l’extrême droite, que le RN n’est pas raciste. Qu’en pensez-vous ?

Les électeurs ultramarins ont répondu à ce mauvais et faux procès qui est fait au RN, dont je veux rappeler qu’il est un rassemblement patriotique et non un parti d’extrême droite. Marine Le Pen n’a rien à voir, de près ou de loin, avec cette notion de racisme qui lui répugne, et je vous rappelle que la marraine de sa fille est antillaise. Quant à moi qui ai fait mes armes avec les barons du gaullisme qu’étaient Alain Peyrefitte et Michel Debré, jamais je ne serais venu au RN s’il y avait eu le moindre doute ou soupçon sur le sujet. C’est aussi le cas pour Mme Pirbakas qui a été valorisée et élue ; elle était en 12e position. Il faut en terminer avec ces faux arguments qui n’ont pas lieu d’être.

Propos recueillis par FXG, à Paris

 

Sans être membre du Rassemblement national, André Rougé est l’inspirateur, l’initiateur et le corédacteur des programmes présidentiel et européens. Pendant ses études de droit, il milite au Parti des forces nouvelles (PFN). Puis il rencontre Alain Peyrefitte qui le présente à Michel Debré dont il sera le dernier assistant parlementaire et qui lui fait découvrir La Réunion. Il devient le coordinateur de la campagne présidentielle de Jacques Chirac pour l’Outre-mer en 1995. Ancien cadre chez Bouygues, il intègre plusieurs cabinets ministériel dont ceux de Dominique Perben (Outre-mer), Jean-Louis Debré (Intérieur) et Jean-Jacques de Peretti (Outre-mer). L’ancien premier secrétaire fédéral du RPR de Martinique, Alex Ursulet, ne garde pas un bon souvenir de lui : « Un homme qui avait déjà des penchants d’extrême droite. » En 2002, Alain Juppé nomme André Rougé secrétaire national aux Fédérations d’Outre-mer à l’UMP... Après les attentats de 2015, il crée les Horaces, un collectif de hauts fonctionnaires, anciens membres de cabinets ministériels, chefs d’entreprise au service de Marine Le Pen.

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