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Russie : le réseau régional de Navalny s'auto-dissout avant d'être déclaré "extrémiste"

Jeudi 29 avril 2021
Russie : le réseau régional de Navalny s'auto-dissout avant d'être déclaré "extrémiste"
L'opposant russe Alexeï Navalny s'exprime en visioconférence pour l'appel de sa condamnation, le 29 avril 2021 au tribunal de Moscou - Handout (Moscow's Babushkinsky district court press service/AFP)

Les bureaux régionaux d'Alexeï Navalny en Russie ont annoncé jeudi leur auto-dissolution face à la menace d'être déclarés "extrémistes", au moment où l'opposant emprisonné apparaissait en public pour la première fois depuis la fin de sa grève de la faim.

Décharné et le crâne rasé, Alexeï Navalny s'est exprimé en visioconférence devant un tribunal moscovite pour l'appel de sa condamnation à une amende en mars, dans une affaire de diffamation visant un ancien combattant de la Deuxième guerre mondiale.

"J'ai été emmené au bain hier (...) Il y avait un miroir, je me suis regardé : je ne suis qu'un horrible squelette", a-t-il déclaré à cette occasion, selon une transcription publiée sur son site internet.

"Je n'avais pas pesé aussi peu depuis la quatrième", a-t-il ajouté avant de s'adresser à son épouse Ioulia, présente au tribunal, lui affirmant qu'il avait désormais droit à quelques cuillerées de gruau chaque jour.

L'appel du militant anticorruption a finalement été rejeté et son amende de 850.000 roubles (9.400 euros) confirmée.

Son avocate, Olga Mikhaïlova, a annoncé son intention de faire remonter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme.

Parallèlement, se déroulait jeudi une autre audience examinant la demande du parquet pour que le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l'opposant et ses bureaux régionaux soient déclarés "extrémistes".

Si cette demande était acceptée, leurs activités deviendraient interdites et les membres du FBK ou leurs sympathisants seraient menacés de longues peines de prison.

Les débats doivent reprendre le 17 mai mais, sans attendre, Léonid Volkov, le directeur du réseau régional de l'opposant, a annoncé sur les réseaux sociaux son auto-dissolution, précisant que certains de ces 37 bureaux poursuivraient leurs activités de façon indépendante.

Un tribunal de Moscou leur a déjà interdit cette semaine pratiquement toute activité, comme publier des contenus sur internet, organiser des manifestations et participer aux élections.

- Multiplication des affaires -

Fondé en 2011 par l'avocat et militant devenu bête noire du Kremlin, le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir russe.

La plus retentissante, parue en janvier, accusait le président Vladimir Poutine de s'être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement.

Les bureaux d'Alexeï Navalny diffusent également leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de "vote intelligent", consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

Cette technique a rencontré un succès relatif aux récents scrutins locaux. Les partisans d'Alexeï Navalny sont eux-mêmes le plus souvent interdits de participer aux élections.

M. Navalny, 44 ans, est en prison depuis mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d'Allemagne, où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d'un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

Depuis son retour, les autorités ont intensifié les pressions sur ses soutiens. Quasiment tous ses collaborateurs ont été assignés à résidence ou condamnés à de courtes peines de prison. Plusieurs ont quitté la Russie.

Jeudi, l'un d'entre eux a été condamné à deux ans et demi de prison sous prétexte d'avoir diffusé de la "pornographie" en partageant sur internet un clip du groupe de métal allemand Rammstein.

Fin février, Alexeï Navalny a lui aussi été condamné à deux ans et demi de prison pour une ancienne affaire de fraude qualifiée de politique par de nombreuses ONG et les capitales occidentales.

Fin mars, il avait entamé une grève de la faim pour dénoncer ses conditions de détention. Vendredi, deux jours après des manifestations de soutien qui se sont conclues par 2.000 arrestations, il avait décidé d'y mettre un terme du fait de la dégradation de son état de santé.

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