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Covid-19 : « Il faut préparer la Guyane à affronter un pic important »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Mercredi 25 Mars 2020 - 12h08
Covid-19 : « Il faut préparer la Guyane à affronter un pic important »
Pour le préfet Marc Del Grande, "le pire serait que toute vie économique s'arrête" - (archives France-Guyane)

Le préfet de Guyane Marc del Grande répond à nos questions et fait le point sur la crise sanitaire, alors qu'un couvre-feu a été instauré dans tout le département mardi soir. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à instaurer un couvre-feu ?
Globalement, les mesures de confinement tels qu’elles ont été annoncées par le président de la République ont été bien acceptées et respectées en Guyane, pour 90 % de la population. Mais dans certaines communes, les maires ont voulu instaurer un couvre-feu nocturne. Je souhaitais que l’on puisse organiser les choses au niveau du département, afin que les mesures de restriction soient lisibles pour tout le monde. Notamment les plus jeunes qui ne se rendent pas toujours compte. Mon équipe a appelé tous les maires, le président de l’association des maires, le président de la CTG et les parlementaires avant que je signe l’arrêté mardi après-midi.
La maire de Cayenne a mis en place un couvre feu à 20h et la préfecture à 21h. Pourquoi cette différence ?
J’ai bien sûr échangé avec Marie-Laure Phinera-Horth. Il a fallu s’adapter aux conditions particulières de chaque commune. Certains maires voulaient mettre le couvre-feu à 20h, d’autres à 22h… J’ai tranché pour 21h. L’important est que les polices nationale et municipale soient bien interconnectées.
Les forces de l’ordre sont-elles en nombre suffisant et suffisamment équipées pour ces missions ?
Les forces de l’ordre sont complètement mobilisées. L’un des effets « heureux » de cette crise sanitaire est qu’il y a moins d’accidents. L’ensemble des moyens de police et de gendarmerie est donc dévoué à la crise que nous vivons.

On voit des policiers et gendarmes nous contrôler sans masques, ne mettent-ils pas leurs vies et nos vies en danger ?
Pas du tout. La doctrine d’emploi des masques est claire, on met un masque lorsque l’on est malade, où que l’on présente des symptômes de Covid-19. Quand on est bonne santé, il faut surtout respecter les gestes barrières : se laver les mains et respecter une distance d’un mètre.
Le boulanger qui commence le travail à 1h du matin, comment fait-il ?
Il a le droit de circuler comme prévu dans l’arrêté. Tout déplacement professionnel est autorisé. Ça peut être le boulanger, l’infirmière qui se rend à l’hôpital, l’agriculteur qui a besoin de se déplacer pour vendre ses produits… Tous ces cas sont prévus, il suffit d’avoir une attestation.
27 cas déclarés mardi soir, sûrement de nouveaux ce soir. Est ce qu’il y a une estimation du nombre de cas que risque de connaître la Guyane in fine ?
Non, même Madame Soleil ne le sait pas. On ne peut pas faire ce type de projection, ce ne serait pas raisonnable. Il faut se préparer à un pic épidémique sans préjuger de son ampleur. Il faut préparer la Guyane à affronter un pic important. Nous avons un peu d’avance sur l’Hexagone. C’est une avance qu’il ne faut pas dilapider. C’est pour cela qu’il faut respecter le confinement.
Pourquoi autant de cas importés ? La majorité des personnes testées positif est passée par Orly, que s’est il passé ?
Il n’y a pas que des gens venant d’Orly, et pas que des "métros", qui ont été déclarés positifs au Covid-19. Tous ceux qui arrivent sur le territoire font l’objet de mesures de quarantaine. L’aéroport est un point clef, un dispositif rigoureux y a été mis en place. Cette semaine, il n’y aura que trois vols Air France reliant Cayenne à Paris. Dès la semaine prochaine, il n’y en aura plus que deux. Et plus qu’un seul vol hebdomadaire entre Cayenne et les Antilles.
Nos établissements de santé sont-ils prêts en cas de recrudescence de cas grave ?
Le système de l’offre de soins est de la compétence exclusive de l’ARS. Je lui laisse le soin de communiquer sur le sujet.
Sur les cas déclarés, quel est le nombre de malades par commune ?
Je ne le connais pas par coeur. Nos équipes font un point covid tous les jours qui est suffisamment précis. L’ARS est tenu au secret médical. On dit la vérité mais on souhaite tout de même respecter la vie privée des patients.
Vu que le confinement risque de se prolonger, nos écoles vont-elles rouvrir avant les vacances ? On parle d’une reprise le 4 mai ?
Il est encore trop tôt pour le dire.
Concernant la pénurie sur le haut Maroni, un cargo de fret de 1, 2 tonne de marchandises a été acheminé. Est-ce suffisant ? Les commerçants de Maripasoula estiment qu’il faudrait 17 tonnes de marchandises.
Pour l’instant, il y a eu deux rotations de cargo de fret, lundi et mardi. La capacité d’emport de ces avions n’est pas saturée. Le sous-préfet de Saint-Laurent a tenu hier (mardi, ndlr) une réunion avec tous les partenaires. Personne n’a fait état de difficultés. En tout cas, il reste de la capacité d’emport, on s’adaptera aux besoins des commerçants.
Des alertes ont été lancées depuis novembre sur le niveau anormalement bas du fleuve. Comment en est-on arrivé la ?
La situation est suivie de près et en permanence. L’alerte a été donnée dimanche et une solution a été trouvée lundi matin. Pour réagir, il faut identifier les besoins.
Comment survit le secteur du BTP ?
Un accord a été trouvé au niveau national entre l’État et les acteurs du BTP pour assurer le maintien d'une certaine activité sur les chantiers. Chez nous, un certain nombre de chantiers qui avaient fermé rouvrent progressivement. Le chômage partiel a été accordé et touche toutes les entreprises qui peuvent être en difficulté*.
Comment cela se passe quand une personne sur un chantier est infectée ?
Sur les chantiers les mesures barrières doivent être strictement appliquées. Un certain nombre de mesures très concrètes sont également mises en place. L’idée est d’arriver à un accord gagnant-gagnant dans chacune des entreprises.
Le pire ce serait que toute vie économique s’arrête ?
C’est une évidence. Le confinement sera long. Tout le défi est de réussir à faire appliquer ce confinement, de réduire les contacts sociaux au maximum, et dans le même temps d’assurer la continuité de la vie économique sans mettre en danger celle des salariés. Ce sont des contraintes qui peuvent paraître contradictoires mais il faut dépasser cela. Il faut continuer à protéger les salariés sans mettre en péril notre économie.
Un message pour les Guyanais ?
Faisons preuve de discipline et de solidarité. C’est en restant unis que l’on surmontera cette crise.

* L’ordonnance sur l’activité partielle devrait être publiée vendredi. La possibilité de bénéficier du chômage partiel sera élargie aux assistantes maternelles, aux employés à domicile, aux VRP, aux salariés au forfait jour, aux apprentis, aux micro entreprises, aux intérimaires… Les nouvelles ordonnances permettront également à toute entreprise, en cas d’accord collectif dans la structure ou la branche d’activités, d’imposer une semaine de congés payés pour tout le monde au même moment dans les prochaines semaines, également possible d’imposer dix jours de RTT.

Pour en savoir plus :