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Mondial de rugby: sur les traces de Jefferson Poirot, d'ostracisé du Périgord à capitaine des Bleus

Samedi 05 octobre 2019
Mondial de rugby: sur les traces de Jefferson Poirot, d'ostracisé du Périgord à capitaine des Bleus
Le pilier et vice-capitaine des Bleus Jefferson Poirot exulte après la victoire face à l'Argentine au Mondial, le 21 septembre 2019 à Tokyo - FRANCK FIFE (AFP/Archives)

"+Jeff+, c'est un gamin qui traînait, avait besoin qu'on s'occupe de lui", résument les éducateurs de Lalinde (Dordogne), où Jefferson Poirot, à l'enfance difficile, s'est construit grâce au rugby, son "échappatoire", pour devenir le pilier et vice-capitaine des Bleus à la Coupe du monde au Japon.

Saint-Capraise-de-Lalinde, bourgade de 500 âmes en plein Périgord Pourpre, à l'est de Bergerac. Bucolique, dépaysante, calme, voire trop calme, quand on y débarque à huit ans avec les codes de Franconville (Val-d'Oise), sans père parti faire sa vie ailleurs, sans repères ni beaucoup de moyens, et de surcroît avec la peau métissée.

Malgré la période +Black-Blanc-Beur+ post-Coupe du monde 1998, la peur des différences et les jugement gratuits ont accompagné les premiers pas de Jefferson, de sa sœur aînée Noor et de leur mère, infirmière. D'emblée, Poirot (26 ans, 31 sél.), qui guidera de nouveau le XV de France dimanche à Kumamoto contre les Tonga, a été catalogué comme "petit délinquant", "peu fréquentable" par les parents d'enfants de son âge.

A ce moment, l'enfant est "un peu livré à lui même, réservé, ne parlait pas beaucoup", se souvient Martine Poyrault, responsable de l'école de rugby de Lalinde. Mais "un éducateur qui habitait à côté de chez lui l'a repéré. Il lui a demandé plusieurs fois de venir au rugby. A force il est venu", se remémore-t-elle pour l'AFP.

- Deuxième famille -

Une carrière était-elle née? "Il se cherchait mais tout de suite on a vu qu'il voulait sortir de l'environnement dans lequel il était", abonde William Boulanger, coprésident et actuel entraîneur des U12.

La mue est immédiate, sa corpulence, déjà imposante, s'avère un allié pour s'intégrer, se faire accepter. "Le rugby était le seul moment où il pouvait se mettre en valeur. Il était au-dessus des autres et les gens l'ont poussé car il avait des capacités, souligne M. Boulanger. Un gamin qui a du potentiel, involontairement, tu t'en occupes un peu plus que les autres car tu sens qu'il peut y arriver. C'est pour cela qu'il est si reconnaissant."

Rapidement, l'US Lalinde devient sa deuxième famille. Il s'y sent bien, s'habille d'affaires laissées par les anciens et "comme il n'avait pas trop à manger, je lui faisais des sandwiches", raconte Mme Poyrault, devenue "sa maman de cœur".

"Lors des tournois, je lui faisais le double de sandwiches pour qu'il ait quelque chose dans l'estomac. Je le pouponnais un petit peu et jamais je n'ai eu à me plaindre de son tempérament. Il a toujours été très mignon avec moi".

Au fil des saisons, +Jeff+ fait parler de lui sur les terrains du comité Périgord-Agenais. "Quand on l'a eu dans l'équipe, on s'est dit +là, il y a un truc+, explique Thierry Grangier, son entraîneur chez les minimes. Un tel potentiel, on en voit pas beaucoup".

- "Les adversaires avaient peur" -

"Juste avant, on avait eu Jean Monribot (3e ligne de Bayonne) et quand on voit arriver +Jeff+ derrière, waouh ! Il haïssait la défaite, il était mature, leader par son gabarit déjà, forcément. Et les autres l'écoutaient et savaient très bien qu'ils pouvaient compter sur lui".

A chaque match, les équipes opposées à Lalinde demandent à voir les licences. "La première chose qu'on voyait, ce sont nos adversaires qui le cherchaient des yeux, ils avaient peur", se remémore M. Grangier qui l'utilisait comme 3e ligne ou au centre où "il faisait des différences phénoménales". Et refusait de l'aligner en première ligne "car il ne nous aurait servi à rien au poste de pilier, on ne poussait pas en mêlée en petite catégorie".

Son potentiel l'a conduit à partir en cadets pour Brive, club plus structuré qui l'a façonné. Et Bordeaux en a récolté les fruits, puis le XV de France.

Mais ses sentiments le ramèneront toujours à Lalinde dont il a été fait citoyen d'honneur en avril 2016. Où son héritage est prégnant, par le maillot de sa première sélection dédicacé ou les coupures de presse rappelant son parcours qui ornent le club-house. Où il revient fréquemment soutenir ses copains en Fédérale 3 ou se ressourcer.

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