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Scénario encore plus sombre pour une récession historique

Mercredi 24 juin 2020
Scénario encore plus sombre pour une récession historique
Gita Gopinath, économiste en chef du FMI, lors d'une conférence de presse le 15 octobre 2019 à Washington, DC. - Olivier Douliery (AFP/Archives)

Plus de 12.000 milliards de dollars de perte cumulée pour l'économie mondiale en 2020 et 2021 à cause de la pandémie de coronavirus. Cette "crise pas comme les autres" est bien plus sévère que prévu et la reprise sera plus lente qu'espéré, a prévenu mercredi le Fonds monétaire international.

Gita Gopinath, son économiste en chef, a dévoilé une prévision de récession de 4,9% cette année. C'est bien pire que les 3% anticipés en avril, en plein coeur de la pandémie, quand le FMI soulignait déjà qu'il s'agissait de la pire crise depuis la Grande Dépression des années 30.

Et pour certains pays notamment en Europe, la contraction du Produit intérieur brut est vertigineuse: -12,5% pour la France, -12,8% pour l'Espagne et l'Italie.

"Un degré élevé d'incertitude entoure" ces prévisions, reconnaît Mme Gopinath alors que l'épidémie n'est pas terminée et que des foyers resurgissent là où elle semblait endiguée, comme en Allemagne où les autorités ont annoncé mardi des reconfinements locaux.

A ce jour, la pandémie de Covid-19 a fait plus de 477.500 morts dans le monde.

Aucun pays n'échappe au pessimisme ambiant à commencer par la Chine, d'où est parti, fin 2019, le virus mortel. La croissance du géant asiatique ne sera que de 1%, loin des 6,1% réalisés en 2019, déjà un plus bas historique du fait de la guerre commerciale avec Washington.

La crise sanitaire va être encore plus dévastatrice pour les Etats-Unis, dépourvus de filet de sécurité sociale et malgré les gigantesques plans d'aide du gouvernement (quelque 3.000 milliards de dollars).

Le PIB de la première puissance du monde va ainsi s'effondrer de 8% contre 5,9% estimé en avril. La reprise en 2021 sera, elle, moins soutenue (+4,5%).

Partout ailleurs dans le monde, des chiffres catastrophiques: -10,2% pour les pays de la zone euro et pour le Royaume-Uni, -9,4% dans la région d'Amérique latine et des Caraïbes, -8% en Afrique du Sud, -5,8% au Japon, -4,7% au Moyen-Orient et Asie centrale ou encore -4,5% en Inde.

La dégradation des prévisions s'explique par un impact plus marqué que prévu au premier semestre et une "reprise partielle" au début du troisième trimestre.

- "Rester vigilants" -

En 2021, la croissance mondiale devrait ainsi atteindre 5,4% (-0,4%).

Gita Gopinath a exhorté les gouvernements à "rester vigilants" car la crise n'est pas terminée. "De nombreux pays font déjà beaucoup" pour aider les entreprises et les ménages, a-t-elle souligné. Ils devront veiller à ne pas revenir sur ces aides trop rapidement mais "de manière graduelle", a-t-elle également mis en garde.

Le FMI est particulièrement inquiet de l'impact négatif sur les plus vulnérables, qui "met en péril les progrès significatifs accomplis dans la réduction de l'extrême pauvreté dans le monde depuis les années 1990".

"Ce sont les ménages à faibles revenus et les travailleurs peu qualifiés qui sont les plus affectés par cette crise", a déclaré Gita Gopinath dans un entretien à l'AFP. Ceux-là mêmes qui mettront plus de temps à retrouver un emploi.

"Pour les jeunes entrant sur le marché du travail en ce moment, il peut y avoir un impact négatif sur l'avenir", a-t-elle ajouté.

- Pire ou meilleur ? -

Pour autant, comme pour les projections publiées en avril, "il y a un degré d'incertitude plus élevé que d'habitude autour de cette prévision", a-t-elle souligné.

In fine, cela pourrait se révéler pire ou meilleur.

Meilleur, s'il y a par exemple la découverte d'un vaccin et s'il y a des aides gouvernementales supplémentaires qui accélèreront la reprise.

Au contraire, "de nouvelles vagues d'infections peuvent freiner" la reprise "et resserrer rapidement les conditions financières, provoquant un surendettement", a résumé Gita Gopinath.

Dans les économies où les taux d'infection diminuent, la reprise est actuellement plus longue en raison de la persistance de la distanciation physique au second semestre. Elle est aussi "inégale", souligne Gita Gopinath. Certains secteurs comme les ventes au détail rebondissent quand d'autres comme les services "à forte intensité de contacts, l'hôtellerie, les voyages et le tourisme, restent déprimés", constate-t-elle.

Les pays tributaires de ces secteurs seront "probablement profondément affectés pendant une période prolongée", souligne l'économiste.

Pour les économies luttant encore pour endiguer la pandémie, les mesures de confinement continuent de peser.

Enfin, au-delà de la pandémie, d'autres risques compromettent l'économie mondiale, souligne le FMI, citant "l'escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine", "l'effilochage des relations entre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la coalition des producteurs de pétrole" ou encore "les troubles sociaux".

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