DIPLOMATIE

Trop Violans au consulat du Brésil : "Nous n'exigeons pas d'excuses officielles, nous demandons des explications"

Xavier-Paul Le Pelletier 18.06.2021
Les contrôles sur l'Oyapock sont renforcés pour faire respecter l'interdiction de circulation des pirogues d'une rive à l’autre du fleuve. - Photo d'archives

Yvane Goua, porte-parole de l'association Trop Violans et bien connue en tant que figures des mobilisations guyanaises nous explique pourquoi les membres de son association ont décidé d'aller à la rencontre du consul du Brésil à Cayenne afin de comprendre comment des ressortissants français de la commune de Ouanary ont pu se retrouver interpellé sur le fleuve par des personnes se réclamant d'une autorité brésilienne et ainsi se retrouver au cœur de ce que de nombreux guyanais qualifient désormais "d'incident diplomatique".

Le matin du mardi 15 juin, alors que sept personnes habitant la commune de Ouanary se rendent en amont du fleuve en direction de Saint-Georges de l'Oyapock pour des raisons médicales ou administratives, leur pirogue se serait retrouvée interceptée par une quinzaine d'individus cagoulés, très lourdement armés et qui les auraient mis en joue afin de procéder à un contrôle qui aurait été des plus zélés. D'abord arrêtés sur le fleuve, ils auraient été ensuite conduits côté-brésilien dans une zone qualifiée de "sombre et reculée" où ils se seraient retrouvés au milieu d'une cinquantaine d'homme toujours en armes. Leurs bagages éventrés d'un couteau pour certains, une arme ancienne saisie auprès d'un élu de la commune et une prise en photo et une sacrée frayeur pour l'ensemble de l'équipée : les hommes qui seraient des ressortissants brésiliens les auraient finalement abandonné sur place à leur triste sort.

Bien qu'il semblerait qu'aucun des hommes armés n'aient présenté de signe clair permettant de les identifier comme détenteur d'une autorité sur leur territoire, le piroguier -ressortissant brésilien- les aurait désigné comme étant de la BOPE. Le bataillon d'opération spéciales de police de l'Amapa, groupe d'opération d'élite de la Police militaire, dont l'équivalent carioca est bien connu pour son blason à tête de mort et les centaines de décès dont ils se targuent dans leur guerre contre les trafiquants de drogue des favelas de Rio. De quoi laisser après une heure de privation de liberté les membres de l’embarcation en direction de Saint-Georges des plus choqués.

« Les personnes se sont tout de suite rendues en gendarmerie dès qu’elles sont revenues sur le sol guyanais, indique Yvane Goua, porte-parole de l’association Trop Violans qui les a ensuite pris en charge. Nous avons constaté qu’il n’y avait pas eu de dépôt de plaintes, mais des mains courantes. Ce matin, vendredi 18, nous avons donc accompagné la famille Rozé -celle de l’élu qui s’est fait saisir son fusil de collection- à la gendarmerie de Matoury. Nous y avons été bien reçus et les plaintes ont pu être enregistrées. Nous avons ensuite pris l’initiative de nous rendre au consulat du Brésil à Cayenne pour comprendre ce qui avait bien pu se passer » poursuit l’un des visages bien connus de la contestation de 2017. Cette dernière indique que les membres de l’association présents tout comme les victimes qu’ils accompagnaient ont tous emprunté l’accès réservé au public.

« On avait un peu l’impression de ne pas savoir qui était le consul, les membres de la sécurité indiquaient d’ailleurs ne pas répondre de lui, pendant que le ton est quelque peu monté entre l’un de ses adjoints et Olivier Goudet. Finalement, ils ont bien été obligés de laisser le consul nous recevoir ainsi qu’il le souhaitait. Dans une discussion apaisée, nous avons pu lui faire entendre nos interrogations. Nous n’exigeons pas d’excuses officielles, mais demandons des explications qu’il nous a assuré que nous allons recevoir. Ces gens-là ont eu la peur de leur vie et Mme Rozé en garde encore des traces psychologiques ! poursuit Yvane Goua. Il faut que l’on puisse comprendre comment se fait-il que les forces de l’ordre de chez nous n’aient pas été prévenues au moment de cette intervention et savoir si désormais les habitants de l’Oyapock doivent se préparer à vivre la peur de leur vie dès qu’ils naviguent sur le fleuve » conclut la militante.