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POLITIQUE

Antilles anglophones : au nom de la reine !

Ronald Laurencine Mardi 20 Septembre 2022 - 08h58
Antilles anglophones : au nom de la reine !
Couronnée reine du Royaume-Uni le 2 juin 1953, ce qui faisait d'elle également la cheffe du Commonwealth, Elizabeth II effectua quelque temps plus tard son premier voyage aux Antilles britanniques. - DR

Chef d'État sans réels pouvoirs, Elizabeth II fut malgré tout en première ligne quand démarra le processus de décolonisation des ex Antilles britanniques, marqué, il y a 60 ans, par un retentissant échec : celui de la West Indies Federation.

 Au temps de sa rupture avec le Parti communiste français, Aimé Césaire avait annoncé que « l'heure de nous mêmes a sonné ». Bien des années plus tard, en treize mots, Mia Mottley, en sa qualité de Première ministre de la Barbade, adopta en quelque part des accents césairiens pour signifier à ses concitoyen.ne.s l'ouverture d'un chapitre majeur dans l'histoire de leur pays : « Nous croyons que le moment est venu de prendre notre destin en main ». Ce « moment » décisif, qui ne pouvait tomber qu'un 30 novembre en cette année 2021, annonçait que la nation barbadienne se transformait en une république souveraine, avec sa propre présidente, Dame Sandra Mason, qui se substituait désormais à l'ancien chef d'État de l'île, Elizabeth II, reine du Royaume-Uni et cheffe du Commonwealth, domicilié à Londres.

De la date de son indépendance, le 30 novembre 1966, à celle de sa transformation en république, la Barbade avait donc mis 55 ans pour parvenir à son émancipation totale, tout en restant membre du Commonwealth. Un processus qui avait franchi un palier en 1961 avec l'instauration du Full infernal self government, l'équivalent d'un gouvernement local autonome. Cette évolution ne pouvait être dissociée d'un contexte politique global de l'époque pour les colonies antillaises britanniques : leur regroupement, entre 1958 et 1962, en une Fédération autonome.
Décolonisation : deux options différentes
La West Indies Federation (WIF) ou Fédération des Indes occidentales, ou encore Fédération des Antilles britanniques était venue au monde, structurée autour de deux blocs hétérogènes. D'un côté, les trois îles principales (Jamaïque, Trinidad and Tobago, Barbade), de l'autre deux entités insulaires : les Leeward Islands/îles sous le vent (Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts, Anguilla, Montserrat) et les Windward Islands/îles du vent (Sainte-Lucie, Dominique, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Grenade). Restèrent à l'écart de ce mouvement fédérateur les îles Vierges britanniques, le Guyana et Bélize. Ainsi donc les deux grandes puissances coloniales européennes, Grande-Bretagne et France, avaient opté pour deux orientations opposées envers la décolonisation de leurs colonies antillaises : intégration-assimilation côté français, voie autonome interne pour les Britanniques, mais en bon ordre, en « jouant collectif » autour d'un projet fédérateur longtemps mûri. D'abord dans les limbes au XIXe siècle, l'idée fédérale gagna irréversiblement du terrain, puisque Jacques Adélaïde-Merlande note que « dans la période de l'entre-deux-guerres, les tendances favorables à la création d'une fédération se manifestent (...) La perspective d'une fédération est d'ailleurs associée à celle de l'indépendance ».

Successivement, des organisations syndicales, des partis politiques de premier plan, tel le People's national party jamaïcain dirigé par Norman Manley, des leaders politiques de poids comme le Barbadien Grantley Adams et le Trinidadien Eric Williams, l'Assemblée législative de Jamaïque, de même que les forces économiques fédérées au sein de l'Association antillaise des Chambres de commerce propagèrent, à leur tour, la nécessité d'une fédération.
Montego Bay : l'acte fondateur
Un an après la transformation en départements d'Outre-mer de la Guadeloupe, Guyane et Martinique, les autorités britanniques, elles, convoquaient à Montego Bay, à la Jamaïque, une conférence afin de « répondre à cette aspiration à la fédération », poursuit M. Adélaïde-Merlande. Une conférence qui « accoucha » entre autres d'un projet de Constitution, qui se perdit dans les dédales du pouvoir central londonien, avant d'être adopté en 1956 en tant que British Caribbean Federation Art. Le règne d'Elizabeth II avait démarré trois ans plus tôt.

Officiellement établie au début de l'année 1958, la West Indies Federation, qui « n'était pas indépendante mais autonome », ne serait-ce parce que le gouverneur général, représentant de la reine, gardait la haute main sur les relations extérieures et la défense, se dota d'un corps de fonctionnaire fédéral, d'une capitale, Chaguaramas, ville trinidadienne où l'armée états-unienne disposait d'une base, d'un Premier ministre, Grantley Adams, et d'organes législatifs (un parlement bicaméral : Sénat et Chambre des Représentants), à terme porteurs d'un conflit qui en présageait d'autres, sources de tension plus fondamentales. La Fédération n'avait pas encore deux ans d'existence que « sous la pression de la Jamaïque et de Trinidad & Tobago », ses deux pièces maîtresses, s'opéra un rééquilibrage de la répartition des sièges en leur faveur au sein de la Chambre des Représentants. Trinidad sut aussi se faire entendre pour imposer à Londres le droit à la Fédération de pouvoir disposer du Full infernal self government (l'autonomie interne).
L'opposition d'Alexander Bustamente
Mais plus rude était l'épreuve qui attendait la Fédération : celle orchestrée par le Jamaïquain Sir Alexander Bustamente, chef de file du Democratic labour party, rival de Norman Manley, et hostile à la Fédération. Une croisade anti fédéraliste qui trouva sur sa route des vents favorables à son développement. En clair, dans son fonctionnement, la Fédération des Indes Occidentales se heurta à un ensemble de difficultés qualifiées par Jacques Adélaïde-Merlande de « structurelles et circonstancielles », qui finirent par causer sa perte.

Dans son analyse de l'échec de la Fédération, il estime que les « raisons structurelles tiennent à la géographie : les deux piliers de la Fédération, la Jamaïque et Trinidad, sont éloignées de 2000 kilomètres (...) », ainsi que « la situation excentrique de ce qui aurait dû être la capitale ». Autre constat de M. Merlande : la Fédération, ne disposant pas de « ressources fiscales propres », se retrouvait largement tributaire des ressources apportées par la Jamaïque et Trinidad & Tobago (respectivement 43 % et 39 %), justifiant ainsi le ressenti qu'elle était « à la charge de ces deux principales unités ».

Quant aux difficultés « circonstancielles », elles portaient sur des contentieux entre les leaders politiques antillais à propos des conditions de la restitution de la base militaire de Charaguamas, des politiques douanières ou encore du projet d'une raffinerie à la Jamaïque, devenant ainsi une concurrente directe de celles de Trinidad.
La mise à mort de la Fédération
Du « pain béni » pour le patron du Democratic labour party ! Endossant jusqu'au bout ses habits d'opposant, proclamant inlassablement sa foi indépendantiste, Alexander Bustamente se mit à combattre durement la Fédération parce que convaincu que la construction fédérale était « un obstacle » à l'indépendance de son pays, et, par ailleurs, soupçonnait l'État britannique de vouloir « transférer à la Jamaïque ses responsabilités à l'égard des petites îles ». Au bout, M. Bustamente sortit vainqueur d'un bras de fer avec Norman Manley en obtenant l'organisation, en septembre 1961, d'un référendum interne sur le maintien ou non de la Jamaïque au sein de la Fédération. Sans être éclatant, le verdict populaire jamaïquain donna raison aux thèses d'Alexander Bustamente.

À l'agonie avec le retrait jamaïquain, puis en état de quasi mort cérébrale après celui de Trinidad & Tobago, en janvier 1962, l'autorité de tutelle, le gouvernement britannique, n'eut pas le choix : elle demanda à sa souveraine Elizabeth II de « débrancher » l'entité fédérale antillaise anglophone, officiellement dissoute le 23 mai 1962. La route vers l'indépendance était désormais ouverte pour la Jamaïque et Trinidad, dès l'année 1962, ensuite, en 1966, pour la Barbade (d'autres îles, de gré ou de force, suivront le même mouvement), avec un chef d'État en commun pour les trois nouvelles nations souveraines : la reine du Royaume-Uni. rupture avec le Parti communiste français, Aimé Césaire avait annoncé que « l'heure de nous mêmes a sonné ». Bien des années plus tard, en treize mots, Mia Mottley, en sa qualité de Première ministre de la Barbade, adopta en quelque part des accents césairiens pour signifier à ses concitoyen.ne.s l'ouverture d'un chapitre majeur dans l'histoire de leur pays : « Nous croyons que le moment est venu de prendre notre destin en main ». Ce « moment » décisif, qui ne pouvait tomber qu'un 30 novembre en cette année 2021, annonçait que la nation barbadienne se transformait en une république souveraine, avec sa propre présidente, Dame Sandra Mason, qui se substituait désormais à l'ancien chef d'État de l'île, Elizabeth II, reine du Royaume-Uni et cheffe du Commonwealth, domicilié à Londres.

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Vos commentaires

jayjay5 21.09.2022
bof

elle reste comme meme le "symbole" de 'l'empire britanique" avec esclavage, colonisation ect... comme sa qui sont devenus un pays riche!

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