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Politique

Gabriel Serville : les actions prioritaires qu'il va mener

Iris Joussen Jeudi 1 Juillet 2021 - 15h33
Gabriel Serville : les actions prioritaires qu'il va mener

L’investiture vient d'avoir lieu. Gabriel Serville a désormais les clés de la CTG. Quel cap va-t-il lancer ? Quels chantiers va-t-il entamer ? Voici ses priorités.

La première contrainte : une cérémonie sous confinement. Comment va-t-elle se dérouler tout en respectant les gestes barrières ?

Nous avons été en pourparlers avec la préfecture toute la semaine. Celle-ci souhaitait que cela se déroule à huis-clos. Mais je ne voulais pas donner aux guyanais le sentiment qu’on leur volerait un moment de plaisir. Je mets ça en lien avec la ferveur populaire qui s’est manifestée dimanche et le taux de participation montrant que les guyanais aspiraient à un changement. Nous aurons donc le droit à 500 personnes à l’extérieur.

Quel est le climat avec les élus ? Comment se déroulent les attributions de postes?

On se voit cet après-midi pour une grosse séquence de préparation à la cérémonie d’investiture. Nous réfléchissons aux postes de vice-présidents. Ce serait bien de conserver la symbolique de notre affiche avec des trois têtes de liste. Nous cherchons la meilleure alchimie possible pour présenter à la Guyane une commission permanente digne d’intérêt. Nous voulons envoyer un signal fort.

Pour y parvenir, Jean-Paul Fereira comme 1er vice-président serait un juste retour des choses. L’Ouest a souvent été le grand oublié de la Guyane. Cela permettra d’envisager l’implantation d’une antenne de la CTG dans la région de l’Ouest. Un véritable travail de proximité avec l'Ouest deviendra alors possible.
Quelles seront vos premières décisions au moment d’entrer dans vos fonctions ?

Ce sera de procéder à un audit de l'état budgétaire de la CTG. J’ai appris mardi matin que la situation était relativement gravissime. La CTG risque d'être en état de cessation de paiement d'ici la fin de l'année. Je vais peut-être devoir partir à Paris pour rencontrer le ministre des Outre-mer et le ministre des économies pour y remédier. Cela aurait dû inquiéter les responsables en place.

Déclarer l’urgence démographique et procéder à un recensement de la population, est une autre priorité. Paris doit se rendre compte à quel point la Guyane a été lésée ces dernières années en termes de dotations par rapport à la démographie. Cela permettra également de mieux s’organiser et gérer ce territoire. Gouverner c’est prévoir, et on ne peut pas y parvenir si nous ne sommes pas en mesure de quantifier la population.

Enfin, je vais rencontrer le préfet pour accélérer le processus de réouverture des restaurants et des bars. Leurs représentants m’ont signifié mardi dernier que la situation empirait chaque jour. Je vais lui faire part du besoin de desserrer l’étau.
Le préfet annonçait une potentielle réouverture des bars et restaurants le 7 juillet. Faudrait-il aller plus vite ?

C’est un engagement verbal. Il a déclaré qu’il attendait que Paris donne le tempo… mais ce n’est pas à Paris de donner le tempo. Le préfet est suffisamment responsable, avec l’appui du monde scientifique et l’analyse des élus, pour être en mesure de prendre les bonnes mesures sans devoir se référer à Paris. C’est à nous de juger si nous pouvons relancer l’activité. La situation est inquiétante mais pas plus dramatique qu’avant. On ne va pas attendre que ces entreprises soient toutes en faillite pour réfléchir à une reprise d'activité et se dire qu’il va peut-être falloir apprendre à vivre avec le virus.

Je suis partisan d’une reprise d’activité avec des contrôles beaucoup plus stricts. Si des restaurateurs fautent, ils seront sanctionnés. Mais une sanction collective ne fait pas sens. Ça appelle à un sens de la responsabilité partagée mais un autre chemin est possible. Nous devons anticiper les désastres et désagréments qui ne manqueront pas de survenir dans quelques mois si nous ne réussissons pas aujourd’hui à prendre les bonnes décisions vis-à-vis des PME en profonde détresse.
Vous avez soulevé la question de l’évolution statutaire… une autre priorité ?

Ce n’est pas sain que des décision prises à 7 000 km engagent l’avenir du territoire. Dans un cadre statutaire différent, nous n’aurions sans doute pas eu besoin d’attendre que ce soit Bercy ou le ministre des outre-mer qui nous disent quoi faire.

Je me suis élevé contre le fait que les deux préfets de la Guadeloupe et la Martinique aient limité à deux les vols par semaine de/vers la Guyane. Nous devons rassurer l’extérieur et montrer que nous maîtrisons la situation. Peut-être arrêterons nous alors d’être vus comme des pestiférés.

La directrice générale de l’ARS ne peut tenir un tel propos puisqu’elle nous avait annoncé en mars 2020 que son objectif était d’augmenter sensiblement le nombre de lits en réanimation pour arriver à 66. Mais Dès que l’on arrive à 30, on s’en inquiète et on procède à des évacuations sanitaires en direction des Antilles. Actuellement, nous sommes à 38 personnes en réanimation. Nous n’avons donc pas atteint les objectifs fixés l’année dernière. Il n’y a pas eu les moyens matériels et humains nécessaires en Guyane. C’est pour cela qu’on a l’impression de toujours vivre une situation catastrophique alors que je ne pense pas que ce soit à ce point.

De plus, il y a des biais dans les indicateurs. Le taux d’incidence, par exemple, dépend du nombre d’habitants. Si ce dernier est sous-évalué, alors ce taux est faussé. J’estime qu’il y a au moins 350 000 habitants en Guyane donc à mon sens le taux d’incidence de 236 est surévalué. On est sur des a priori de calculs arithmétiques qui mettent en difficulté notre territoire. On devrait être plus rigoureux dans les calculs et dans la riposte à mettre en œuvre.
L’évolution statutaire implique la maîtrise du foncier…Comment allez-vous œuvrer pour parvenir à un autre mode de gestion ?

C’est un sujet imparable pour l’agriculture, le logement, les équipements structurants dont nous avons besoin. Ce n’est pas normal que l’on perde autant de temps pour la construction d’équipements sportifs, de collèges et de lycées parce que l’Etat « conserve jalousement » son foncier. Nous avons démontré juridiquement que la propriété de l’Etat est la conséquence d’une appropriation frauduleuse d’une terre, sans doute « vacante et sans maître » mais où vivaient des populations amérindiennes. On doit remettre l’Histoire dans le bon ordre de marche.

Nous allons donc poser le problème de manière apaisée et discuter d’un partage entre l’Etat, CTG, communes et ECPI pour parvenir à une vision convergente. Il ne s’agit pas de partir en guerre mais trouver des modes opératoires qui ne nous fassent plus perdre de temps.
Vous avez été le seul candidat à prendre en compte « l’urgence climatique » dans votre programme. Qu’allez-vous faire en ce sens ?

C’est une autre de mes priorités. Ce n’est pas tant le réchauffement qui pose problème mais ses conséquences. Des scientifiques émérites ont démontré que la Guyane pourrait être l’une des premières régions du globe à les subir de plein fouet.

Nous devons dès maintenant réfléchir à comment vivre ces changements. Ça va être difficile de demander aux guyanais de changer tout de suite de comportement mais j’espère – qu’en faisant la demande de manière répétée – ils pourront adopter de nouveaux modes de vie et de consommation. Mais quand on sait que seulement 0,9% des effets climatiques sont d’origine anthropique [NDLR : du fait de l’être humain], et que les 99% restants ne sont pas maîtrisables, nous allons continuer d’assister à une augmentation régulière de la température.

Il va donc falloir se prémunir des conséquences. On va devoir adapter nos modes de vie. Comment se répartir le territoire et organiser nos déplacements ? Comment construire nos habitations pour qu’elles soient des remparts contre les conséquences de ce réchauffement… Un tas de questions qui demandent à ce qu’on leur accorde une importance capitale.

Dès notre arrivée, nous allons porter ce projet à bras le corps avec les différents partenaires qui gravitent autour de cette problématique. Ce serait bien que nous soyons des précurseurs en la matière dans notre bassin géographique à l’instar de la Réunion qui a déjà cette réflexion.

Quelle va être votre position sur la question migratoire ?

Ce serait bien qu’on se mette tous autour de la table avec les consulats généraux, chambres consulaires, les associations qui s’occupent de l’accueil des migrants (HALDE, Croix-Rouge, CIMADE) pour voir ce que l’on peut faire au niveau national, régional et local pour accueillir ces gens. On leur remet des obligations de quitter le territoire mais on sait bien qu’ils vont rester, que leurs enfants seront scolarisés. Ils vivent à nos côtés dans la plus grande clandestinité. Ce pays est en train de fabriquer les parias des années à venir. Je crains qu’on se prenne en boomerang tous les effets négatifs de notre inaction actuelle. Nous pratiquons la politique de l’autruche.

De manière plus générale, nous devons travailler avec plus de respect et de solidarité. Je ne transige pas avec ces valeurs. Pour que la Guyane devienne un carrefour mondial de l’excellence, on doit tous être dans une dynamique d’ensemble où l’on aspire à de meilleures valeurs pour nous-mêmes, les autres, pour le pays. De l’extérieur, on nous verra différemment.

Pour ce faire, ce sont nous les élus qui devront porter un nouveau discours. Nous devons être un porte-drapeau pour éclairer le chemin de toutes ces générations de femmes et d’hommes qui viennent d’un peu partout et qui ne savent pas comment se positionner, à ne pas les discréditer, ni à les insulter comme cela a pu être le cas dans le passé. Amérindiens, bushinengues, haïtiens... Nous sommes un pays intègre, il n’est pas saucissonné en petites communautés. Les gens n’ont pas à être identifiés à raison de leur couleur de peau, religion, catégorie socio-professionnelle. Nous sommes dans une égale dignité. Ce sont les fondamentaux d’une vie en société. J’œuvrerai pour que les associations soient les porte-paroles de ces messages.

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4 commentaires

Vos commentaires

Garimpo 03.07.2021

« ...femmes et hommes qui viennent d’un peu partout.. » «...Amérindiens, bushinengues, Haïtiens... » les deux premiers apprécieront, la parole d’un St Lucien.

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Riri 02.07.2021

" Mais quand on sait que seulement 0,9% des effets climatiques sont d’origine anthropique [NDLR : du fait de l’être humain], et que les 99% restants ne sont pas maîtrisables, nous allons continuer d’assister à une augmentation régulière de la température. "
Ha ben fichtre ! D'après les scientifiques, plus de la moitié de l'augmentation de la température est due à des facteurs anthropiques. (http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/comprendre-le-climat-mondial/387)
D'où proviennent les chiffres de Mr Serville ?

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Garimpo 02.07.2021

Et quelle est votre position sur la vaccination ? ( je me substitue au journaliste frileu.)

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jayjay5 04.07.2021
a quoi sa sert

de savoir se qu'il pense du vaccin?? C'est une question personelle, sa regarde personne.

Soi dit en passant, en Gwada ils ont trouvez un remede (herbe a pic) au covid, mais comme par hazard, les autoritées ne parlent que de vaccin...

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