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Tabassage de Michel Zecler: mise en examen et détention requises pour trois policiers

Dimanche 29 novembre 2020
Tabassage de Michel Zecler: mise en examen et détention requises pour trois policiers
Capture d'écran du 27 novembre 2020 d'une vidéo AFP avec les images de caméras de télésurveillance montrant le passage à tabac de Michel Zecler par des policiers à Paris - - / Michel Zecler / GS Group (AFP)

Le parquet de Paris a réclamé dimanche la mise en examen de trois policiers soupçonnés d'être impliqués dans le tabassage du producteur noir Michel Zecler et leur placement en détention provisoire, dans cette affaire qui électrise le débat autour des violences policières et de la loi "sécurité globale".

Le quatrième policier mis en cause a été mis en examen notamment pour "violences volontaires" par personne dépositaire de l'autorité publique (PDAP) et placé sous contrôle judiciaire, a annoncé une source judiciaire à l'AFP vers 21h30. Les réquisitions du parquet de Paris ont donc été suivies pour cet agent, soupçonné d'avoir jeté une grenade lacrymogène dans le studio.

L'enquête est désormais confiée à un juge d'instruction, a expliqué le procureur de la République de Paris Rémy Heitz. Le magistrat instructeur doit décider s'il suit l'ensemble des réquisitions du parquet.

Placer les trois agents soupçonnés d'avoir infligé une pluie de coups au producteur doit permettre "d'éviter un risque de concertation" entre eux "ou de pressions sur les témoins", a argué M. Heitz.

Le parquet réclame leur mise en examen pour "violences volontaires" par personne dépositaire de l'autorité publique (PDAP) avec plusieurs circonstances aggravantes dont "des propos à caractère raciste" ainsi que pour "faux en écriture publique par PDAP", un crime passible des assises.

Révélées jeudi par le site Loopsider, les images, qui nous "font honte" selon Emmanuel Macron, ont provoqué un scandale dans le pays.

La présidence de la République a appelé Michel Zecler, selon l'Elysée, un appel qu'a confirmé à l'AFP dimanche par l'avocate du producteur. Elle s'est également dit "satisfaite des réquisitions du parquet".

Dimanche, sur France 2, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a salué les réquisitions du parquet de Paris. "Il faut vraiment être absolument décidé à ne laisser passer aucune violence d'où qu'elle vienne", d'après elle.

- "Coups pas justifiés" -

En garde à vue face à l'IGPN, les trois principaux mis en cause ont fini "par admettre que les coups portés n'étaient pas justifiés et qu'ils avaient agi principalement sous l'effet de la peur", a rapporté le procureur. Ils ont invoqué "la panique" provoquée par le sentiment d'être coincés dans l'entrée du studio de musique de M. Zecler, qui se débattait selon eux.

Ils ont en revanche nié "avoir tenu des propos racistes" alors que M. Zecler a expliqué qu'ils l'avaient traité de "sale nègre" ce qui a été "corroboré par l'un des jeunes" présent derrière la porte du sas. Ils réfutent également "le caractère mensonger du procès-verbal".

Le procureur a rappelé que les policiers avaient dans un premier temps indiqué avoir contrôlé Michel Zecler pour "absence de port du masque" et en raison d'une "forte odeur de cannabis" - "0,5 g d'herbe de cannabis" seront trouvés dans une sacoche plus tard.

Coupables d'avoir "sali l'uniforme de la République", le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait promis quelques heures après l'éclatement du scandale "la révocation" des policiers mis en cause, "dès que les faits seront établis par la justice".

Selon le procureur, "aucun incident particulier" n'avait jusqu'ici émaillé la carrière des quatre hommes, un brigadier et trois gardiens de la paix.

Cette affaire, mise au jour grâce à la diffusion de vidéos, a semblé doper les opposants à la proposition de loi "sécurité globale", dont la mesure phare prévoit de restreindre la possibilité de filmer les forces de l'ordre.

Plus de 130.000 personnes ont manifesté, selon le ministère de l'Intérieur, 500.000 selon les organisateurs, dans une ambiance globalement bon enfant. Des affrontements parfois violents ont toutefois émaillé certaines manifestations, notamment à Paris.

- Controverse -

Selon un bilan du ministère de l'Intérieur, 98 policiers et gendarmes ont été blessés et 81 personnes ont été interpellées. A Paris, un photographe syrien indépendant, collaborateur de l'AFP, a été blessé au visage.

Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des policiers tabassés par des manifestants, des "violences inacceptables", selon Gérald Darmanin.

En une semaine, la controverse autour de la proposition de loi "sécurité globale", vivement dénoncée par les journalistes et les défenseurs des libertés publiques, s'est encore renforcée.

L'évacuation brutale d'un camp de migrants à Paris lundi soir et la révélation jeudi du passage à tabac de M. Zecler ont suscité l'indignation et électrisé le débat. Les vidéos de ces deux affaires ont été visionnées des millions de fois sur les réseaux sociaux.

Dans ce contexte, "il faut reprendre le travail de pédagogie" sur la loi sécurité globale, a estimé son co-rapporteur, le député LREM Jean-Michel Fauvergue. Parmi les pistes envisagées pour sortir de la crise, l'ancien patron du Raid a notamment proposé de renvoyer l'article 24 encadrant l'image des policiers, objet de toutes les crispations, au futur projet de loi sur les séparatismes.

Vendredi, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de lui faire rapidement des propositions "pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations", pour la troisième fois cette année.

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