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Un gendarme poursuivi pour ses propos racistes sur les Guyanais devrait perdre sa médaille d’honneur

P.R Dimanche 14 Juin 2020 - 12h35
Un gendarme poursuivi pour ses propos racistes sur les Guyanais devrait perdre sa médaille d’honneur
Le discours tenu par un gradé de la gendarmerie mobile, fin avril 2018 à Saint-Laurent du Maroni, avait été vivement condamné, notamment par le ministre de l'Intérieur (photo d'archives)

Cédric S., chef d’escadron, qui avait prononcé publiquement un discours raciste en Guyane en avril 2018, était décoré d’une médaille d’honneur. À la suite d'une enquête de Médiapart, le Quai d’Orsay annonce une procédure de retrait.

 L’affaire avait fait grand bruit en 2018, lorsqu’avaient été révélés des propos tenus publiquement par un chef d'escadron mobile, comparant la population guyanaise à des animaux. Cet officier, Cédric S., était pourtant décoré d’une médaille d’honneur par le ministère des affaires étrangères quelques temps après avoir tenu ce discours, comme le révèle aujourd'hui Médiapart dans une enquête à lire ici. À la suite des questions posées par la journaliste Nassira El Moaddem, le Quai d’Orsay a annoncé une procédure de retrait de cette médaille.


L’officier Cédric S. se trouvait, de fin janvier à fin avril 2018, en mission à Saint-Laurent-du-Maroni, en renfort des effectifs locaux. Le 21 avril 2018, le gendarme prononçait un discours de fin de mission devant ses subordonnés, ses pairs et plusieurs officiels, dont le sous-préfet de Saint-Laurent, Yves Dareau, tout juste nommé. (Lire ici notre article paru le 6 mai 2018)

Dans son discours, le gendarme Cédric S. filait la métaphore animalière raciste, comparant les Guyanais à des animaux, comme révélaient nos confrères du Monde et de LCI :

« Quelle faune exceptionnelle que tous ces singes hurleurs lançant autant de jurons que de parpaings pour marquer leur territoire, lit l’officier de gendarmerie. Ces petits caïmans trempant jour et nuit dans l’alcool et entourés de plantes euphorisantes, s’en prenant sans prévenir à des proies toujours crédules. » (Lire le discours complet ci-dessous)

Ce discours publié dans le journal de l’escadron, était même resté affiché plusieurs jours à la gendarmerie de Saint-Laurent-du-Maroni, avant d’être retiré :



Selon Mediapart, l’officier, qui exerce encore, a depuis fait l’objet d’une sanction disciplinaire sévere et importante.


Le procureur de la République de Cayenne de l’époque, Eric Vaillant, affirmait dans nos colonnes le 7 mai 2018 :« J’ai pris acte des articles de journaux. J’attends de savoir exactement ce qui s’est passé. J’attends un compte-rendu de la gendarmerie sur le sujet. Je verrai si les mesures disciplinaires peuvent suffire et j’aviserai. »

Selon Mediapart, Eric Vaillant a bien diligenté une enquête en mai 2018 pour le délit d’injure publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

La peine encourue est d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Et les investigations ont été menées par le bureau des enquêtes judiciaires de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

Depuis, le gendarme n’a fait l’objet que d’un simple rappel à la loi en septembre 2019, révèle encore Mediapart.
 
 
Ce qu'a dit le gradé de la gendarmerie mobile

" Officiers, gradés et gendarmes, chers camarades

Lors de mon premier passage en Guyane, certes rapide, j'avais pu y découvrir ce nouveau milieu qu'est la forêt équatoriale, avec cette faune et cette flore abondante, ces légionnaires accueillants et cette population... spéciale.
Aussi, lorsque j'ai appelé la DGGN (Direction générale de la gendarmerie nationale) pour leur demander de revenir sur les lieux de mes crimes passés et encore cachés, ou plutôt lorsque nous avons simplement reçu notre message de désignation pour nous rendre dans cette contrée idyllique, quelle ne fut pas ma réaction de savoir que j'allais potentiellement pouvoir retrouver ce calme et cette sérénité dont la réputation s'exporte par delà les terres et les mers. Et je n'ai pas été déçu!
Quel accueil, je dirais frontal, à défaut de nasal, un cadeau de bienvenue qui nous a touchés (certains plus que d'autres) et qui donna le ton de notre séjour ultramarin. Quelle faune exceptionnelle que tous ces singes hurleurs lançant autant de jurons que de parpaings pour marquer leur territoire, ces petits caïmans trempant jour et nuit dans l'alcool et entourés de plantes euphorisantes, s'en prenant sans prévenir à des proies toujours crédules et de bonne foi. Tout ça sans compter sur les moustiques et autres insectes volants profitant de la moindre occasion pour s'attaquer à notre patience et notre calme. Notre présence s'annonçait alors paisible et propice à l'épanouissement personnel, les visites culturelles et les échanges philosophiques qui sont légion dans les environs. Heureusement, pour égayer nos journées, nous avons pu aussi compter sur certains paresseux, très nombreux dans la région, dont la réactivité et l'envie de travailler n'ont d'égal que les résultats qu'ils obtiennent, certains caméléons, tentant de se fondre dans la masse de l'unité pour mieux baver et se nourrir de sucre fermenté à moindre coût, ou encore des félins, bien maladroits dans les descentes d'arbres, mais à la griffe bien acérée toute droite tendue vers le ciel...
Je vais arrêter ici cette allégorie mais vous l'aurez compris, ce déplacement a répondu en tout point à nos attentes, les surpassant parfois.
Aux phases opérationnelles hors du commun sans être trop intenses se sont ajoutées des patrouilles durant lesquelles monsieur et madame Groseille n'ont pas manqué de nous demander de l'aide, comme toujours... Le tout sans oublier la gestion humaine, des problèmes d'incontinence voire une déshydradation maladive.
C'est donc fatigués que nous allons quitter ce milieu hostile.
Fatigués non pas physiquement, tant la nourriture a été abondante et d'une qualité exceptionnelle, tant la réactivité et la disponibilité du soutien médical ont été éprouvés, tant les appuis, des GTG (gendarmes territoriaux de Guyane), qu'ils soient à Saint-Laurent du Maroni ou à Cayenne, du CSAG (Club sportif et artistique de la garnison), de la compagnie dans sa globalité, voire du Comgend, nous ont portés...
Fatigués, non pas parce que les nuits ont été musicales et partagées dans la bonne ambiance du biniou vannetais, ou courtes grâce à l'aimable participation de garimpeiros.
Mais fatigués comme à la fin de chaque déplacement, ou même si l'on sait qu'il reste encore beaucoup à faire, on part avec le sentiment d'avoir essayé d'apporter notre pierre ou plutôt non, notre pépite à cet édifice encore bien fragile. Et malgré toutes nos erreurs et imperfections, soyez assurés que nous avons fait de notre mieux et que l'on va continuer à s'y employer encore longtemps... Après les quelques repos bien mérités qui nous attendent dans quelques jours.

Merci à tous et bonne continuation "
 
 

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8 commentaires

Vos commentaires

Nespresso 17.06.2020
on marche sur la tête là...

Je ne vois toujours pas où se niche le caractère "raciste" d'un écrit (vieux de 2 ans soit dit en passant...) qui compare le comportement d'une minorité de délinquants locaux à quelques éléments de la faune de la forêt guyanaise.
Dans la mesure où il omet de préciser qu'il parle d'une minorité, ses propos peuvent être considérés comme "désobligeants" pour l'ensemble des guyanais (et tant pis pour sa médaille en chocolat, il n'avait pas à faire d'amalgame), mais "racistes" ?... Définitivement non.

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Benkwa 16.06.2020

C'est quoi le problème ? Dire la vérité sur certains locaux ?

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Féfé973 17.06.2020

Le problème c'est de faire un amalgame entre certains locaux et l'ensemble d'une population.

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Benkwa 17.06.2020

Bien d'accord avec vous mais il ne me semble pas qu'il fasse cela justement. Il parle bien d'une minorité.

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Benkwa 16.06.2020

Commentaire supprimé par la rédaction

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jayjay5 15.06.2020
Que sa médaille ?

Il devrait perdre bien plus que sa médaille en chocolat. Normalement, c'est action en justice de SOS Racisme, CRIF etc.

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cap40 15.06.2020
Humour ...

Ce monsieur

1 - a une jolie plume...
2- de l'humour
3- décrit une certaine partie des réalités guyanaises
Si l'on peut être quelque peu "titillé" par cette allégorie animalière (dont on peut discuter le caractère raciste...), il a fait part de son "ressenti" comme beaucoup d'autres pourraient le dire.

Allez qu'on l'exécute... ah c'était en 2018!!!

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dogs 15.06.2020

Franchement on aura tout vu france guyane fait de la pub pour médiapart et sur des faits datant de 2018. Si vous vouliez polémiquer sur un gendarme de passage pour 3 mois vous ne vous en seriez pas mieux pris.

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philsa973 15.06.2020
Ne rien dire

Mediapart est un très bon journal indépendant et impartial au service de sa vérité, euh de la vérité sans aucun engagement et complaisance...
Je n'en pense pas un mot, c'est juste pour ne pas être censuré par France Guyane...

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Nespresso 14.06.2020

Commentaire supprimé par la rédaction

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