France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

Guerre de tranchées au sein de la future Fondation de l’esclavage

Mardi 09 avril 2019
Guerre de tranchées au sein de la future Fondation de l’esclavage
bvc - bvcbc

La plainte en diffamation publique du Comité national pour la mémoire et l’histoirede l’esclavage contre l’Institut du Tout-Monde révèle une fracture entre les acteursde la mémoire de l’esclavage et le mouvement décolonial.

Le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE) a publié en janvier sur son site un texte qui exprime sa position au regard de l’anti-esclavagisme et de l’antiracisme : « Le racisme est une conséquence de l’esclavage, mais il ne préexiste pas à celui-ci. On ne peut donc confondre les deux phénomènes, ni affirmer que la mise en esclavage cible précisément une catégorie particulière de la population. » Le CNMHE ajoute encore, au sujet de la future Fondation pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage présidée par Jean-Marc Ayrault, que « l’objet principal de la fondation n’est pas d’être une institution supplémentaire de lutte contre le racisme, où la dimension militante l’emporterait sur toute autre considération ».

« Manipulationinsidieuse »

Ce texte a immédiatement fait réagir Myriam Cottias, ancienne présidente du CNMHE. Loïc Céry, directeur du pôle numérique de l’Institut du Tout-Monde, s’en est fait le relais sur le site du blog de Médiapart. Il dénonce, dans la position affichée par le CNMHE, une minoration et une relativisation de la traite transatlantique dans une histoire globale. « L’avenir, écrit Loïc Céry, ne peut pas s’écrire avec ceux qui nient la spécificité irréductible de la traite négrière transatlantique. » Il va plus loin encore en dénonçant « une manipulation insidieuse et grossière de l’histoire » qui « tend à dissocier soigneusement la question du racisme et la mémoire de l’esclavage ». Il ne s’agit pas seulement, pour lui, d’un « détournement de la mémoire », mais d’ « une idéologie révisionniste [...] exprimant ouvertement une concurrence des mémoires, une relativisation de la traite transatlantique et un désengagement du combat contre le racisme ». Sa tribune de quatre pages use d’un ton vif et de termes éloquents pour désigner les membres du CNMHE : « révisionnistes patentés », « pseudo-historiens qui veulent mettre en place une racialisation de la mémoire » et encore « révisionnistes à la Faurisson »...

Décoloniaux et entrepreneursde mémoire

En retour, le CNMHE par la voix de son président, Frédéric Régent, a déposé plainte devant le procureur de la République pour injures et diffamation publiques. Résultat, le groupement d’intérêt public de la Mémoire de l’esclavage, de la traite et de leurs abolitions, préfiguration de la fondation, se trouve pris entre d’un côté les entrepreneurs de la mémoire comme le CM98, la Route des abolitions, les Anneaux de la mémoire et des historiens comme le président Frédéric Régent, et de l’autre ceux qui soutiennent l’Institut Glissant comme SOS Racisme ou les deux anciennes présidentes du CNMHE, Myriam Cottias et Françoise Vergès.

L’objectif inscrit au cœur du projet de Fondation pour la mémoire de l’esclavage et répété sans cesse par ses dirigeants est que tout le monde soit dans la fondation pour que les débats y aient lieux en interne, sans polémiques dans les médias et autres tribunaux... C’est visiblement raté ! Car après les déclarations de Doudou Diène dans Libération contre les hauts fonctionnaires, la droite, les Blancs et les catholiques, c’est au tour des « pseudos-historiens révisionnistes et négationnistes » du CNMHE d’être attaqués par l’Institut du Tout-Monde. Mais avec cette fois un plainte engagée, c’est bien la guerre au sein de la future fondation entre la mouvance décoloniale et celle des entrepreneurs de mémoire.

FXG, à Paris

 

Myriam Cottias estl’ancienne présidentedu CNMHE / photo FXG

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
Sur le même thème
1 commentaire
3 commentaires
A la une
1 commentaire