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Euro-2020: l'Espagne rappelle Luis Enrique, aux dépens de Moreno

Mardi 19 novembre 2019
Euro-2020: l'Espagne rappelle Luis Enrique, aux dépens de Moreno
Luis Enrique, alors sélectionneur de l'Espagne, avant un match de qualification à l'Euro 2020 face à la Norvège, à Valence, le 23 mars 2019 - JOSE JORDAN (AFP/Archives)

Encore un psychodrame en équipe d'Espagne! Malgré une qualification probante pour l'Euro-2020, l'inexpérimenté sélectionneur Robert Moreno a été débarqué sans ménagement mardi au profit de son ex-mentor Luis Enrique, à qui l'ex-adjoint avait succédé au pied levé en raison d'un drame familial.

C'est à croire que le président de la fédération, Luis Rubiales, aime les coups de théâtre: après avoir surpris la planète foot en limogeant Julen Lopetegui à la veille du Mondial-2018, le patron de la RFEF a encore changé de sélectionneur, pour la quatrième fois en un an et demi.

De quoi replonger l'Espagne dans les turbulences après l'âge d'or de son triplé historique Euro-Mondial-Euro (2008-2012)...

"Aujourd'hui, nous pouvons confirmer que Luis Enrique retourne à son poste de travail" jusqu'à la Coupe du monde au Qatar en 2022, a annoncé mardi Rubiales, ajoutant qu'"il avait toujours été clair que si Luis Enrique voulait revenir, il reviendrait".

Comme un air de déjà-vu, le nouveau sélectionneur est donc l'ancien entraîneur du FC Barcelone (49 ans), déjà en poste d'août 2018 à juin 2019 mais contraint de se mettre en retrait à partir de mars en raison de la maladie d'une de ses filles. L'Asturien avait fini par démissionner en juin, avant le décès à 9 ans de la petite Xana des suites d'un cancer des os fin août.

Ce deuil, qui a ému l'Espagne, a conduit Robert Moreno à accepter l'intérim puis la succession de son mentor et ami, avec une feuille de route claire: qualifier la Roja puis la conduire pendant la phase finale (12 juin-12 juillet).

- "Crise totale" -

Ce ne sera pas le cas, et le contexte paraît malvenu après la large victoire acquise lundi contre la Roumanie (5-0): Moreno ne s'est pas présenté en conférence de presse d'après-match et a quitté ses joueurs les larmes aux yeux, selon la presse espagnole.

"Une crise totale règne autour de la sélection espagnole", a résumé le quotidien sportif Marca, le plus lu du pays, titrant en première page: "L'Espagne ne peut pas être un cirque. Rubiales a géré de la pire des manières le départ de Robert Moreno."

Mardi, Rubiales a voulu désamorcer cette crise en affirmant que c'est Moreno lui-même qui l'a informé de la volonté de retour de Luis Enrique et qu'il ne voulait pas être un "obstacle" à ce retour.

Moreno ne s'est pas rendu à une réunion prévue avec la RFEF mardi, dépêchant ses avocats pour le représenter, a expliqué Rubiales, par ailleurs critiqué pour avoir délocalisé en Arabie saoudite la Supercoupe d'Espagne pour les trois prochaines saisons.

Ancien analyste vidéo du Barça, Moreno (42 ans) a enchaîné neuf matches sans défaite sur le banc de la Roja et guidé l'équipe jusqu'à la première place du groupe F des qualifications pour l'Euro, tout en revigorant le sacro-saint jeu de passes espagnol.

- Cassant -

Même si Moreno avait assuré début septembre qu'il était prêt à "faire un pas de côté pour retravailler" comme adjoint de Luis Enrique, comme à l'AS Rome (2011-2012), au Celta Vigo (2013-2014) puis au FC Barcelone (2014-2017), le Catalan ne devrait a priori pas figurer dans le nouvel organigramme de l'équipe.

Vainqueur de la Ligue des champions 2015 avec le Barça, Luis Enrique a plus d'expérience, mais il est aussi plus cassant que son ancien collaborateur, qui avait séduit la presse et les joueurs par son ton pondéré et sa pédagogie.

Avec le retour de Luis Enrique, c'est déjà le cinquième mandat (pour quatre sélectionneurs) depuis le départ à l'été 2016 de Vicente del Bosque, champion du monde en 2010.

Julen Lopetegui (2016-2018) a été limogé à deux jours du début du Mondial-2018 pour avoir négocié son départ au Real Madrid dans le dos de la fédération.

Alors directeur sportif, Fernando Hierro lui a succédé mais n'a pu faire mieux qu'une élimination en huitièmes de finale contre la Russie (1-1 a.p., 3 t.a.b. à 4), cédant la place à Luis Enrique.

L'ancien joueur polyvalent du Real et du Barça doit désormais rester jusqu'en 2022, "indépendamment de ce qu'il se passe à l'Euro" a affirmé Rubiales: "Nous avons un devoir moral envers lui pour qu'il puisse continuer ce qu'il a commencé".

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